Barbe-Bleue

Blue Beard


ORIGINE
Etats-Unis
Barbe-Bleue Affiche

ANNEE
1944
REALISATION
Edgar G. Ulmer
INTERPRETES
John Carradine
Jean Parker
Ludwig Stossel
Teala Loring
Nils Asther...
Critique Barbe-Bleue
{Photo 1 de Barbe-Bleue} La vaste mythologie de Barbe-Bleue débute en 1698, avec l'histoire originale publiée par Charles Perrault. Cette histoire nous conte le récit d'un riche membre de la noblesse rejeté par les femmes du fait de la couleur de sa barbe. Quand il parvient finalement à trouver une épouse, il lui donne trois clés. Il lui dit qu'elle peut se rendre où elle désire dans son château, mais qu'elle ne doit jamais utiliser la troisième clef, qui ouvre une chambre interdite. Cependant, à l'instar de Pandore, l'épouse de Barbe-Bleue succombe à la curiosité, et profitant de l'absence de son mari, elle succombe à la tentation. Elle découvre alors une terrifiante masse de corps sanguinolents, les anciennes femmes de Barbe-Bleue. Lors de son retour au foyer, Barbe-Bleue prend conscience que sa femme lui a désobéi et menace de l'envoyer rejoindre les autres cadavres...

Le conte de Perrault a engendré de nombreuses adaptations cinématographiques, aux XXème et XXIème siècles, ainsi qu'un roman de Kurt Vonnegut, mais il est rare que l'histoire originale en sorte intacte (ou que Barbe-Bleue ait une vraie barbe). Au lieu de cela, Barbe-Bleue est devenu syno{Photo 2 de Barbe-Bleue} nyme de tueur en série spécialisé dans les proies féminines. Souvent lié à des problèmes de refoulement sexuel et autres questions psycho-sociologiques, Barbe-Bleue devient facilement un personnage apprécié, trop sensible pour les dures réalités de la vie contemporaine. Edgar Ulmer explore cet aspect du personnage avec son adaptation du conte. Barbe-Bleue est cette fois un artiste parisien nommé Gaston (John Carradine). Marionnettiste, peintre et sculpteur, il est talentueux mais mystérieux. Une nuit, après avoir donné une représentation de son spectacle, un groupe d'admiratrices vient en coulisses pour regarder ses marionnettes. Gaston est frappé par une certaine Lucille (Jean Parker), dont la nature douce l'attire. Lorsqu'il apprend qu'elle est couturière, il lui demande de faire des costumes pour ses marionnettes, en espérant ainsi garder contact avec elle. Le groupe de femmes ne tarde pas à rentrer à cause des avertissements de la police concernant les agissements meurtriers d'un tueur en série qui terrorise Paris. Un lien est finalement opéré entre un tableau de Gaston et une de ses victimes, et la police se rapproche toujours{Photo 3 de Barbe-Bleue} plus de notre « héros ».

Dans une scène cruciale, il raconte à Lucille l'époque où il était encore un jeune étudiant en art, pauvre mais plein de vie. Une nuit, explique-t-il, il a trouvé une femme inconsciente dans la rue et l'a ramenée chez lui afin de prendre soin d'elle. Durant sa convalescence, elle devint sa muse, mais le jour où il découvrit qu'elle était en réalité une prostituée endurcie, il l'étrangla, écrasé par la déception. Depuis, toutes les femmes qu'il a peintes lui ont fait penser à sa muse d'un moment, et c'est pourquoi il les a tuées...

Edgar G. Ulmer, le réalisateur du classique du film noir qu'est DETOUR (1945), n'est pas moins à l'aise avec les ombres et les lumières de BARBE-BLEUE, qui exhibe les derniers vestiges de l'expressionnisme allemand dans ses décors géométriques. Ceci fournit au film les angles inclinés qui tombent en cascade jusqu'à l'obscurité. Le caractère intime du film découle du fait qu'il a été entièrement tourné en studio, ce qui a rendu possible le travail noté ci-dessus sur les ombres et les décors. Ce monde intérieur reflète la lutte de Gaston avec la destinée et sa quête sans fin pour{Photo 4 de Barbe-Bleue} donner un sens et prendre le contrôle sur un monde auquel il ne peut faire face. Gaston ne peut échapper au sort que la destiné lui a réservé, et par conséquent il se replie sur le monde des marionnettes au sein duquel il peut créer sa propre réalité. Il admet qu'il ne peut pas tuer un morceau de bois. Plus que ça, il peut le tailler et lui donner vie selon ses souhaits. A l'inverse, c'est comme si les tableaux qu'il avait créés avaient volé la vitalité et l'essence de ses modèles. La beauté de l'œuvre était plus intense au final que le modèle lui-même, ce qui entraînait une déception après l'autre. Inversement, les marionnettes sont en trois dimensions mais creuses à l'intérieur, ce qui permet à Gaston de leur insuffler les caractéristiques qu'il désire, ne laissant de la sorte aucun espace pour des attentes déçues.

Le rôle du marionnettiste tenant les fils au-dessus de sa création est exploré à travers la juxtaposition entre les actions qui se déroulent au-dessus et en-dessous du sol. Gaston retourne dans les égouts quand le manque de contrôle du monde du dessus le contraint à abandonner la dépouille de ses victimes. A la surface, Gaston s'efforce de garder le contrôle en disposant des rebuts de la société et en conservant la réalité qu'il crée. Le point d'orgue de ces multiples strates apparaît lors des derniers moments du film, quand il tente d'échapper à la police parisienne en courant sur les toits de la ville. Malgré ses efforts, il ne tire plus les ficelles et se trouve soudain lui-même métamorphosé en marionnette. Il ne tarde pas alors à glisser et à tomber dans la Seine, comme s'il revenait à la source de ses crimes.

Le film de Ulmer se révèle être une réussite du point de vue artistique, tant pour ce qui concerne les décors que pour ce qui a trait à l'histoire, et il représente de surcroît un tournant dans la filmographie du réalisateur. En prenant partiellement son inspiration dans le cinéma européen de l'époque (décors expressionnistes, drame en costume, etc.), mais en ajoutant une approche contemporaine pour ce qui a trait à l'éclairage et à l'histoire, BARBE-BLEUE est un film à la croisée des genres qui nous donne une meilleure compréhension de la carrière d'Edgar G. Ulmer ainsi que des productions cinématographiques des années quarante.

Marisa C. Hayes
22/12/2009
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Marisa C. Hayes
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