Antiviral


ORIGINE
Canada
Antiviral Affiche

ANNEE
2012
REALISATION

Brandon Cronenberg

INTERPRETES
Caleb Landry Jones
Sarah Gadon
Malcolm Mc Dowell
Douglas Smith
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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Critique Antiviral
{Photo 1 de Antiviral} Syd March est un commercial pour la clinique Lucas. En ces temps de célébration à outrance des « peoples », il est du dernier chic de s'acheter et de se faire inoculer la nouvelle maladie ou affliction dont a souffert celui dont on se déclare fan. Syd vend donc des herpès, rhumes et autres conjonctivites achetées à des stars sous licence. Mais, roublard, il s'arrange pour s'injecter préalablement lui-même les virus, les revendant ensuite au marché noir, à un mafieux contrôlant une boucherie commercialisant avec grand succès de la viande cultivée à partir des cellules de ces mêmes stars. Vous reprendrez bien un peu de boudin de Lady Gaga, ou un steak de Madonna. Appelé à prélever la dernière infection de la star Hannah Geist (Sarah Gadon, justement à l'affiche des deux derniers opus de Cronenberg père: COSMOPOLIS et A DANGEROUS METHOD), il s'injecte comme à son habitude le virus. Bien décider à l'écouler illégalement, il apprend cependant que la star en question est soudainement décédée. Et il semble bien que ce soit moins le fruit du hasard que d'un complot sur fond de concurrence industrielle. Il devra dénouer cet enchevêtrement au plus vite s'il veut sauver sa peau.

Sans conteste un des chocs de l'édition 2012 de l'Etrange festival et de l'édition 2013 du BIFFF où il fut présenté, ANTIVIRAL signe la naissance d'un cinéaste, Brandon, fils de David Cronenberg, mais qui réussit ici à se faire un prénom.

ANTIVIRAL est pourtant profondément ancré dans le cinéma de David Cronenberg, celui de la « nouvelle chair ». Mais alors que le paternel se mettai{Photo 2 de Antiviral} t à explorer des les années '90 les thèmes de l'inconscient ou de la perception (NAKED LUNCH, EXISTENZ, A DANGEROUS METHOD), Brandon nous ramène à la synthèse de l'esprit et du corps et prolonge la réflexion qui ponctue toute la carrière du père (SHIVERS, VIDEODROME, LA MOUCHE, FAUX SEMBLANT, CRASH...).

Mais loin de n'être qu'un épigone de David, Brandon trouve ses marques pour évoquer notre société contemporaine, et ce de manière aussi froide que brillante. ANTIVIRAL réussit donc là où COSMOPOLIS s'est noyé dans son matériau de base.

ANTIVIRAL est une charge à la fois contre la « peopolisation » à outrance de notre société du paraitre et contre les dérives de la marchandisation ultralibérale. Il décrit en effet un monde où la célébrité ne l'est plus du fait de ses actions et de ses réalisations mais où elle a été artificiellement construite dans le seul but d'en vendre l'image. Il n'est finalement guère étonnant que ce thème traverse tant de films contemporains, souvent d'ailleurs de réalisateurs importants : ne citons que les plus récents : TO ROME WITH LOVE pour sa séquence avec Roberto Begnini (Woody Allen, 2012), SUPERSTAR (Xavier Gianoli, 2012), et, parmi ceux présentés à l'Etrange Festival, les excellents UN JOUR DE CHANCE (Alex de la Iglesia, 2012) et GOD BLESS AMERICA (Bobcat Goldthwait, 2011).

L'angle n'est donc pas ici porté sur la célébrité elle-même que sur son exploitation commerciale. Une exploitation sans remords ni question éthique, présenté comme une évidence, une évolution sociétale. La demande - l'assuétude - de la populat{Photo 3 de Antiviral} ion est si forte pour fusionner avec les stars qu'elle vénère, que l'on en vient à lui inoculer les maladies qui ont transité par le corps celles-ci. La métaphore est évidente. Elle nous dit avec tellement de justesse la maladie sociétale qui consiste à déifier l'autre plutôt qu'à vivre vraiment nous-mêmes. Elle nous explicite la construction de ce besoin qui nous est inculqué, qui nous est vendu par l'industrie.

La métaphore est aussi, sans que ce ne soit jamais souligné par le script, christique : un détournement, une inversion du « ceci est mon corps », de la communion, lorsque l'on vend aux citoyens une viande dérivée des cellules des stars. Cette dernière est déifiée par la population, par retour, elle leur est sacrifiée, donnée en pâture, donnée à dévorer. On retrouve en outre clairement l'idée du martyr, exposée brillamment par Peter Greenaway dans son BABY OF MACON. Dans ANTIVIRAL, la vedette souffre pour briller aux yeux de ses contemplateurs, et finit par mourir pour eux, dans une savante mise en scène. Mais tout comme le marketing des artistes prolonge leurs morts en exploitant périodiquement des bribes de leurs œuvres (on continue à déterrer des inédits d'Elvis ou de Bob Marley depuis des décennies, il en sera sans doute de même pour Michael Jackson), la société Lucas saura exploiter post mortem Hanna Geist, dans un final absolument glaçant (les aficionados de MATRIX y trouveront une analogie avec le devenir des humains réduits à de vulgaires piles).

On retrouve donc le motif du cannibalisme, qu'il ne serait pas inintéressant de mettre en parallèle de celui de SOLEIL VERT. Ce dernier reflétait les peurs de son époque, ANTIVIRAL livre une critique de la notre. Notons que le cannibalisme forcé de SOLEIL VERT se retrouvera peut-être à nouveau sur nos écrans si le SNOWPIERCER de Joon-Ho Bong annoncé pour 2013 transpose fidèlement la fin de la bande dessinée Transperçeneige de Benjamin Legrand.

L'anticipation, qui en exacerbant nos dérives actuelles et en les déplaçant dans un futur proche, a souvent joué ces dernières années des couleurs froides d'un monde ultralibéral que plus personne ne remettrait en question et qui, sous des dehors policés et lisses, aurait abandonné nombre de tabous éthiques et les valeurs fondamentales qui devraient placer l'être humain au cœur de la société. Sans volonté d'exhaustivité, on pourrait évoquer BIENVENUE A GATTACA et les dérives de l'eugénisme. Auparavant, dans DEMONLOVER, Olivier Assayas avait lui aussi décrit sur le ton de la normalité une entreprise commercialisant du SM trash et du snuff. Enfin, en 2011, le BIFFF présentait TRANSFER, où une autre clinique d'un futur guère recommandable permettait le transfert de l'esprit de vieux riches dans des corps jeunes de pauvres. La critique de notre société marchande se doublait cette fois de celle du jeunisme, de l'obsession de la jouvence et de la vie éternelle, mais aussi de l'exploitation du tiers monde. Quant au BIFFF 2012, il nous permit de découvrir CARRE BLANC, et sa société aliénée où les cadres d'entreprises commettent sans ciller les pires violences. L'inventaire pourrait continuer.

La transfusion de maladie est une figure hyperbolique en ce qu'elle nous raconte l'évolution de nos comportements face aux vedettes. Auparavant adulées pour leurs actes, leurs hauts faits, leur talent, elles sont aujourd'hui traquées pour leur vie privée et leurs faiblesses. Le public aime à se repaitre des malheurs des célébrités, ANTIVIRAL montre que ce même public se délecte désormais de ses maladies - voire de son agonie -, au point de les faire sienne.

Le patronyme d'Hannah Geist renvoie au concept de « Geist », cher aux philosophes allemands, au rang desquels Hegel qui dans sa Philosophie de l'esprit indique que « l'œuvre de ceux que l'on nomme génies, l'œuvre d'art, n'est pas leur invention, mais l'invention du peuple entier auquel ils appartiennent ». Remplacez à la fois « génies » et « œuvres d'art» par « célébrités » et vous aurez un commentaire pertinent d'ANTIVIRAL. La célébrité est l'invention du peuple et lui appartient... encore que cette théorie soit faussée... puisqu'ici les célébrités appartiennent aux industries qui à grands coups de licences en acquièrent l'exploitation commerciale.

On l'aura compris, ANTIVIRAL est un film aussi réussi que thématiquement riche, que nous ne saurions assez recommander.



Retrouvez notre couverture de l'Etrange Festival 2012.

Retrouvez notre couverture du 31ème Brussels International Fantastic Film Festival (BIFFF).

Philippe Delvaux
26/09/2012
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