Balada Triste de Trompeta


ORIGINE
Espagne
Balada Triste de Trompeta Affiche

ANNEE
2011
REALISATION

Alex de la Iglesia

INTERPRETES
Carlos Areces
Antonio de la Torre
Carolina Bang
Sancho Gracia
Juan Luis Galiardo
Critique Balada Triste de Trompeta
{Photo 1 de Balada Triste de Trompeta} Àlex de la Iglesia, grand réalisateur espagnol dont la réputation n'est plus à faire, propose en 2011 BALADA TRISTE DE TROMPETA. C'est dans le cadre de l'Hallucinations Collectives que nous avons eu la chance de découvrir ce film en avant-première et dans la compétition long métrage que ce dernier remporta.

Àlex de la Iglesia commence sa carrière comme décorateur. Il passe pour la première fois à la réalisation en 1992 avec ACTION MUTANTE, un film décalé traitant du thème de la déviance. Ce premier long métrage, salué dans plusieurs festivals comme Avoriaz, lance la carrière de l'un des plus grands réalisateurs espagnols des années 90 et 2000. LE JOUR DE LA BÊTE, 800 BALLES, LE CRIMES FARPAIS et d'autres, s'ensuivent. Iglésia s'impose alors comme grand réalisateur moderne en exposant des ambiances décalées et jouant sur les relations entre les personnages, les non-dits. En 2011, il réalise BALADA TRISTE DE TROMPETA. Notons que ce grand monsieur est nommé président de l'Académie du Cinéma Espagnol en 2009, institut qui délivre les prix Goya. Présidence qu'il quitte en 2011 pour divergence politique.

BALADA TRISTE DE TROMPETA, nous plong{Photo 2 de Balada Triste de Trompeta} e pendant la guerre civile en Espagne. L'ouverture met en scène un clown qui se fait enrôler dans l'armée pour faire face au franquisme. Capturé puis tué, il laisse son fils seul. Ce dernier rejoint un cirque dans les années 70 pour y devenir clown triste. Amoureux de la femme de son patron, la relation entre ces trois personnes va dégénérer.

Quelques mots sur une ouverture à la limite du surréaliste et qui frappe fort, comme on l'aime. Un clown armé d'une machette égorge des soldats franquistes sous les yeux médusés de la garde civile. Inutile de préciser que cette ouverture plonge le spectateur directement dans l'univers d'Iglesia et tout cela sans le moindre accro.

Attardons-nous brièvement sur le trio d'acteurs que constitue le film. Carlos Areces, Antonio de la Torre et Carolina Bang forment à l'écran un très beau casting. Pourtant, excepté Antonio de la Torre que l'on connaît grâce à VOLVER de Pedro Almodovar et AZUL de Daniel Sánchez Arévalo, le casting est principalement issu de la télévision. Notons que Carlos Areces et Carolina Bang jouent dans la série Plutón BRB Nero dirigée par Alex de la Iglesia lui-même. Comme quoi, par{Photo 3 de Balada Triste de Trompeta} fois il vaut mieux garder les équipes qui gagnent.

Techniquement irréprochable, Iglesia nous propose un cadrage très réfléchi et très référencé. Jouant avec les tons de gris et les couleurs vives, la photographie est sûrement l'une des plus aboutie du réalisateur. Que ce soient les ombres ou la profondeur de champ, tout est calculé et maîtrisé. Cette habilité est l'un des grands avantages de ce métrage. On se surprend à tout trouver beau, et c'est plaisant. LA MORT AUX TROUSSES ou encore FREAKS, LA MONSTRUEUSE PARADE sont souvent cités. On retrouve aussi Raphael, le clown triste de SIN ON ADIOS (1970). Cette référence au cinéma de la période franquiste rentre bien entendu en résonance avec le scénario et l'importance du poids du passé sur les constructions présentes.

Le budget, légèrement plus élevé que dans les autres films, autorise, au-delà de nombreux effets spéciaux, de beaux décors et une multitude de lieux qui nous permettent de bien mettre en image l'évolution et la mutation des personnages. Une aisance qu'Iglesia a su réellement prendre avec un plus gros budget.

Scénaristiquement, de la Iglesia nous entraîne dans un univers décalé et surréaliste. Entre le réel et l'imaginaire, l'histoire fait se croiser un grand nombre de personnages tous plus colorés les uns que les autres. Aucun ne saura cependant nous séduire totalement. En effet, avec leurs ambivalences respectives, leurs excès et leurs débordements, ce sont des personnages qui dépassent la dichotomie du agréable et du désagréable. Ils sont subtils et plein de vécu. Leur profondeur, mise en avant par leurs mutations fait réellement plaisir à voir, à l'heure où le cinéma tend à simplifier ses personnages. Ainsi, l'affection portée aux personnages ne se fait pas avec l'utilisation de grosses ficelles hollywoodiennes mais par une approche beaucoup plus subtile et compréhensive. Ici Iglesia met en avant l'impact du passé sur les personnages. Métaphore peu subtile selon certains, mais qui marche cependant très bien.

Le scénario a tendance à prendre des virages à 180° mais permet un réel suivi de l'évolution des personnages. Ces virages sont cependant le seul point négatif que l'on peut dégager du film. En effet, même s'ils sont réalisés avec beaucoup de maîtrise, ils peuvent avoir tendance à perdre le spectateur. En effet, ça va vite, et parfois on a l'impression d'enchaîner les séquences de façon réellement frénétique. Cependant, si on y regarde de plus près, cet étalage grotesque et déraisonnable fait le lien direct avec le fond de l'histoire. Ainsi, fond et forme s'accordent pour ne faire plus qu'un, pour un dérapage contrôlé dans le monde de l'invraisemblable. L'harmonie est présente, on passe de bagarres très stylisées, accompagnées de grandes explosions à des séquences plus psychologiques et subtiles, le tout dans une époustouflante cohérence. Entre Freacks Show et bande dessinée, Iglesia arrive à réellement créer un univers. Des clowns et des militaires franquistes se croisent et ça marche très bien.

Ainsi, Iglesia nous embarque dans un film hors du temps, où malgré les nombreuses ellipses, la cohérence et l'évolution du film restent logiques. Un tour de maître plein d'adresse où ce qui est raconté et la manière de le raconter s'unissent parfaitement sous la bannière du grotesque.

Cliquez ici pour lire une autre critique de BALADA TRISTE DE TROMPETA

Quentin Mazel
22/05/2011
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Quentin Mazel
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