Bela Lugosi Immortel


ORIGINE
France, USA
Bela Lugosi Immortel Affiche

ANNEE
2011
REALISATION

William Beaudine
William Nigh
Victor & Edward Halperin

INTERPRETES
Bela Lugosi
John Harron
Madge Bellamy
Tod Andrews
John Carradine
AUTEUR DE L'ARTICLE: Vincent Trajan
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Critique Bela Lugosi Immortel
{Photo 1 de Bela Lugosi Immortel} Qui ne connaît pas Bela Lugosi ? Révélé aux yeux du monde entier comme un acteur hors norme dès la sortie de DRACULA de Tod Browning en 1931, l'image du vampire va être à jamais associée à celle de son interprète. Pourtant, l'homme excellera dans de nombreux autres films comme LA MARQUE DU VAMPIRE, LE CHAT NOIR ou encore LE CORBEAU.

55 ans après sa mort, Artus Films propose un coffret "Bela Lugosi Immortel" composé de 3 films (VOODOO MAN, LE MYSTERIEUX MR WONG et WHITE ZOMBIE) ainsi qu'un documentaire exclusif pour revenir sur la carrière de cet acteur...immortel !

Premier film du coffret : VOODOO MAN. Réalisé par William Beaudine en 1944, le métrage suit les aventures de Ralph Dawson (Tod Andrews), un jeune scénariste des studios hollywoodiens parti se marier dans la famille de sa fiancée. Arrivé sur place, il est le témoin d'étranges phénomènes et de disparitions inquiétantes de jeunes femmes.

Et pour cause ! Prêt à tout pour rendre la vie à sa femme décédée depuis des années, le Docteur Marlowe (Bela Lugosi), veut utiliser le fluide vital des jeunes filles enlevées pour arracher sa bien-aimée à la mort et ce, grâce à l'hypnose et le rite vaudou.

Evidemment, on ne peut pas dire qu'au milieu des années 40, les carrières de Bela Lugosi et de William Beaudine soient à leurs apogées. Au contraire : boudé et oublié par les réalisateurs pour l'un, en soif de reconnaissance et de second souffle (qui ne viendra jamais) pour l'autre, on ne peut pas dire que les deux hommes ont le vent en poupe à cette époque.

Pourtant, les deux artistes vont s'appliquer à démontrer l'étendue de leurs savoirs-faire, même s'ils sont pleinement conscients de se cantonner à leurs cadres respectifs. Ainsi, Bela Lugosi sera contraint de jouer du Bela Lugosi sur un scénario écrit pour son "personnage", et William Beaudine restera lui, sur les sentiers battus des thrillers des 40's. Difficile donc pour le métrage de se sortir du ventre mou du genre. D'autant plus que le métrage a été tourné en seulement 7 jours !

A l'ouest, rien de nouveau ? Oui et non. Car si VOODOO MAN ne va pas surprendre le spectateur par son scénario sympathique mais assez convenu, il n'en sera pas moins agréable à regarder. Qui plus est, même si on est habitué aux mimiques et au regard macabre de Bela Lugosi, il faut bien avouer que l'acteur possède encore de beaux restes et n'a pas de mal à tenir tout le film sur ses épaules. A ce titre, le rite de vaudou pour redonner vie à la femme du Docteur Marlowe donne pas mal de "théâtralité" à l'ensemble, notamment grâce à une prestation habitée de la part de George Zucco et d'un Lugosi fort à propos.

Et mine de rien, VOODOO MAN va se révéler être un film aux multiples facettes, notamment dans sa construction où se{Photo 2 de Bela Lugosi Immortel} mêlent deux histoires en parallèle (l'enquête du jeune Ralph et les projets du Docteur Marlowe) qui finiront par se croiser et dans la mise en avant de la personnalité torturée dudit Marlowe, qui enlève des jeunes femmes pour retrouver son amour perdu. Et même si 2 ans auparavant, Bela Lugosi avait exploré sensiblement le même thème et le même personnage dans THE CORPSE VANISHES de Wallace Fox, force est de constater que VOODOO MAN tient bien la route et nous réserve son lot de (bonnes) surprises. Ainsi, l'acteur John Carradine (LES RAISINS DE LA COLERE) joue un second rôle assez intéressant et ce, même s'il est loin de faire de l'ombre à Bela Lugosi. L'homme tirera son épingle du jeu en développant un jeu d'amoureux transit, torturé et toujours sur le fil du rasoir.

De plus, les images des jeunes femmes hypnotisées déambulant dans les corridors noirs de la demeure du Dr Marlowe possède une sacrée identité visuelle...

A la fin du film, Ralph le jeune héro, proposera à son patron le scénario d'un film relatant les aventures qu'il vient de vivre, et proposera même comme un acteur principal... Bela Lugosi ! Une manière de rendre hommage à cet acteur immense.

A 60 ans passés, VOODOO MAN se (re)découvre sans peine - même si certaines scènes n'ont pas pu êtres restaurées - et démontre que le monstre sacré qu'était Bela Lugosi possède toujours un charisme intact.

A l'évidence, le film ne restera pas dans la mémoire collective mais se place comme un sympathique divertissement.



Ce ne sera malheureusement pas le cas pour LE MYSTERIEUX MR WONG.

Dans les années 30, l'idée du péril jaune est omniprésente dans l'esprit des américains, si bien que le cinéma lui-même, va se servir de cette peur de l'autre pour sortir à tour de bras des films qui mettent en scène des "génies du mal asiatiques" voulant à tout prix surpasser l'homme blanc. C'est pourquoi, de nombreux films tels que LE MYSTERIEUX DR FU MANCHU ou bien LE MASQUE D'OR verront le jour et abreuveront le public américain d'un état d'esprit ouvertement anti-asiatique... Parmi eux : LE MYSTERIEUX MR WONG.

Réalisé en 1934 par William Nigh (CITY LIMITS), LE MYSTERIEUX MR WONG va se vautrer sans vergogne dans l'esprit du péril jaune ambiant et respecter avec minutie un cahier des charges pro occidental. Le pitch du film est assez simple ; Mr Wong (Bela Lugosi) est un chef de la pègre chinoise qui cherche à s'emparer par tous les moyens des 12 pièces d'or de Confucius qui lui apporteront gloire, richesse et puissance. Mais c'est sans compter sur le journaliste Jason Barton (Wallace Ford, qu'on a pu voir dans FREAKS, LA MONSTRUEUSE PARADE) qui enquête sur toute une série dans Chinatown...

Disons-le tout net, LE MYSTERIEUX MR WONG n'est pas un film qui fait{Photo 3 de Bela Lugosi Immortel} au honneur au talent de Bela Lugosi. Avec sa réalisation mollassonne (des champs / contre-champs trop convenus et répétitifs lors des dialogues entre les personnages), ses prises de vue qui ne tiennent pas toujours compte la lumière (on trouvera pas mal de pas de sous exposition sur certains plans en intérrieur) et sa construction décousue, le film aura grand peine à se hisser à la cheville du MYSTERIEUX DR FU MANCHU dont il se veut le concurrent direct. Ainsi, l'histoire aura du mal à accrocher et les piètres prestations de certains seconds rôles donneront beaucoup de plomb dans l'aile à la bobine de William Nigh. Bela Lugosi lui-même, se verra contraint de surjouer pour pallier le manque de relief flagrant de son personnage, si bien que Mr Wong deviendra involontairement un ressort "comique" du film !

Et même si le ton du MYSTERIEUX MR WONG devient de fait assez léger, certains aspects du film ne prêteront pas trop à sourire comme cet esprit prégnant "péril jaune" dans les attitudes agressives des occidentaux face aux asiatiques (la scène du restaurant). Ajoutez à cela le scénario très plat signé Harry Stephen Keeler (qui se calque plus ou moins sur LE MONSIEUR WU de 1927et sur les métrages de FU MANCHU), une interprétation trop cabotine de Bela Lugosi - avec un fort accent hongrois qui colle très mal au personnage chinois de Monsieur Wong -, des décors moyens (budget oblige...), des rebondissements qui ne mènent à rien et ce MYSTERIEUX MR WONG n'est pas loin d'être un ratage total...

Pour autant, William Nigh va réussir à sauver (involontairement ?) les meubles grâce au couple Arline Judge / Wallace Ford et à ses répliques piquantes.

Contre toute attente, le duo fonctionne à merveille et parviendra même à voler la vedette à un Bela Lugosi un peu trop en roue libre, en prenant l'ascendant sur son propre personnage. Il faut dire aussi que l'acteur ne semble pas très à l'aise dans le costume oriental de Mr Wong. Le spectateur aura lui-même du mal à croire à cet ersatz raté de Fu Manchu.

De plus, la plupart des autres "chinois" du film seront en grande partie des occidentaux grimés qui se contenteront de plisser les yeux pour paraître asiatiques. Ici aussi, la crédibilité n'est pas au rendez-vous...

Bref, LE MYSTERIEUX MR WONG tourne souvent à vide et le scénario ne permettra jamais à l'histoire de gagner en épaisseur et en intensité. Pire encore : le métrage ne sera qu'une succession de scènes incongrues et de remplissage, si bien qu'on passera à côté de pas mal d'aspects plus importants !

Au bout d'une petite heure, LE MYSTERIEUX MR WONG pliera boutique aussi vite qu'il l'a montée et tombera dans l'oubli. Les fans inconditionnels de Bela Lugosi ne trouveront rien de spécial dans ce film si ce n'est une{Photo 4 de Bela Lugosi Immortel} interprétation (trop ?) cabotine de l'acteur versant parfois dans le ridicule. Et quand on sait que ce film se situe après 3 ans à peine de l'immense DRACULA qui a révélé Bela Lugosi au monde entier, c'est assez peu à se mettre sous la dent.



Troisième et dernier film : le WHITE ZOMBIE de 1932.

Réalisé de manière indépendante (avec un faible budget, donc) par les frères Victor et Edward Halperin, WHITE ZOMBIE relate l'histoire d'un jeune couple - Neil Parker (John Harron) et Madeleine Short (Madge Bellamy) - invité à se marier en Haïti, chez leur ami Charles Beaumont (Robert Frazer). Secrètement amoureux de Madeleine, Beaumont espère pouvoir la persuader de l'épouser. Devant le refus de l'intéressée, il fait appel à un maître vaudou du nom de Legendre (Bela Lugosi), afin de faire d'elle un zombie "temporaire" pour ainsi faire croire à sa mort et la reconquérir, une fois Neil retourné faire son deuil aux Etats-Unis...

Au début des années 30, le livre "The Magic Island" de l'aventurier William B. Seabrook sur son périple haïtien gagne l'attention du public qui se fascine pour le rite vaudou et les transes des "zombies". L'occasion idéale pour les frères Halperin de se démarquer des grosses cylindrées comme Universal, en présentant un sujet nouveau. Conscients des limites financières de leur métrage (le film sera tourné en une petite dizaine de jours), les deux réalisateurs de WHITE ZOMBIE ne vont pas choisir une trame horrifique pure et dure (à la façon des grosses productions comme FRANKENSTEIN ou DRACULA) mais plutôt mettre en avant des ambiances lugubres et angoissantes (l'armée de zombies travaillant en silence et en cadence dans une sinistre sucrerie).

C'est pourquoi l'"étrangeté" du mythe vaudou se placera comme un élément central du film (avec la gestuelle particulière de Bela Lugosi) et se mêlera à des décors gothiques plus académiques (le château de Legendre, le clair/obscur et les décors issus des studios dans lesquels a été tourné FRANKENSTEIN). Ainsi, si WHITE ZOMBIE se place volontairement comme une œuvre différente des films horrifiques de l'époque, le film ne va pas toujours sortir des sentiers battus du genre (on retrouvera le thème classique de l'amour transi, les atmosphères macabres...).

De plus, le fait que Victor et Edward Halperin se soient d'abord illustrés dans la réalisation de nombreux films muets ne permettra pas à WHITE ZOMBIE de s'imposer face aux grosses cylindrées de l'époque (DRACULA, FRANKENSTEIN, LES CHASSES DU COMTE ZAROFF...). En effet, les frères Halperin ont calqué la direction de leurs acteurs sur le genre muet, si bien que certaines scènes seront parfois trop surjouées (notamment pour les visions de Neil ou les "poses" de Legendre). Qui plus est, la quasi absence de bande de fond sonore ici et là, ne permettra pas de garder une dynamique homogène tout au long du film.

Ceci dit, Bela Lugosi tirera lui, aisément son épingle du jeu grâce à un réel charisme devant la caméra ainsi qu'un jeu de regard certes appuyé, mais ô combien redoutable. C'est bien simple : on sent que le scénario a été taillé pour lui, tellement l'homme semble ne faire qu'un avec son personnage. L'aura de Dracula n'est pas si loin, en fin de compte...

Mais qu'on ne se s'y trompe pas : WHITE ZOMBIE n'est pas à classer dans le ventre mou du genre. Au contraire, la force du métrage réside dans la singularité théâtrale de son récit (la rédemption de Beaumont face à l'état de Madeleine, l'opposition du Dr Brunner aux méfaits de Legendre...) et son découpage volontairement efficace.

A l'arrivée, WHITE ZOMBIE s'avère être un bon petit divertissement sans prétention, mené de main de maître par un Bela Lugosi alors en pleine ascension (DRACULA en 1931, MURDERS IN THE RUE MORGUE en 1932...). Et même si les frères Halperin n'ont pas connu le succès escompté avec ce film assez mal accueilli à sa sortie (il y aura quand même une suite avec LA REVOLTE DES ZOMBIES en 1936), force est de constater que WHITE ZOMBIE a lancé un genre à part entière et posé les bases de ce que seront les films de zombies dans les décennies à venir...



Petite cerise sur le gâteau, le second DVD du coffret renferme un documentaire d'une petite heure : LUGOSI : HOLLYWOOD'S DRACULA qui relate la carrière de Bela Lugosi de ses débuts (en Hongrie et en Allemagne) jusqu'à son arrivée aux Etats-Unis. Entre ascension magistrale puis un lent mais irrémédiable déclin, on en apprendra un petit peu plus sur la vie tumultueuse de l'acteur (son rapport avec les gens du métier, les femmes etc.), le tout avec des images d'archives et des extraits d'interviews.

Même si le documentaire est assez succin dans l'ensemble, on y (re)découvre pas mal de différentes facettes de Bela Lugosi (de l'acteur de théâtre classique à l'habitué des films horrifiques) afin de mieux appréhender la légende...



En fin de compte, ce coffret BELA LUGOSI IMMORTEL tient toutes ses promesses en nous présentant trois films assez différents les uns des autres, mais qui y révèlent un artiste mythique et haut en couleur. Malgré qu'il soit souvent associé au personnage de Dracula, l'homme a tenté (tant bien que mal) de s'affranchir de ses étiquettes pour évoluer artistiquement...

Artus Film a donc su mettre les petits plats dans les grands, avec ce BELA LUGOSI IMMORTEL qui s'adressera à tous les fans du genre et cinéphiles avertis.

Seul petit bémol : la restauration des films reste parfois assez médiocre et ne fait pas toujours honneur à la qualité des œuvres.

Vincent Trajan
16/07/2011
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