Christine


ORIGINE
USA
Christine Affiche

ANNEE
1983
REALISATION

John Carpenter

INTERPRETES
Keith Gorgon
JohnStockwell
Alexandra Paul
Robert Prosky
Harry Dean Stanton
AUTEUR DE L'ARTICLE: Angélique Boloré
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Critique Christine
{Photo 1 de Christine} Arnie est un adolescent à lunettes, effacé et faible. Fils malléable, il est également le souffre-douleur de la bande de terreurs du lycée et le faire-valoir de son meilleur ami, Dennis, le joli et chanceux capitaine de l'équipe de football. Tout change le jour où il achète une épave, Christine, une plymouth Fury de chez Chrysler vieille de plus de vingt ans. Il se rebelle contre ses parents, prend de l'assurance, s'éloigne de ses amis. On pourrait prendre cela pour le passage normal à l'âge adulte. On s'investit dans une activité, on se responsabilise, s'émancipe, affirme sa personnalité. Cependant, le spectateur pressent un malaise, un changement de comportement d'Arnie peu naturel. Arnie a réussi, Christine est magnifique, comme neuve, et lui, l'étudiant transparent et gauche est devenu un jeune homme arrogant et sûr de lui.

A une peinture un peu socio-psychologique de la jeunesse succède rapidement un drame fantastique. En effet, Christine n'est pas une simple voiture. Elle est une amante capricieuse, exigeante, jalouse et meurtrière. Et il s'agit nullement de phantasmes imaginaires d'Arnie. Christine lui envoie des avertissements : pas question qu'il partage son affection avec d'autres, ce qu'il s'empresse de faire. Le film prend de l'ampleur quand, une nuit, la bande de mauvais garçons saccage Christine. Devant un Arnie anéanti, elle se restaure seule. Commence alors une chasse qui verra le meurtre spectaculaire de tous les membres de la bande.

Dennis et la petite amie d'Arnie ont bien compris la véritable nature de Christine et décident qu'un duel à mort avec elle a peut-être une chance de les voir sauver leur ami.

Une telle histoire pourrait rapidement être relativement inepte. Mais c'est sanscompter sur l'immense talent de Carpenter qui fait de CHRISTINE un film fort. Grâce à une mise en scène magnifique, la plymouth prend toute la place d'un personnage principal, marque nos mémoires de façon indélébile. Plusieurs scènes sont absolument parfaites, comme lorsqu'elle se répare seule ou quand elle accule dans un renfoncement de mur trop petit pour elle la première de ses victimes. Le garçon se met à l'abri, et pense y être, Christine ne peut le suivre. Et pourtant, elle avance, brûle la gomme de ses pneus, se déchire les flancs, mais l'atteint quand même. Plus tard, elle en poursuit deux autres jusque dans une station service. La violence de son attaque met le feu à la station. Le rescapé se croit sauvé mais c'est une Christine en flamme qui sort du bâtiment. Elle le poursuit sur la route. Une nuit noire, une musique parfaite rendent cette scèneparticulièrement marquante. Tout de suite après, Carpenter nous assène d'autres images magnifiques. Christine rentre au garage. Elle pétarade, elle traîne derrière elle un épais panache de fumée.

CHRISTINE, qui met en scène des adolescents et une voiture possédée, thème qui peut facilement verser dans l'inepte, n'a pas pris une ride. Ce qui constitue un exploit pour un film des années 80.

Ce film est un pur joyau visuel. Certaines scènes, magnifiques, parfaitement étudiées possèdent un pouvoir de séduction et d'évocation très forts. Soulignées par une musique magistralement choisie, toutes les grandes scènes nous marquent, voire nous angoissent. En particulier celle de la découverte des pouvoirs de Christine, celles des meurtres, le duel de la fin, quand Christine combat un bulldozer. Cependant, beaucoup d'autres scènes, certes moins spectaculaires, servent à nous alerter, à distiller en nous la crainte de cette voiture. Carpenter a su donner une véritable dimension à la voiture et à son film. La preuve, cette superbe Plymouth des années 50, on ne peut l'appeler simplement une voiture. Elle est devenue Christine. Quand on veut parler d'elle, on utilise tout naturellement des termes propres aux humains. On sait qu'ils sont impropres, mais utiliser des termes plus neutres et plus adaptés, nous semble impossible. Elle n'est plus une voiture, elle est un personnage à part entière. Un personnage revanchard et effrayant.

Malheureusement, l'édition collector sortie dernièrement ne rend pas honneur au film. L'image est passable. Et pour une édition soidisant collector, le traitement des sous-titres, qui laisse passer un nombre incroyable de fautes d'orthographe ou de grammaire, constitue un véritable outrage.

Angélique Boloré
22/12/2009
Cet article est paru dans Sueurs Froides n°23
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