Black death


ORIGINE
Royaumes-Unis, Allemagne
Black death Affiche

ANNEE
2010
REALISATION

Christopher Smith

INTERPRETES
Sean Bean
Eddie Redmayne
Carice van Houten
Tim McInnerny
Critique Black death
{Photo 1 de Black death} L'Angleterre de 1348 est ravagée par la peste. La mort s'invite jusqu'au sein du couvent où le jeune novice Osmound se destine à servir dieu. Mais Osmound est humain et la chair est faible. Il aime donc Averill, qu'il incite à fuir la ville décimée et à trouver refuge dans la forêt. Celle-ci lui indique qu'elle l'attendra une semaine près de la croix des martyrs avant de quitter définitivement le pays. Le lendemain de son départ, Ulric et ses hommes d'armes débarquent au couvent. Ils sont mandatés par l'évêque pour ramener un hérétique vivant au delà du marais, à proximité de la forêt, dans un village étrangement épargné par la peste. Ulric a besoin d'un guide pour les mener jusqu'au hameaux et Osmound se porte volontaire, voyant là un signe de Dieu qui le rapprochera de son aimée.

Excellente surprise que ce BLACK DEATH, présenté dans la section « genre » au Festival du film de Bruxelles 2010. Il tire principalement sa force d'un scénario assez original, aux rebondissements inattendus, mis au{Photo 2 de Black death} service d'une intrigue d'une noirceur absolue.

S'il faut pointer une faiblesse, elle est sans doute à trouver dans la réalisation. Non pas que celle-ci soit bâclée ni encore moins ratée, que du contraire, mais elle se contente trop d'un rôle fonctionnel, d'une simple mise en image du scénario là où on attend qu'elle transcende son excellent matériau de base. Christopher Smith, l'homme derrière CREEP, SEVERANCE et TRIANGLE, ne parvient pas à créer une composition forte. Par contre, il a l'intelligence de s'attarder aux divers personnages, de les laisser s'incarner à l'écran. Ceux-ci ne se réduisent donc heureusement pas à de simples victimes en devenir.

Ulric est interprété par un Sean Bean qui livre ici une vision plus noire du Boromir du SEIGNEUR DES ANNEAUX. La « sorcière » est jouée par Carice Van Houten (magistrale dans un autre film littéralement et figurativement « noir », l'extraordinaire BLACK BOOK de Paul Verhoeven)

Le manque de force de la réalisation est cependant partielle{Photo 3 de Black death} ment compensé par la direction artistique qui recrée un moyen-âge sale, violent, arriéré et aliéné. Une vision fantasmée qu'on a retrouvé ces trente dernières années chez quelques grands : LA CHAIR ET LE SANG (Paul Verhoeven) et LE NOM DE LA ROSE (Jean-Jacques Annaud) auquel plusieurs éléments réfèrent ici, jusque dans l'écho du thème : la connaissance comme facteur de progrès et l'ignorance comme celui de contrôle chez Annaud (et surtout Umberto Ecco), la manipulation de la foi, de la crédulité et de la religion dans BLACK DEATH.

On l'a dit, la progression de l'intrigue trompe nos habitudes. On pense d'abord avoir à faire aux « Journey flicks », road movies où l'équipée se réduira à mesure que le but approche. Quelques grandes propositions d'auteurs ont émergé dans ce style : AGUIRE, LA COLÈRE DE DIEU (Werner Herzog, 1972) et plus récemment VALHALLA RISING (LE GUERRIER SILENCIEUX, Nicolas Winding Refn, 2009) et SAUNA (Anti-Jussi Anila, 2008). Mais le script de Dario Poloni a l'intelligence{Photo 4 de Black death} de se démarquer de ces illustres parrains et bifurque donc dans le deuxième tiers du film en nous faisant pénétrer dans le village miraculé. A ce moment, l'ambiance vire à l'étrange et nous attire sur les rivages du WICKER MAN (LE DIEU D'OSIER, Robin Hardy, 1973) où le paganisme et l'hérésie se frottent non plus à l'incrédulité contemporaine, mais à l'intolérance religieuse d'une époque minée par la peur. Et la résolution du conflit trouve le juste ton en renvoyant dans les cordes chacune des parties. Il n'y a dans BLACK DEATH aucun « bon », il s'agit moins de l'affrontement de vérités que celle d'erreurs antagonistes.

Le dieu de BLACK DEATH n'est en rien celui de miséricorde. C'est une divinité vengeresse, mortifère, manipulée par les hommes. C'est un instrument de mort et de torture. Mais ceux qui le renient ne trouvent pas pour autant la vérité et leur paix s'achètent tout autant au prix du sang et de la souffrance. Le dévoiement du divin, la manipulation et la violence religieuse, autant de thèmes qui parleront au spectateur contemporain.

L'amateur de genre se réjouira de quelques combats sanglants (mais sans excès cependant) et de l'une ou l'autre torture que n'occulte pas la caméra. Le torture-porn et trente ans de cinéma d'exploitation sont bien passés auparavant !

C'est surtout le pessimisme et la noirceur absolue de sa conclusion, qui nous fera verser BLACK DEATH dans la lignée du cinéma d'exploitation comme il se pratiquait parfois par le passé. Il n'y a au final aucun vainqueur, aucun héros, juste des victimes et l'avènement de l'ère des méthodes inquisitoriales qui vont faire florès dans les siècles qui vont suivre.

BLACK DEATH a été présenté au Festival du film de Bruxelles, dans la foulée de sa sortie anglaise sur 56 copies, en juin 2010. Il sort dans la foulée d'une autre fresque médiévale, ROBIN DES BOIS de Ridley Scott, et juste avant SEASON OF THE WITCH dont l'intrigue s'annonce relativement similaire. Il confirme la bonne santé artistique du cinéma anglais.

Philippe Delvaux
06/07/2010
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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