Alucarda

Alucarda
la hija de las tinieblas


ORIGINE
Mexique
Alucarda Affiche

ANNEE
1978
REALISATION

Juan Lopéz Moctezuma

INTERPRETES
Tina Romero
Susana Kamini
Claudio Brook
AUTEUR DE L'ARTICLE: Alexandre Lecouffe
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Critique Alucarda
{Photo 1 de Alucarda} A sa naissance, Alucarda (Tina Romero) est confiée à des Bohémiens par sa mère qui se croit victime d'une malédiction et qui craint que celle-ci poursuive sa fille. Quelque dix-huit ans plus tard, nous suivons l'arrivée de l'orpheline Justine (Susana Kamini) dans un couvent et nous y retrouvons Alucarda, pensionnaire peu docile à la personnalité morbide. Les deux jeunes filles se lient d'amitié et lors d'une escapade en forêt, libèrent d'une tombe ce qui semble être un esprit démoniaque. Les deux orphelines réagissent de façon étrange à leur retour au couvent et dans la nuit, participent à un rituel d'échange de sang puis à une sorte de sabbat dans la forêt organisé par des Bohémiens installés dans les environs. Alors qu'une des Sœurs du couvent et le médecin des lieux (Claudio Brook, CRONOS de Guillermo del Toro, 1993) pensent que Justine et Alucarda devraient être soignées, les autorités religieuses décident de les exorciser.

Le réalisateur mexicain Juan Lopez Moctezuma demeure un auteur quasiment inconnu dont la filmographie ne compte que cinq longs-métrages parmi lesquels on peut citer THE MANSION OF MADNESS (1973), ada{Photo 2 de Alucarda} ptation délirante de la nouvelle d'Edgar Poe, « Le Système du Dr. Goudron et du Pr. Plume ». Juan L. Moctezuma fut un proche du mouvement post-surréaliste « Panique » fondé par Fernando Arrabal, Topor et Alejandro Jodorowsky ; il a surtout travaillé avec ce dernier, co-produisant ses mythiques FANDO ET LIS (1968) et EL TOPO (1970). Si l'esprit à la fois mystique et bariolé du créateur chilien plane sur ALUCARDA, le film puise son influence et une partie de son inspiration à des sources très variées : la nouvelle « Carmilla » de Sheridan Le Fanu (pour l'histoire d'amour saphique et le thème du vampirisme), les bandes mêlant sorcellerie et religion tels LES DIABLES de Ken Russell (1971) ou L'EXORCISTE de William Friedkin (1973) ou la peinture fantastique classique, qui est évoquée tout au long du métrage.

Une séquence pré-générique nous fait découvrir par un lent panoramique circulaire l'étrange temple en ruine où la mère de Alucarda confie sa fille à une femme aux allures de sorcière avant d'être assaillie par des grognements monstrueux. Nous sommes donc dès cette introduction plongés dans un univers fantastique qui se teinte d'élém{Photo 3 de Alucarda} ents gothiques lors des séquences suivantes nous présentant l'intérieur troglodyte du couvent où est accueillie Justine puis les nonnes du lieu, « momifiées » par les bandelettes qui forment leur parure. Le spectateur n'est donc pas vraiment surpris de voir le récit bifurquer vers une histoire de possession satanique et d'exorcisme d'autant plus que les deux protagonistes semblent être des épigones des personnages féminins tourmentés de CARRIE (Brian de Palma, 1976) ou de L'EXORCISTE. De même, la relation saphique qui structure le film et le motif du vampirisme (présent dans le rituel érotique du pacte de sang ou dans le prénom Alucarda anacyclique de Dracula...) rappellent les œuvres de Jean Rollin ou celles de la Hammer inspirées de « Carmilla » (THE VAMPIRE LOVERS de Roy Ward Baker, 1970). C'est davantage par son traitement très personnel de la sorcellerie que ALUCARDA fixe son originalité : celle-ci est clairement assimilée à une volonté d'émancipation de ses deux héroïnes prisonnières d'une religion qui réprime tout désir et cloisonne l'imaginaire. Malgré une violente dénonciation de l'intolérance religieuse, nous sommes l{Photo 4 de Alucarda} oin de l'hystérie baroque à l'œuvre dans LES DIABLES : contrairement à Ken Russell, Juan L. Moctezuma ne condamne pas le Christianisme de but en blanc (voir les personnages de Sœur Angelica et du Docteur Oszek qui s'opposent à l'obscurantisme qui frappe le couvent) ; au contraire même, il confère à son film une véritable dimension mystique en donnant aux différents rituels religieux (prières collectives, exorcisme, flagellations...) un impact visuel et narratif inattendu (voir par exemple la transposition d'une « Pietà » vers la fin du métrage). Cette iconisation des rituels est encore plus prégnante lors des scènes de magie noire qui semblent elles échappées d'une toile de Francisco Goya (le célèbre « Sabbat des sorcières » est ouvertement cité) ou d'une gravure du 19ème siècle (le film se déroule vers 1850). Les scènes situées dans la Nature (espace à la fois protecteur et mental dans lequel on peut croiser toutes sortes de créatures mythologiques tel le Faune ou le Bouc) se caractérisent par leurs couleurs vives et l'emploi d'une photographie chaude, d'une lumière lisse qui peut rappeler l'esthétique propre aux peintures préraphaélites. A l'inverse, les scènes situées dans l'autre espace diégétique du film (le couvent, lieu de tous les enfermements) se distinguent par leur tonalité sombre, le clair-obscur et la surcharge de leur cadre (les statues et sculptures murales omniprésentes). Le réalisateur semble en fait vouloir inscrire son oeuvre dans une esthétique picturale (évidente aussi dans le choix quasi-exclusif de plans fixes et d'un montage lent) et le film se transforme alors en une série de tableaux fantasmagoriques reliés entre eux par une trame narrative aussi ténue que (volontairement) déjà-vue. Si ALUCARDA n'échappe pas à une certaine abstraction (la valeur à la fois métaphorique et totalement imaginaire des lieux, l'aspect allégorique de certains personnages, la recherche plastique au détriment de l'histoire...), son final « sacrificiel » où le sang et le feu se mêlent dans une orgie funèbre clôture le film de façon spectaculaire. Tombé dans l'oubli durant une vingtaine d'années, le film en est partiellement sorti grâce aux éditeurs dvd de « Mondo Macabro » et aux éloges récents du réalisateur mexicain Guillermo del Toro. A redécouvrir.

Alexandre Lecouffe
02/04/2010
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