Dans les replis de la chair

Libido
Nelle Pieghe Della Carne
In the Folds of the Flesh
Las endemoniadas


ORIGINE
Italie – Espagne
Dans les replis de la chair Affiche

ANNEE
1970
REALISATION
Sergio Bergonzelli
INTERPRETES
Eleonora Rossi Drago
Pier Angeli
Alfredo Mayo
Critique Dans les replis de la chair
{Photo 1 de Dans les replis de la chair} Une grande demeure côtière abrite un étrange trio : la gouvernante Lucile, son fils Collin, ainsi que la jeune propriétaire Falese. Les trois partagent un lourd secret : une décapitation commise des années plus tôt et qui les a tous passablement déséquilibrés. Falese vit ainsi dans l'horreur du souvenir du meurtre de son père, lequel avait tenté de la violer. Depuis, elle se sent prise de pulsions meurtrières chaque fois qu'un homme veut coucher avec elle. Seul échappe à son ire Collin, dont la folie s'exprime par ses talents artistiques.

La relative tranquillité de la petite famille est mise à mal quand reviendra, 13 ans après le meurtre du père, un ex taulard qui avait été témoin de ces événements et qui voudra faire chanter la famille. Mauvaise idée...

Le petit résumé que nous livrons ici n'a valeur que d'accroche tant les péripéties abondent dans ce métrage réglé au rythme des deux ex machina et des incessants{Photo 2 de Dans les replis de la chair} retournements de situation. Très vite, la logique et la vraisemblance partent en vrille.

Pour autant, l'ensemble se laisse voir sans aucun déplaisir et engendre même une fascination certaine pour les twists hypnotiques qui lardent en permanence le scénario. Un peu de recul permet même d'apprécier un semblant de progression dans le cycle des personnages qui s'invitent dans une demeure qui deviendra bien souvent leur tombeau. Construction scénaristique ou hasard du montage ? On croit bien entr'apercevoir un leitmotiv, un schéma de structure dans ce qui apparaît au premier abord comme étant une machine molle typique des années hippies.

DANS LES REPLIS DE LA CHAIR appartient franchement au cinéma d'exploitation, condition qu'il revendique avec véhémence en usant et abusant d'un flashback nous confrontant à la chambre à gaz d'un camp de concentration, séquence n'ayant guère d'autre utilité que de nous dévoiler force jeu{Photo 3 de Dans les replis de la chair} nes femmes nues et promises à une mort atroce. Le mélange sexe et horreur à la sauce classique du mauvais goût vaguement provocateur. Les nazisploitations se souviendront de la recette quelques années plus tard. Mais le genre auquel on reliera plutôt ce film est celui du thriller transalpin tel que Mario Bava le construisait alors. Pas vraiment un giallo, dont les caractéristiques principales sont absentes (ici on connaît l'identité des assassins) ou inversées (les hommes sont plus souvent victimes que les femmes) mais dont surnagent quand même quelques traits saillants telle la prédilection pour les morts horribles et les armes blanches ou encore le trauma de la psyché.

Comme souvent avec ce cinéma, la patine du temps confère au résultat une valeur à laquelle il n'aurait à son époque pas pu prétendre. En témoigne ainsi l'ambiance pop sixties et son entêtant parfum depuis longtemps disparu de la productio{Photo 4 de Dans les replis de la chair} n cinématographique.

L'horreur y convoque parfois le bric-à-brac du Grand Guignol : décapitations à la pelle, bains d'acide bien verdâtres et fumeux, squelettes antiques ou du moins plus trop frais... L'ensemble créé avec des effets « cartons pâtes ». Reconnaissons-le, cela a son charme.

DANS LES REPLIS DE LA CHAIR a peut-être bénéficié d'une sortie française vers 1971 mais nous n'avons pu en retrouver de traces certaines. Par contre, le titre français est attesté par l'édition vidéo ultérieure, de même qu'un titre alternatif LIBIDO. On lui connaît également quelques projections à la Cinémathèque en 2000 et dans un hommage au cinéma espagnol au Festival de Gérardmer en 2008.

Pour l'anecdote, ce sera l'ultime tournage de l'actrice italienne Eleonora Rossi, qui se retirera du monde du 7e art. Etrange sortie. De même, la très belle Pier Angeli ne tournera plus guère après ce film et se suicidera un an plus tard. On retrouve aussi au casting Fernando Sancho, le roi du second rôle des westerns italiens et qui avait déjà tourné avec Sergio Bergonzelli (SURCOUF, LE TIGRE DES SEPT MERS, 1967).

Sergio Bergonzelli fait partie de cette nuée d'artisans qui tournèrent, sans gloriole, leurs petits films à l'ombre des petits maîtres. Si ces derniers n'ont souvent eux-mêmes pas connu de reconnaissance de leur vivant, mais se voient parfois aujourd'hui réhabilités, des cinéastes comme Sergio Bergonzelli attendront sans doute encore longtemps leur heure. Une filmographie erratique, dépréciée par des produits médiocres, boudée par les éditeurs DVD et la critique. Pourtant, à ne considérer que ces REPLIS DE LA CHAIR, il n'y a rien de honteux, pour peu bien entendu qu'on accepte d'emblée le côté foutraque du scénario et quelques défauts mineurs. Le résultat nous semble digne d'intérêt pour l'amateur de bisseries italiennes. Une agréable surprise donc.

Philippe Delvaux
22/12/2009
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Sueurs Froides.fr > Critique > Retrospective
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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