Au service du diable

Le La plus longue nuit du diable
Le château du vice
La nuit des pétrifiés
The devil's nightmare


ORIGINE
Belgique, Italie, France
Au service du diable Affiche

ANNEE
1971
REALISATION

Jeann Brismée

INTERPRETES
Erika Blanc
Jean Servais
Daniel Emilfork
Lucien Raimbourg
Jacques Monseau
AUTEUR DE L'ARTICLE: Patrick Barras
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Critique Au service du diable
{Photo 1 de Au service du diable} À la fin de la seconde guerre mondiale, dans un Berlin à l'agonie sous les bombardements alliés, la baronne Von Rhoneberg meurt en couches, donnant naissance à une petite fille. En apprenant le sexe de l'enfant, son mari le baron (Jean Servais), en proie à une intense déception la poignarde froidement.

De nos jours (enfin, plutôt au début des années 70...) ce même baron fait état après d'une journaliste d'une malédiction ancestrale qui frappe sa famille, suite à un pacte signé avec le diable par un Von Rhoneberg. Peu après, un mini bus contenant 6 touristes et leur chauffeur ne peut continuer sa route face à un obstacle. Un personnage énigmatique vêtu de noir (Daniel Emilfork) leur indique alors la voie du Château Von Rhoneberg où ils pourront demander asile pour la nuit. Ils seront rejoints par la mystérieuse Ilse Muller (Erika Blanc), qui ne semble pas être totalement une inconnue dans la demeure... Alors que l'on évoque une succube en lien avec la malédiction des Von Rhoneberg, les membres du voyage, chacun travaillé par un des sept péchés capitaux, v{Photo 2 de Au service du diable} ont tragiquement disparaître à tour de rôle, subissant une punition en rapport avec le péché qui les anime ou les motive orchestrée par Ilse.

D'emblée on se dira que AU SERVICE DU DIABLE nous gratifie d'un scénario des plus galvaudés concernant le style gothique tardif dans lequel il s'inscrit. De ce gothique, le film devient même un catalogue exhaustif où aucun poncif ne semble avoir été oublié : Château funeste, famille aristocratique maudite, majordome inquiétant, cabinet d'alchimie et chambre des tortures, un squelette par ci, une chouette empaillée par là ; aucune faute de goût ni de style. Une fois rajoutés les étrangers égarés, le compte est bon.

C'est par contre le fait de faire intervenir au milieu de tout cela une succube - Némésis en charge de faire amèrement regretter aux mortels le poids de leurs plus lourds péchés et travers qui va amener au film son petit souffle d'amusante originalité, le transformant en un hybride de THE OLD DARK HOUSE ou même du CONTRONATURA de Margheriti et d'un SEVEN encore à venir. Pour le coup la créature démon{Photo 3 de Au service du diable} iaque en oublierait presque sa raison d'être qui est quand même de s'occuper à régler en priorité le sort du dernier héritier mâle des Von Rhoneberg. Elle recouvrira heureusement la mémoire sur la fin du métrage.

Néanmoins, AU SERVICE DU DIABLE possède un charme indéniable grâce sa mise en scène qui investit dans une atmosphère à la limite du surréalisme, courant dont son réalisateur Jean Brismée se dit d'ailleurs grand amateur et qui a trouvé un terrain de prédilection en Belgique. Les légères touches d'amusante ironie qui ponctuent le récit sont également typiques du surréalisme belge. Est-il nécessaire de citer le goût des surréalistes, avec l'exemple d'Antonin Artaud, pour le gothique, comme si la parenté entre les deux n'était pas d'une évidence lumineuse (et ce n'est pas Jean Rollin qui disait le contraire...) ? La recherche de cette atmosphère fait que le film prend une allure de conte, développé avec lenteur pour ce qui concerne les deux tiers du métrage, afin installer les personnages dans les lieux et d'exposer les travers de chacun. Le der{Photo 4 de Au service du diable} nier tiers consacré à leur punition paraît s'emballer un peu plus, mais rien de bien frénétique non plus.

Ce qui sauve aussi AU SERVICE DU DIABLE du statut de « petit film paumé » (dixit Jean Brismée lui-même, dont c'est la première incursion dans le long métrage de fiction) c'est son trio d'acteurs principaux. Erika Blanc trouve probablement ici son meilleur premier rôle et campe une Ilse tour à tour aguichante et excitante en diable dans des atours dignes de Vampirella (en partie conçus par elle-même, selon ses dires), ou furie démoniaque mise en valeur par un simple maquillage d'une sobriété aujourd'hui oubliée, jouant juste habilement des éclairages et des couleurs (la qualité de la photographie étant également un des atouts majeurs du film). Jean Servais, un des plus brillants salauds du cinéma français est un Von Rhoneberg dont la voix caverneuse suffit à investir une séquence d'une dimension et d'une présence particulière (une voix qui finirait presque par devenir un personnage à part entière ; fermez les yeux par moments...). Il y a enfin Emilfork, satan en personne découvrirons-nous, qui malgré trois courtes apparitions occupe toujours le cadre de manière plus que convaincante et marquante. Pour prolonger le plaisir de la vision de AU SERVICE DU DIABLE, il est d'ailleurs vivement conseillé de se précipiter sur le documentaire DANIEL EMILFORK - GARGOUILLE DE CHARME de Christophe Bier.

N'oublions pas le thème musical entêtant d'Alessandro Alessandroni que Brismée avait souhaité « à la Moricone » et qui de douce mélopée féminine se déclinera à l'orgue pour mieux coller au genre et à l'ambiance ; une scène d'érotisme lesbien pour coller au cahier des charges bisseux (on est tout de même sur l'âge d'or du giallo et de ses audaces) et malgré le fait que seulement 5 des 7 péchés capitaux trouvent une juste punition, que la fin soit un rien prévisible du fait de la présence parmi les touristes d'un séminariste (avec tout de même un sympathique petit twist nous révélant les origines d'Ilse...), AU SERVICE DU DIABLE a largement de quoi constituer une assez captivante découverte. Avis aux amateurs !

Patrick Barras
02/08/2019
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