Dégaine pour tuer : il était une fois...le western européen

Dégaine pour tuer : il était une fois...le western européenDéfendre et faire connaître le western européen, notamment italien, n'a rien, en 2009, d'un combat d'arrière garde. Malgré les fanzines de ALAIN PETIT (le précurseur 20 ANS DE WESTERN EUROPEEN) ou RODOLPHE LAURENT (ses trois INFERNO spéciaux, avec 150 westerns critiqués !), malgré des livres comme WESTERN ALL'ITALIANA ( chez GLITTERING IMAGES) ou le classique des années 80 SEUL AU MONDE DANS LE WESTERN ITALIEN ; malgré, enfin, les deux numéros spéciaux de la géniale revue italienne NOCTURNO, tout reste à faire aux yeux du grand public, fût-il vaguement cinéphile.
Peut-être parce qu'il n'achète pas de fanzines ou de livres et revues spécialisés, tout simplement...
Toujours est-il que la majorité des spectateurs, ceux-là même qui auraient ingurgité des séries B italiennes par dizaines dans les années 60, ne connaît que SERGIO LEONE et ignore et/ou méprise totalement ses collègues. Même ceux du calibre de SOLLIMA ou CORBUCCI ! On entend des gens affirmer adorer le western spaghetti... tout en n'ayant vu que les LEONE (parfaits, sans doute) et, peut-être les TRINITA (comme le disait le dessinateur YVES SWOLFS). Et, ce qui est plus grave, en n'ayant aucune envie de connaître le reste.
C'est dire combien un livre comme IL ETAIT UNE FOIS LE WESTERN EUROPEEN de JEAN-FRANCOIS GIRE, fort de ses 600 pages, est précieux aujourd'hui encore. Le néophyte à l'esprit ouvert y découvrira un nouveau monde, incroyable, fou et demesuré. Bien sûr, et comme de juste depuis ALAIN PETIT, les trois SERGIO ont droit à de longs commentaires (dont pourra peut-être se passer le connaisseur mais pas le simple amateur). Au-delà de ce passage attendu, et après des analyses thématiques pertinentes (dans la lignée du travail de GIAN LHASSA), il est permis de s'extasier devant le nombre impressionnant de westerns méconnus ou mineurs analysés année après année (avec un rappel de la situation sociale, politique et cinématographique de l'Italie d'alors). Original, GIRE est même l'un des rares, avec MONSTER-BIS, à mettre un accent tout particulier sur le western espagnol, souvent proche du modèle américain mais plein d'interêt malgré tout. Sans négliger les WINNETOU allemands. Même les westerns érotiques ou turcs sont évoqués.
On a qu'une envie à cette lecture passionnante : voir tous ces films injustement oubliés. Que font les éditeurs ? il y a des dizaines de westerns européens à sortir en DVD ! Quelle différence avec l'ère VHS où ces films un peu dingues fleurissaient dans nos vidéo-clubs. Tous les CORBUCCI ne sont même pas sortis en DVD en France. Il en va de même pour les films interprétés par ANTHONY STEFFEN, les SARTANA avec GIANNI GARKO (incroyablement) et tant d'autres, importants ou agréables - ce qui est déjà beaucoup. Malgré des initiatives intéressantes ici ou là (ESI, EVIDIS, NEO PUBLISHING, SEVEN 7, STUDIO CANAL...), tout reste à faire.
Il y a une idée qui revient souvent chez ceux qui, sans y connaître quoi que ce soit, crachent sur le western italien : la majorité des films serait nulle. Certes, les LEONE touchent à la perfection (et étaient, à part POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS, de gros budgets rappelons-le) et les séries B courantes peuvent faire pâle figure à côté, au premier coup d'oeil. Le raisonnement n'en est pas moins absurde : personne n'a jamais eu l'idée inconoclaste de dénigrer l'ensemble du western américain après JOHN FORD ! La vérité est que la plupart des westerns spaghettis sont très corrects, en donnent au spectateur pour son argent et ne peuvent que réjouir quiconque voue une passion sincère au genre.
IL ETAIT UNE FOIS LE WESTERN EUROPEEN remet, une fois de plus, les pendules à l'heure. Et on ne le fera jamais trop tant l'intolérance du plus grand nombre reste immense face à ce genre pourtant fascinant (malgré des tentatives comme celle d'ARTE il y a quelques années)
Sa lecture émerveillée (le livre est superbe, avec plein de photos et d'affiches plus excitantes les unes que les autres) ne pourra que séduire le lecteur curieux en lui apportant une vraie culture dans le domaine. Car, en ce qui concerne le western européen comme en d'autres matières, c'est l'inculture et l'ignorance auto-satisfaite qui entraînent un mépris aveugle chez le spectateur d'aujourd'hui, naturellement obsédé par les dernières grosses productions américaines. Même un chef d'oeuvre à l'état pur comme LE DERNIER FACE A FACE peut ainsi être, au détour d'une conversation, démoli arbitrairement et taxé de sous-LEONE !
Malgré un prix élevé, qui pourra freiner l'envie, on ne peut que conseiller l'achat du livre de JEAN-FRANCOIS GIRE, paru chez BAZAAR and c°. Le fan prendra grand plaisir à sa lecture tout en complétant ses connaissances (le champ est vaste : il y a toujours à découvrir). Le néophyte, à qui il FAUT offrir l'ouvrage, comprendra peut-être ce qu'il a manqué jusque-là. Il est permis de rêver.


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News postée par Patryck Ficini le 26/04/2009
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