Crepuscule


ORIGINE
Québec
Crepuscule Affiche

ANNEE
2011
REALISATION

Eric Falardeau

AUTEUR DE L'ARTICLE: Alexandre Thevenot
SES DERNIERS ARTICLESSES FILMS FETICHES
Phase IV
Thanatomorphose
Festival des Maudits Films 2013
Prince Killian et le trésor des templiers
Mutiny in outer-space
Alien, le Huitième Passager
L'au-delà
La jetée
Persona
Robocop

Critique Crepuscule
{Photo 1 de Crepuscule} CREPUSCULE est le dernier court-métrage d'Eric Falardeau, un cinéaste qui est déjà l'auteur de PURGATORY et de COMING HOME, et qui va réaliser prochainement THANATOMORPHOSE, son premier long métrage. Avec CREPUSCULE, il utilise l'animation en stop-motion pour explorer et nous faire découvrir, une fois de plus, son univers si particulier.

Dans une forêt, un être grand, difforme et asexué se déplace. Il ressemble aux arbres qui l'environnent. Au bout d'un moment surgissent un homme et une femme. Tous les deux sont nus, se courent après et rient, puis s'allongent près d'un arbre pour faire l'amour. L'être difforme les regarde avec beaucoup de curiosité accomplir leur acte si étrange, si bien qu'il décide ensuite d'en informer ses congénères.

Le court-métrage se structure autour de trois actes sexuels différents entre l'homme et la femme, et qui sont autant d'étapes dans l'avancement du récit. La forêt dans laquelle le film se déroule n'a pas{Photo 2 de Crepuscule} de caractéristiques géographiques précises. Bien que banale, elle est vierge de toute trace humaine, ce qui lui confère un aspect intemporel. En effet, le tout rappelle un jardin d'Eden. Les deux êtres humains sont les seuls personnages auxquels on peut s'identifier. Le rapprochement à Adam et Eve est inévitable, tant le fait qu'ils soient à deux dans un lieu préservé de toute trace ou dérive humaine renforce cette idée.

Le titre du film, « crépuscule », est bref mais riche en symbolisme. En effet, le mot évoque l'idée d'une transition ou d'un moment incertain où il ne fait ni très sombre, ni très clair. C'est l'instant qui précède le coucher du soleil et qui s'oppose à l'aube, son double inversé. Une fois la première partie du film terminée, le crépuscule évoque dès lors un décalage par rapport à la situation idyllique du départ. Car le déclin d'une chose est forcément annoncé et le film s'attachera à montrer comment s'opère ce déclin. C{Photo 3 de Crepuscule} ette idée forte et le dénouement de l'histoire permettent à rebours de comprendre l'affiche du film : les formes et les couleurs choisies sont autant de symboles du crépuscule.

D'un point de vue thématique, le film montre le rapport qui se crée entre les humains et les êtres difformes. Le film explore ainsi une nouvelle fois la perception d'un corps différent et étranger à soi à travers les thèmes de la sexualité, ainsi que de la curiosité et de la souffrance qui en résultent. Dans PURGATORY, cette démarche était mise en place avec un seul personnage qui ne supportait plus sa propre peau, son propre corps. Dans COMING HOME, cette démarche explorait les thèmes de la vengeance et de la souffrance à travers le rapport entre deux membres de la même famille. Pour CREPUSCULE, Eric Falardeau élargit à nouveau cette thématique comme une progression naturelle dans sa réflexion, en mettant en avant la relation entre le corps humain et un corps étran{Photo 4 de Crepuscule} ger, difforme, auquel il est difficile de s'identifier.

Ce rapport se met en place à travers une relation voyeuriste entre les êtres difformes, observant discrètement, et les humains, insouciants. Sans paroles, le réalisateur use du potentiel graphique de son film (l'inspiration du film vient en partie du butô japonais) et d'une progression lente du récit pour faire naître une atmosphère particulière, étrange, remplie de doutes, de craintes et d'envies. Toutes les émotions se transmettent par ces longs moments où peu de choses ne se passent, mais où, à travers les gestes des protagonistes, le jeu des regards ou le travail sur le montage, le film saisit la véritable profondeur de son sujet, et entame une réflexion sur la question de l'altérité et de la rupture d'une harmonie. Les deux races sont toutes les deux à leur manière en symbiose avec la nature sans se comprendre l'une l'autre, et la différence dans l'expression de cette harmonie crée une rupture qui raffermit leur curiosité en même temps que leur incompréhension.

C'est l'envie de l'autre, et le désir d'avoir ce qu'ils n'ont pas, qui poussent les êtres difformes asexués à s'approcher des humains. La fin de CREPUSCULE voit les deux races se confronter. Ainsi, le discours du film rejoint celui des œuvres précédentes du cinéaste : la différence entre deux idées, entre deux corps, ainsi que la jalousie qui en découle, ne peuvent que finir dans la violence. Cette dernière reste en revanche toujours vaine, puisqu'elle n'anéantit jamais la prise de conscience de vouloir être autre chose que ce que l'on est vraiment.

Les personnages sont donc soumis à un destin lié à leurs manières de concevoir les choses et de se rendre compte des différences ressenties entre soi et l'autre. Cette conception entraîne un mal-être fondamental, dont la seule issue illusoire et irréversible serait la violence. Et à terme, l'anéantissement.

Alexandre Thevenot
27/11/2011
Bookmark and Share

Page précédente    Revenir en haut de la page    Imprimer   Creer PDF

Sueurs Froides.fr > Critique > Indie Eye
Vous aimez Crepuscule ?
Moteur de recherche
Tout est bénévole – si ce n’est pas déjà fait, versez votre obole annuelle à l'association Sin'Art : 5 €