Citadel


ORIGINE
Irlande
Citadel Affiche

ANNEE
2012
REALISATION

Cirian Foy

INTERPRETES
James Cosmo
Aneurin Barnard
Wunmi Mosaku
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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Critique Citadel
{Photo 1 de Citadel} Névrosé, apeuré et agoraphobique, voilà ce qu'est devenu Tommy depuis que sa compagne enceinte a été violemment attaquée par une bande de voyous encapuchonnés. Si le bébé a pu être sauvé, sa mère Joannes est restée de longs mois dans le coma avant que Tommy n'autorise le débranchement du respirateur artificiel. Plus rien ne l'attache désormais à ce quartier en déréliction, presque vidé de ses habitants à l'exception des vieillards et des voyous. Il va pouvoir déménager... Mais son trauma rend ses déplacements extrêmement compliqués, sa peur le confine à son domicile. Chaque pas dehors est une lutte, pas toujours remportée d'ailleurs. Le quartier est composé de maisons anonymes et est barré de grands immeubles lépreux. Il est à l'abandon et promis à une hypothétique réhabilitation en laquelle plus grand monde ne croit. L'électricité y est sporadique, les magasins inexistants et les services se limitent désormais à un hôpital, lui aussi presque vide. Il va sans dire que les autorités ont abandonné le coin et{Photo 2 de Citadel} que la police se refuse à y poser les pieds. Enfin, cette prison qui ne dit pas son nom retient ses rares habitants puisque seul un bus quotidien permet encore d'en réchapper, bus dont l'arrêt se trouve au fond d'un sinistre couloir souterrain. Tommy et sa fille Elsa vont tenter de le rejoindre, aidés d'une infirmière empathique, car leur situation s'est encore aggravée : les voyous l'ont retrouvé et rodent autour de sa maison. Mais la fuite est-elle vraiment la solution ? Les événements vont bientôt forcer la main de Tommy.

Premier film de l'Irlandais Cirian Foy, CITADEL est une excellente surprise qui a fait sa première française à l'occasion de l'édition 2012 de l'Etrange Festival parisien. En 2013, c'était au tour de la Belgique de le découvrir via sa sélection au 31 Brussels Internationl Fantastic Film Festival (BIFFF).

Son réalisateur a su capter la peur et l'angoisse qui enserrent son protagoniste, et parvient à les diffuser auprès des spectateurs en rendant prégnante la menace diffuse de cet{Photo 3 de Citadel} te ville fantôme. On n'est pas loin du MIDNIGHT MEAT TRAIN de Kitamura qui livrait la ville à une coalition de monstres et de bouchers. A chercher un peu, on trouvera bon nombre d'œuvres décrivant des cités abandonnées à elles-mêmes, repères pour le mal.

Filmé réalistement, on en vient pourtant à se demander si cette cité existe ou si elle n'est qu'une projection d'un Tommy aliéné. Pour un peu, on le penserait même déjà mort et rejeté dans une antichambre de l'enfer. Hypothèse renforcée par les allusions répétées à la foi chrétienne : Tommy porte la croix - et donc métaphoriquement fait sien le martyr - se signe, prie ; l'hôpital est d'obédience catholique mais le prêtre, autre personnage important de l'intrigue, a perdu et la foi et ses esprits. Mais si c'est le cas, Tommy saura s'en extraire, trouvant en lui la force nécessaire à affronter les démons, ses démons.

Les films de rédemption, de paumés devenus héros, sont légions au cinéma, spécialement hollywoodien. Dans cette petite production irlandaise, il s'agit cependant moins de répéter ce schéma facile que, pour son réalisateur, de signer un film au versant autobiographique : lors de sa présentation à l'Etrange, Cirian Foy a expliqué avoir été victime d'agressions et d'en être resté longtemps agoraphobique. CITADEL se colore donc d'une touche plus personnelle et authentique.

Si on devait pointer une faiblesse à CITADEL, il faudrait la trouver dans un élément exogène au métrage lui-même : sa très grande proximité avec l'excellent HEARTLESS de Philip Ridley : même délabrement social, même cité à l'abandon et livrée à l'ultraviolence de personnages énigmatiques qui relèvent plus de la bête que de l'humain, même héros en trauma... Cette limite posée, CITADEL creuse parfaitement son thème et l'exploite avec talent, instillant la peur, nous faisant partager l'angoisse de Tommy de la même manière que David Cronenberg nous faisait partager la folie de son SPIDER.

« Tommy » ? On pense bien entendu à l'opéra rock éponyme de Ken Russel... l'allusion pourrait fonctionner, Tommy sera à un moment aidé par un jeune non voyant, tandis que lui ne discernera que très tardivement le visage de ses agresseurs. Notons d'ailleurs qu'un personnage d'aveugle renforce le côté mythologique d'une descente aux enfers : à Thésée qui ne peut revenir des enfers qu'à la condition de ne pas regarder en arrière s'opposera ici un Tommy qui pour retrouver sa fille doit relever la tête et protéger un aveugle.

Même si l'économie actuelle de la distribution risque de le confiner au dvd, la justesse de l'interprétation et de la mise en scène, la force dans le rendu de la peur, la communication de l'angoisse, tout fait de CITADEL un film qui mériterait une sortie en salle.



Retrouvez notre couverture de l'Etrange Festival 2012.

Retrouvez notre couverture du 31ème Brussels International Fantastic Film Festival (BIFFF).

Philippe Delvaux
14/09/2012
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