Coonskin


ORIGINE
USA
Coonskin Affiche

REALISATION

Ralph Bakshi

AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe DELVAUX
SES DERNIERS ARTICLESSES FILMS FETICHES
Maquia : when the Promised Flower Blooms
Human, time, space, and Human
Parallel
The Scythian
Freehold
Conan le Barbare
C’est Arrivé Près De Chez Vous
Marquis
Princesse Mononoke
Sacré Graal

Critique Coonskin
{Photo 1 de Coonskin} Lors d'une tentative d'évasion, un vieux prisonnier raconte à une jeune tête brulée la vie de Lapin, Ours et Renard, trois « niggers » qui ont tenté de tirer leur épingle du jeu dans un Harlem gangrené par la mafia ou la flicaille corrompue.

Ralph Bakshi est une légende de l'animation, un des premiers à avoir œuvré pour les adultes sur le segment des longs métrages à visée commerciale.

Et avec succès puisque sa première réalisation dans le genre fut FRITZ THE CAT qui hérita du sceau de l'infamie, le classement X, qu'il brandit en instrument de marketing, transformant l'essai en triomphe commercial. La carrière de Bakshi était lancée. Il embraye rapidement sur un deuxième long métrage, le tout autant réussi HEAVY TRAFFIC qui, sans réitérer l'exploit public de FRITZ THE CAT s'en tira quand même très bien au Box-Office américain de l'époque.

Mais très rapidement, les ennuis vont poindre. Dès son troisième long métrage, le COONSKIN{Photo 2 de Coonskin} qui nous occupe.

COONSKIN est une expression argotique désignant les noirs... avec la charge péjorative qui s'y attache. Bakshi n'est pas raciste. Fils d'immigré juif fuyant le nazisme, il a grandi dans des quartiers pauvres et populaires de New York, ethniquement mixtes. Mais l'univers urbain qu'il dépeint est sombre et délabré. Les villes de FRITZ THE CAT sont aussi déliquescentes que les personnages qui les peuplent, oscillant entre racailles, poivrots, arnaqueurs, mafieux, petites frappes, maquereaux, profiteurs, SDF... Rien de très choquant en soi... sauf quand le focus porte, comme c'est le cas sur COONSKIN, sur des afro-américains. Ces mêmes racailles et autres paumés de la vie se connotent dès lors du soupçon de racisme, surtout à une époque où la lutte pour les droits civiques est particulièrement brulante.

Avant même sa sortie, dès que le sujet en est connu, COONSKIN attise les passions et génère une campagne de dénigrement qu{Photo 3 de Coonskin} i portera ses fruits puisque la major engagée pour la distribution, effrayée par l'odeur de soufre du projet et les réactions qu'il suscite lâche Bakshi en pleine production. Ce dernier trouve un distributeur de remplacement, mais le mal est fait et COONSKIN est relégué à une combinaison limitée de salles, ce qui obèrera le résultat financier du film. A notre connaissance et contrairement à ses deux précédents longs, COONSKIN est d'ailleurs resté inédit en salles françaises.

Echaudé par l'expérience, Bakshi délaisse les univers urbains contemporains qu'il avait jusque-là déployés et se recentrera sur son autre marotte, l'heroic fantasy. D'abord avec WIZARDS, ensuite avec LE SEIGNEUR DES ANNEAUX dont les ennuis de production empêcheront le tournage du second volet, laissant inachevé ce qui devait se concevoir comme un diptyque. Bakshi reviendra ensuite à ses amours urbaines pour AMERICAN POP et HEY GOOD LOOKIN', mais l'époque a changé et l'a{Photo 4 de Coonskin} bsence de distribution pour ce dernier le laisse exsangue, le forçant, par retour de balancier à revenir à l'heroïc fantasy pour TYGRA, LA GLACE ET LE FEU (FIRE AND ICE). Un nouvel échec financier le stoppe dans la réalisation de longs métrages pour quelques années. Il revient une dernière fois au long métrage en 1992 avec COOL WORLD et ne sort depuis lors guère plus de sa retraite, si ce n'est pour quelques courts métrages.

Certes, le mélange animation-prise de vue réelle connait d'autres précurseurs, mais Ralph Bakshi aura finalement tiré du feu les marrons que dégustera tranquillement, et avec le succès public que l'on sait, le Robert Zemeckis de QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT? (1988). En effet, c'est avec COONSKIN que Ralph Bakshi met en place son univers mélangeant cartoon et prise de vue réelle et qu'il réexploitera, mélange qu'il réexploitera souvent via des prises de vue live ou en recourant à la rotoscopie. Pour l'anecdote, il est d'ailleurs cocasse de constater que pour rendre mieux le réel, Bakshi et Jackson aient tous deux pour leurs adaptations du SEIGNEUR DES ANNEAUX recours au réel (rotoscopie et motion capture nécessitent tous deux de filmer un acteur) ensuite transformé par le dessin pour le premier, par les effets par ordinateurs pour le second. La technologie évolue mais la base reste la même !

Avec COONSKIN, l'interaction entre dessin et live action reste cependant limitée : le dessin animé se superpose à un fond de décor filmé sur lequel il influe fort peu. De même des relations entre acteurs et personnages animés, limitées à quelques très rares échanges. La technique n'est pas encore suffisamment développée. Ce qui n'obère pourtant rien au charme de ce film qui reste, en dépit de la patine du temps, encore parfaitement regardable.

COONSKIN a été programmé dans le cadre d'un focus « animation pour adultes » lors de l'édition 2018 du Festival Offscreen.

Philippe DELVAUX
06/04/2018
Bookmark and Share

Page précédente    Revenir en haut de la page    Imprimer   Creer PDF

Sueurs Froides.fr > Critique > Retrospective
Vous aimez Coonskin ?
Trailer Coonskin
Moteur de recherche
Tout est bénévole – si ce n’est pas déjà fait, versez votre obole annuelle à l'association Sin'Art : 5 €