Buried


ORIGINE
Espagne-France-USA
Buried Affiche

ANNEE
2010
REALISATION

Rodrigo Cortés

INTERPRETES
Ryan Reynolds
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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Critique Buried
{Photo 1 de Buried} Un homme se réveille, enfermé dans un cercueil, déjà enterré. Passé les premiers instants de panique, il découvre un briquet et un téléphone portable... affichant des caractères arabes. L'homme, Paul Conroy, est un convoyeur civil employé dans l'Irak de la guerre civile. Il se souvient que son convoi a été décimé et lui, enlevé. Un appel lui parvient. Dans un anglais hésitant, une voix exige qu'il obtienne une rançon astronomique. Paul n'a qu'une demi-batterie et moins de deux heures d'oxygène seulement. Il va devoir se débattre entre boite vocale de sa famille, employeur peu concerné, administration inefficace. Une cellule de crise spécialisée en recherche de kidnappé lui redonne cependant une lueur d'espoir. Mais lui seul à la clé de sa libération, il lui faudra grappiller toute information, même la plus minime, susceptible de renseigner la cellule sur sa localisation.

BURIED est un film de petit malin, mais cependant parfaitement efficace.

On pourrait p{Photo 2 de Buried} enser qu'il s'agit d'un jeu adressé par un scénariste à un réalisateur : comment passionner le spectateur à une intrigue quand la mise en scène est paralysée par un ensemble de contraintes jugées non cinégéniques. Jugez un peu : exigüité du lieu (tout se passe dans un cercueil et pourtant la caméra ne se montre pas trop statique), limitation à un unique personnage à l'écran, de surcroit quasi immobilisé (la contrainte des mouvements devient un enjeu et d'autre part, on s'attarde au ressenti de Paul, qui s'exprimera par ses mimiques), absence de lumière (l'éclairage s'emploie à recréer les rares sources lumineuses à disposition : écran du portable, un briquet, et une surprise) ...

L'homme enfermé vivant dans un cercueil réveille une peur primale que le cinéma a parfois sut très bien exploiter. Lucio Fulci l'a ainsi très bien mis en scène le temps d'une séquence du FRAYEURS, séquence d'ailleurs réinterprétée par le Tarantino de KILL BILL. Les fantasticophiles a{Photo 3 de Buried} ssidus peuvent aussi remonter à L'ENTERRÉ VIVANT de Roger Corman (1962). Quand à l'angoisse de la mort liée à une immobilité forcée, un grand nom du cinéma contemporain s'y est frotté début 2011, dans un genre et pour une histoire sensiblement différente : Danny Boyle avec 27 HOURS.

Le seul contact de Paul avec l'extérieur passe donc par le téléphone. Cette figure séparant les protagonistes a également été employée au fil du temps, souvent en montrant chacun des protagonistes de la conversation. Ici, la solitude de Paul est renforcée par le fait que jamais nous ne verrons ses correspondants, amis ou ennemis. Paul est notre seul référent, c'est à lui qu'on doit s'identifier, ce sont ses réactions qui nous parviennent, ses émotions qu'on lit intégralement lorsqu'il reçoit une nouvelle menace ou qu'un de ses correspondants se désintéresse de son sort.

A ce titre, on recommande de voir Buried en parallèle à son exact contrepoint : THOMAS EST AMOUREUX (Pierre-Paul Reynders, 2000) où, webcam remplaçant le portable, on ne voit de Thomas que ses correspondant(e)s. A la claustrophobie qui pourrait s'emparer de Paul répondait alors l'agoraphobie d'un Thomas qui ne sort plus de chez lui et ne communique que par webcam. Paul est privé du monde extérieur, Thomas est terrorisé par ce dernier et ne l'accepte que par le biais de réalité virtuelle.

L'intrigue de BURIED confronte donc un homme qui tente désespérément de sauver sa peau alors que le monde extérieur ne le prend pas au sérieux, ne sait pas comment traiter le problème... ou ne reçoit tout bonnement pas ses appels. Incommunicabilité et perte d'empathie pour autrui, on retrouve ici deux thèmes régulièrement empruntés par le cinéma contemporain.

Le côté absurde de certaines réactions ou situations font parfois penser au BRAZIL de Terry Gilliam, encore qu'ici, on se maintienne dans un réalisme glaçant. Mais on en retrouve le côté bureaucratique déshumanisé et inefficace, voire destructeur.

On l'a dit, BURIED offre un spectacle tout a fait prenant, sans jamais recourir au spectaculaire. Tout doit donc reposer sur la tension instillée par le scénario et la progression dramatique. Et ici, rien à redire, le scénariste Chris Sparling a parfaitement maitrisé son métier.

BURIED, que son synopsis et son approche aurait normalement condamné au direct-to-dvd a au contraire, à l'issue d'une tournée festivalière entamée à Sundance et passée en France par l'Etrange Festival et Deauville puis par le Festival du film fantastique de Strasbourg, bénéficié d'une sortie salle, limitée au Etats-Unis, un peu moins en francophonie (sortie France le 3 novembre 2010).

Son réalisateur, Rodrigo Cortés, dont c'était le deuxième long métrage, tourne en 2011 un RED LIGHT dont la présence au casting de Robert De Niro et Sigourney Weaver indique à suffisance que le succès de BURIED lui a permis d'obtenir dorénavant un autre niveau de financement.

Philippe Delvaux
04/04/2011
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