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Carré blanc


ORIGINE
France
Carré blanc Affiche

ANNEE
2011
REALISATION
Jean Baptiste Léonetti
INTERPRETES
Sami Bouajila
Julie Gayet
Jean Pierre Andreani
Critique Carré blanc
{Photo 1 de Carré blanc} Quelque part en Europe, dans un futur plus ou moins proche. La mère du petit Philippe, ouvrière dans une usine, se suicide en se jetant par la fenêtre de leur immeuble. Orphelin, le jeune garçon est placé dans un foyer où il tente de se pendre ; il est sauvé in extremis par Marie, une adolescente au parcours semblable au sien. Vingt ans après, nous retrouvons Philippe et Marie dont le couple semble dans une impasse ; lui est devenu recruteur d'une grande entreprise, un être dénué de la moindre émotion tandis qu'elle se désespère de voir celui qu'elle aimait se transformer en pion sans âme au service d'une société elle-même sans humanité. Marie va alors tenter de récupérer Philippe, prête pour cela à s'attaquer au puissant système qui les maintient dans un état d'obéissance aveugle et d'apathie profonde. La jeune femme sera-t-elle assez forte pour cela et Philippe saura-t-il saisir cette chance...à moins qu'il ne soit déjà trop tard ?

Premier long métrage du réalisateur français Jean Baptiste Léonetti (auteur d'un seul court métrage de fiction, LE PAYS DES OURS, datant de 2003 et{Photo 2 de Carré blanc} primé au festival de Brest), CARRE BLANC est à la fois un film de genre qui emprunte son argument politique principal à l'Anticipation et un film d'auteur dans la mesure où il rejette la plupart des codes visuels et narratifs du cinéma de genre. Le long métrage parvient dès ses séquences d'exposition à dépeindre un univers à la fois anxiogène et déshumanisé, celui d'une usine à l'aspect fantomatique, baignée d'une lumière aveuglante, peuplée de silhouettes dans des combinaisons blanches et dont le travail semble être de recycler des cadavres (humains ?) en morceaux de viande emballée ! Le sentiment d'épouvante que nous ressentons alors se développe un peu plus tard dans le métrage lorsque nous comprenons que la mère de Philippe décide de mourir afin que son fils s'endurcisse au contact de cette épreuve et ait une chance de survivre dans ce monde qui broie les plus faibles (et les transforme en steaks hachés ?). Les séquences suivantes, qui se déroulent dans un orphelinat aux allures de lieu de conditionnement mental, ancrent irrévocablement le film dans le registre de l'anticipation{Photo 3 de Carré blanc} « sociale » : ce que vivent les orphelins de ce centre fermé n'est qu'une simple amplification de ce qui se vit au quotidien dans les établissements carcéraux : seuls les plus forts, ceux qui n'ont aucune pitié survivront. C'est donc, en dépit de quelques exagérations volontaires flirtant avec l'absurde (les messages du haut-parleur proposant de s'inscrire pour une future incinération) un univers réaliste et pas si éloigné du nôtre que décrit CARRE BLANC. Si le film peut alors évoquer par son pessimisme les fables d'anticipation du très sous-estimé Alain Jessua (notamment TRAITEMENT DE CHOC, 1973 ou LES CHIENS, 1979), la suite du métrage, qui dépeint une société où la loi du plus fort est érigée comme unique idéal et où les émotions humaines sont proscrites, convoque quant à elle les thèmes et les motifs de la dystopie. Si l'on retrouve en filigrane des emprunts à l'œuvre matricielle et prophétique du genre (« 1984 » de George Orwell), on décèle aussi l'influence probable du ALPHAVILLE de Jean Luc Godard (1965) avec lequel CARRE BLANC partage une même ambiance dépressive, une m{Photo 4 de Carré blanc} ême absence de couleurs, un questionnement commun sur la disparition de l'Amour. Si Jean Baptiste Leonetti ne cache pas ses références plus ou moins conscientes aux grands films traitant de la contre-utopie ou de l'angoisse paranoïaque (on trouve pêle-mêle des éléments issus de SOLEIL VERT de Richard Fleisher, 1973 ou de BODY SNATCHERS de Don Siegel, 1956), il parvient néanmoins à donner à sa première réalisation une identité personnelle. Celle-ci se dessine progressivement à mesure que le film refuse tout effet facile et accentue la dimension intimiste et existentielle de sa narration. Si le réalisateur a excellé dans la figuration de son univers « futuriste » composé de tours vertigineuses, de couloirs déserts, de bureaux anonymes, de lieux sans âme et sans histoire, il n'en oublie pas pour autant de creuser ce qui fait la force de son histoire : l'amour d'une femme pour un homme, son combat pour ressusciter le passé qui les unissait. Les deux acteurs principaux contribuent pour une bonne part à rendre crédible le récit principal. Sami Bouajila (HORS-LA-LOI de Rachid Bouchareb, 2010) est parfait dans le rôle difficile d'un être froid et désincarné, véritable clone humain sans émotions. Les scènes pleines d'humour noir dans lesquelles il teste la résistance à la torture physique et psychologique de candidats à l'embauche illustrent bien la façon dont l'acteur s'est investi dans son interprétation. Julie Gayet (SANS LAISSER DE TRACES de Grégoire Vigneron, 2009) est quant à elle assez émouvante dans ce rôle de femme blessée, toute en intériorité mais chez qui on perçoit une grande force et un esprit de résilience. On saluera finalement la cohérence globale du film, son unité visuelle et thématique, la détermination de son auteur à proposer une œuvre parfois austère, contemplative et plutôt mortifère. Si CARRE BLANC manque peut être un peu d'ampleur (il dure 75 petites minutes et n'a pas le temps d'approfondir certains aspects suggérés par le scénario) et aurait pu se montrer plus graphique dans ses rares « débordements », cette première œuvre exigeante mérite de trouver son public. Le film a été sélectionné aux festivals de Toronto et de Sitgès en 2011.

Alexandre Lecouffe
25/08/2011
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