Big Bad Wolves


ORIGINE
Israel
Big Bad Wolves Affiche

ANNEE
2013
REALISATION

Aaron Kkeshales & Navot Papushado

INTERPRETES
Guy Adler
Lior Ashkenazi
Dvir Benedek
Gur Bentwich
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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Critique Big Bad Wolves
{Photo 1 de Big Bad Wolves} Une fillette a disparu près d'une maison abandonnée et un témoignage rapporte à la police qu'on a vu le jeune enseignant en religion Dror roder dans le coin au moment des faits. Loin de se contenter de la filature à laquelle ils sont assignés, l'équipe d'enquêteurs menée par Miki capture Dror et l'interroge de façon particulièrement musclée. Mais leur supérieur les oblige bientôt à libérer Dror à l'encontre duquel aucune preuve ne peut être établie. Trop tard, la bavure est désormais rendue publique car l'interrogatoire a discrètement été filmé par un témoin et se retrouve bien vite sur le net. La police, qui est mise en cause pour traitement inhumain, calme le jeu en révoquant Miki... tout en lui laissant cependant discrètement entendre qu'il pourra réintégrer sa fonction s'il parvient à établir de son côté la culpabilité de Dror. Peu après la libération de ce dernier, la jeune fille enlevée est retrouvée horriblement mutilée. Décapitée, sa tête reste introuvable. Gidi, son père, jure alors de se venger et achète bientôt une villa éloignée de tout, pourvue d'une grande cave insonorisée. Le père et l'inspecteur vont bientôt faire allia{Photo 2 de Big Bad Wolves} nce pour faire parler Dror, sans limite aucune.

Israël n'est pas le premier des pays vers qui se tourne l'amateur de cinéma de genre. La donne pourrait bien changer si les réalisateurs de BIG BAD WOLVES continuent sur leur volée. Déjà auteurs en 2010 de RABIES, ils confirment ici avec un thriller de grande tenue.

Les grands méchants loups, ce sont évidemment les prédateurs des contes de jadis, évidentes métaphores du prédateur sexuel. Mais ici, par glissement, les frontières se brouillent et les loups revêtent tout autant l'uniforme policier qu'ils se glissent dans la peau de simples citoyens israéliens. Sous le prétexte d'une cause légitime, ils déploient tout l'arsenal de la cruauté humaine.

Miki reste le plus censé, alors que revêtu de son uniforme, il n'hésitait pas à employer la manière forte, le voilà qui doute lorsque que les tortures deviennent plus sérieuses. Il focalise le questionnement moral adressé aux spectateurs : la fin justifie-t-elle toujours les moyens ? Peut-on impunément fouler aux pieds la présomption d'innocence ?

En contrepoint, le père est au contraire aveuglé de vengeance et entend faire subir au{Photo 3 de Big Bad Wolves} suspect un martyre en tout point identique à celui de sa fille. Il incarne la tradition archaïque de la justice, celle de la loi du Talion.

Sans que ce ne soit à aucun moment surligné, on ne peut s'empêcher de voir ici une parabole qui critiquerait la société juive israélienne qui, d'anciens opprimés, se justifierait à la fois de sa souffrance passée et de la légitimité de son combat actuel pour se dédouaner de méthodes pourtant condamnables. La présence d'un protagoniste arabe absolument inutile à la narration appuie d'ailleurs cette hypothèse. Ses répliques sarcastiques très drôles font office de commentaire : « vous les juifs, vous ne nous voyez toujours que comme de dangereux terroristes ». Cette phrase renvoie à Dror qui est uniquement vu comme coupable - et non comme simplement suspect - alors qu'il nie farouchement et que les preuves manquent.

C'est également par cette lecture parabolique qu'on décrypte l'irruption à mi film d'un nouveau protagoniste, le grand-père de la victime. On s'en voudrait de trop révéler ici de ce savoureux personnage, mais outre le rebond qu'il apporte à l'intrigue, son intérêt est également et s{Photo 4 de Big Bad Wolves} urtout de souligner la continuité culturelle de la violence en un schéma transmis d'une génération à l'autre.

Ce monde de loups - de prédateurs - est masculin, et les femmes n'y sont présentes qu'en creux : les fillettes sont victimes, les mères ressortent à l'archétype de la maman juive et les protagonistes sont pour la plupart divorcés. Les personnages féminins sont réduits à des absences : les victimes sont décapitées et les mères ou ex compagnes ne s'immiscent dans cet univers que par quelques conversations téléphoniques. Nous ne les verrons jamais. A l'instar des contes, BIG BAD WOLVES appelle une lecture psychanalytique !

BIG BAD WOLVES mélange plusieurs genres : thriller policier, comédie et torture porn. Si le torture porn est souvent décrié, et souvent d'ailleurs à juste titre, c'est pour sa composante « porn », c'est-à-dire la gratuité des scènes de violence, montrées pour elles-mêmes, à des fins purement voyeuristes. Ici, nous évitons cet écueil, la violence est non seulement justifiée par le scénario, mais surtout validée par le commentaire social critique qu'on décrypte en filigrane. « Torture » donc, mais pas « porn ».

L'autre élément participant de cette réussite est la comédie. Car tout noir qu'il soit, et on nage ici dans un océan de noirceur, le film est traversé d'un formidable humour juif qui nous aide à en faire passer les pires moments. Parfaitement maitrisés et justement dosés, les traits d'humour absurde font mouches.

La réussite du film tient à la très bonne tenue de son scénario et du dosage de ses effets. Il réussit pleinement à donner du fond au genre du torture porn et excelle dans l'usage pourtant particulièrement risqué ici d'un humour bien maitrisé. S'il faut chercher quelques poux à BIG BAD WOLVES, ils se nichent dans les détails : ainsi déplore-t-on l'omniprésence de la musique qui, tonitruante, dénote un peu dans un métrage qui ne nécessitait par un tel étalage. Une broutille cependant. On peut aussi évoquer une fin un peu trop abrupte. Mais là non plus, rien de grave.

Répétons-le, globalement, le film est une franche réussite qui nous fera suivre le travail futur de ses auteurs.

Retrouvez notre couverture de l'Etrange festival 2013.

Philippe Delvaux
26/09/2013
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