Carved

Kuchisake-onna


ORIGINE
Japon
Carved Affiche

ANNEE
2007
REALISATION

Kôji Shiraishi

INTERPRETES
Eriko Sato
Haruhiko Katô
Miki Mizuno
Chiharu Kawai
Rie Kuwana...
Critique Carved
{Photo 1 de Carved} Le personnage de « Kuchisake-onna » - la femme à la bouche tranchée d'une oreille à l'autre en un affreux rictus, glaçante héroïne des cours de récréation japonaises - préexiste de longtemps au plutôt bon film de Kôji Shiraishi. Sa légende remonte en fait à une époque située à plusieurs siècles du notre. Concubine d'un samouraï (ou épouse, selon les sources), elle s'est vue infliger cette terrible punition, qui la prive de sa beauté, car elle aurait eu l'outrecuidance de cocufier son partenaire. Gare à vous, mesdemoiselles !!

Depuis cette époque lointaine - et assez mal dégrossie, il faut bien le dire - elle a acquis le statut de légende urbaine (à l'instar d'un CANDYMAN, pour ne pas citer la première référence qui vienne à l'esprit devant ce film). Elle hante désormais les nuits de brouillard, un masque chirurgical sur le visage (ce qui n'a rien de choq{Photo 2 de Carved} uant au Japon car on n'hésite pas là-bas à porter ce type d'ustensiles dans la vie quotidienne afin de lutter contre la propagation des virus en tous genres), à la recherche de malheureux auxquels elle demande s'ils la trouvent belle ou non. Le résultat, dans un cas comme dans l'autre, que leur réponse soit positive ou non, étant le trépas de ces derniers. Un repos éternel qu'elle leur inflige à l'aide d'une paire de ciseaux de taille démesurée (castratrice, vous avez dit ?).

CARVED (qui signifie « découpée », dans la langue de Shakespeare) modifie légèrement cette trame initiale. Le film greffe en effet diverses préoccupations sur cette esquisse, des angoisses liées à la maternité, aux parents abusifs, à la violence faite aux mineurs, et autres joyeusetés que l'on aimerait croire spécifiques à l'archipel nippon. Plus que les quelques scènes vaguement gor{Photo 3 de Carved} e qui ponctuent le récit (souvent reléguées au hors-champ), c'est l'ambiance dérangeante née de la présence de ces motifs qui confère au métrage sa saveur réelle. Il est rare en Occident, par exemple, d'assister à un tel déploiement de sévices à l'encontre de nos chères têtes blondes. Ce thème constitue encore un tabou rarement transgressé. CARVED, en revanche, n'hésite pas à multiplier les séquences un rien sadiques avec pour seules victimes des enfants en âge d'aller encore à l'école élémentaire.

Dans cette nouvelle version de la légende, Kuchisake-onna s'avère être en effet une mère, victime de crises de folie passagères, qui maltraite sa jeune progéniture. Jusqu'au jour où son fils met un terme à ses agissements d'un coup de couteau bien placé. Vingt-sept ans plus tard, suite à un léger tremblement de terre, la meurtrière reprend du service. Elle rep{Photo 4 de Carved} art à l'assaut des terrains de jeux pour enfants, qu'elle enlève avant de les trucider. Le lien ainsi tissé entre cette catastrophe naturelle et l'apparition du fantôme est typiquement japonais. Il place sa venue sur le mode d'une calamité échappant au simple monde des humains. Sa violence, sa folie relèvent du chaos aveugle engendré par les cataclysmes, qui frappent tel ou tel sans discriminer.

Il est assez surprenant de constater que ce film étend la maltraitance à un grand nombre de parents, de mères en particulier (y compris l'héroïne du film), qui incarnent à tour de rôle la personnalité meurtrière de Kuchisake-onna, lui permettant de cette façon d'échapper aux forces lancées à sa poursuite. Kuchisake, véritable maladie transmissible, voyage ainsi d'hôte en hôte comme un vulgaire rhume (d'où la présence du masque chirurgical, qui sert non seulement à masquer la difformité de la tueuse en série, mais également à se protéger d'elle...).

CARVED ne révolutionne pas le film d'horreur japonais basé sur des apparitions spectrales à la longue chevelure d'ébène. Il parvient cependant à susciter un certain malaise devant le portrait désespérant des relations parents-enfants qu'il réalise. Le refoulé généré par ces liens malsains est joliment traité à travers le personnage du fils de Kuchisake-onna, qui a longtemps refusé d'affronter la vérité et qui l'avait pour ainsi dire biffée de sa mémoire. Le retour de sa mère dans la ville où il enseigne désormais (le lien à l'enfance n'était pas totalement brisé) le force à affronter son passé pour tenter de mettre fin à ses agissements meurtriers. Quitte à devoir regarder en face certains éléments traumatisants.

Un film à découvrir, donc... une main devant la bouche.

Franck Boulègue
22/12/2009
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Sueurs Froides.fr > Critique > Asian Scans
AUTEUR DE L'ARTICLE: Franck Boulègue
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