Blind Sun

Blind Sun


ORIGINE
Grec, Français
Blind Sun Affiche

ANNEE
2016
REALISATION

Joyce A. Nashawati

INTERPRETES
Ziad Bakri
Louis-Do de Lencquesaing
Gwendoline Hamon
AUTEUR DE L'ARTICLE: Sophie Schweitzer
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Critique Blind Sun
{Photo 1 de Blind Sun} Une canicule s'est abattue sur la Grèce. C'est dans ce contexte brûlant que Ashraf, émigré, vient pour prendre un boulot de gardien d'une villa. Les propriétaires de la maison sont de riches français qui possèdent également Blue Gold. Cette entreprise gère le réseau d'eau potable de la ville et la vend à prix d'or. En ces temps difficiles, la colère des habitants gronde. Ashraf est confronté à l'animosité de la population locale en étant doublement la cible de sa colère, autant par la maison qu'il garde que par son statut d'émigré. Rendu inquiet par les propriétaires eux-mêmes, il se demande si des personnes n'ont pas investi la maison. Asséché par la canicule et l'ennui, il finit par croire qu'il n'est pas seul dans l'immense propriété.

La terreur sous le soleil, visiblement inspirée par tout un pan du cinéma australien, prend ici effet par le sentiment de paranoïa qui gagne notre héros. Ce dernier est inquiet de l'animo{Photo 2 de Blind Sun} sité des habitants à son égard autant qu'à l'égard des français dont il garde la maison. Convaincu qu'il n'est pas seul, il finit par sombrer dans la paranoïa quand toutes ses tentatives pour coincer l'intrus échouent. Le spectateur, quant à lui, ne peut que douter de la santé mentale d'Ashraf. En effet, on ne quitte jamais son point de vue, qui par moment, finit par vaciller. La faute à l'implacable chaleur, au rationnement de l'eau et à la solitude extrême dans laquelle il se trouve puisque la maison est isolée. De plus, il n'est guère le bienvenu en ville. Les silhouettes qu'il voit près de la piscine, qu'il aurait dû vider, sont-elles issues de son imagination ou bien réelles ? Y a-t-il une menace contre la villa ou est-ce uniquement le sentiment d'étrangeté poussé à son comble ?

BLIND SUN interroge sur la folie sous le soleil, engendrée par la solitude et le sentiment d'être nulle part chez soi, comme le faisait Pol{Photo 3 de Blind Sun} anski dans LE LOCATAIRE. Une référence paraissant évidente d'autant que la réalisatrice, présente lors de la projection lors du Paris International Fantastic Film Festival, le confirmait. Comme dans le film de Polanski, le héros est un étranger, qui peu à peu, sombre dans la folie.

L'effet implacable du soleil est admirablement retranscrit par la mise en scène. C'est surtout la lumière et la chaleur qu'on ressent. Impossible de ne pas avoir soif pendant certaines scènes, à l'instar du héros. Les jeux des ombres avec le soleil et les éblouissements créent des tâches noires, distillent cette inquiétude qui culmine à la découverte du cadavre du chat. L'atmosphère étrange et lourde étant plus forte encore à l'extérieur, dans la ville où les visages amicaux semblent bien rares. Les séquences dans lesquelles le héros se rend en ville et voit ces figures émaciées, brûlées par le soleil, le dévisageant font échos à celles de la v{Photo 4 de Blind Sun} ille aux rues vidées de LA MAISON AUX FENÊTRES QUI RIENT où l'on est gagné par le même sentiment de n'être pas le bienvenue ici.

Cependant le film pêche par plusieurs points. S'il parvient à générer un sentiment d'étrangeté et de folie par moment, le reste du temps, la terreur ne vient pas, et l'ennui gagne le spectateur. L'errance du héros, ses rencontres fortuites avec une belle archéologue dissipent la terreur distillée en amont que la réalisatrice Joyce A. Nashawati ne parvient pas à retrouver ensuite. Si le début plante bien le décor et place les rails d'une atmosphère lourde et pesante, le train déraille en cours de route. Le film se perd dans ses différents aspects ; vraisemblablement le script souffre de n'avoir eu de véritable choix.

BLIND SUN s'attaque à plusieurs sujets : d'un côté, la politique avec l'eau privatisée, l'émigré ne se sentant nulle part chez lui, dénigré par la police, l'atmosphère étrange et tendue régnant dans la ville qui aurait pu être le sujet du film. De l'autre, la folie qui gagne le héros qui, si l'idée est bonne, est mal gérée, essentiellement du fait que le héros se tape bien trop de bons moments pour réellement tout d'un coup sombrer sans raison. Après tout, Ashraf n'est pas rejeté par tout le monde puisque les femmes le trouvant à leur goût lui offrent des répits galants. De sorte que, quand à la fin, il déraille, cela semble injustifié du fait d'un scénario devenu inconsistant.

Somme toute, la mise en scène est habile et adroite, c'est surtout d'un scénario manquant à la fois de cohérence et d'une vraie narration construite dont le film souffre, lui donnant un air branlant. Dommage, car il y avait là de la matière. La réalisatrice parvenant à merveille à mettre en images le malaise d'une Grèce étouffée et prise à la gorge, loin de l'image idyllique touristique qui continue de lui coller à la peau.

Sophie Schweitzer
16/01/2016
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