Detention


ORIGINE
Etats-Unis
Detention Affiche

ANNEE
2012
REALISATION

Joseph Kahn

INTERPRETES
Shanley Caswell
Josh Hutcherson
Spencer Locke
Dane Cook
Critique Detention
{Photo 1 de Detention} C'est l'histoire d'une jeune fille cool et branchée. Et puis non, elle se fait tuer comme Marion Crane dans PSYCHO, mais là, juste au début du film. Alors c'est l'histoire d'une jeune fille, Riley, végétarienne, pacifiste un peu paumée et attendant le moment où elle ne sera plus vierge. Et puis non, c'est l'histoire d'un jeune lycéen qui s'est trompé de fille et couche avec la mauvaise en s'attirant des ennuis auprès de son ancien fiancé, un sportif ras-du-front qui n'a de cesse de vouloir lui broyer les os. C'est un teen-movie dans la plus pure tradition de FREAKY FRIDAY, SUPERGRAVE ou JUNO. Et puis non, ça se passe dans les années 90. Et puis non, ça se passe dans les années 90 ET dans les années 2010. Mais ça n'est pas vraiment différent puisqu'on évoque le futur dans les années 90 et les années 90 sont vintage en 2010. Il y a une mère qui devient sa fille et une fille qui devient sa mère comme dans un épisode de BUFFY CONTRE{Photo 2 de Detention} LES VAMPIRES (SORTILEGES saison 1) qui est justement une série des années 90. Cela se passe dans une ville du nom de Grizzly Lake dans laquelle on massacre les adolescents, comme à Crystal Lake dans VENDREDI 13. Mais on ne voit pas de lac dans Grizzly Lake. On voit par contre un ours qui est la mascotte du lycée. Mais c'est en fait une machine à remonter le temps comme dans HOT TUBE (LA MACHINE A DEMONTER LE TEMPS) de Steve Pink. Il y a des nerds, des hipsters, des prom queen, des footballeurs mais le footballeur dissimule des super-pouvoirs qu'il peine à assimiler comme dans LA MOUCHE, SPIDERMAN ou PARANORMAL ACTIVITY : THE MARKED ONES. Il y a encore des soucoupes volantes, des extraterrestres, des Canadiens, une bombe qui menace d'exploser, l'apocalypse et, par-dessus tout, la grande colère de Khan de STAR TREK, qui est l'homonyme du réalisateur qui s'apppelle Kahn, d'où acte.

On l'aura compris, le dernier - le terme est peut{Photo 3 de Detention} -être à prendre en son sens littéral - film de Joseph Kahn, le réalisateur de l'idiot mais rigolo TORQUE, est de la junk-food cinématographique. Puissamment addictif, à consommer sans couteau ni fourchette mais en mordant dedans sans retenue pour en faire jaillir tout le suc référentiel au goût de déjà-vu mais auquel on revient immanquablement. S'adressant à la génération hyper-connectée surfant sur internet, twittant et vérifiant les posts de leur mur facebook tout en écoutant les suggestions musicales, le film reprend les codes de la méta-horreur tendance Wes Craven (la mise en abyme de SCREAM 4) mais de manière plus décomplexée encore et en détraquant les mécanismes du slasher pour en faire un bricolage DIY (DO IT YOURSELF).

Ce mashup décomplexé, fruit du croisement incestueux de la new-pop de SCOTT PILGRIM et de la liberté farfelue du JOHN DIES AT THE END de Coscarelli a remplacé les drogues du cinéma psychédélique par les c{Photo 4 de Detention} ourts-circuits des collages 2.0 et la jouissance orgiaque de la postmodernité. Joseph Kahn y clame son indéfectible amour pour les nineties dont il a élaboré une partie de la bande-son en tant que réalisateur de clips et se range sous la bannière de l'esthétique MTV en utilisant aplats, surfaces chatoyantes, abolition de la profondeur, montage hyperkinésique, incrustations numériques - notamment dans l'amusante séquence de titrage au générique - et glamour parodique.

Sous la légèreté de surface du récit pointe cependant une profondeur plus mélancolique. Menacé d'implosion par son inflation constante et ses branchements continus de récits secondaires qui sont autant de réalités alternatives, le film ne peut trouver d'issue que dans la métaphore apocalyptique, ici convoquée pour être éliminée de justesse. On peut préférer le nihilisme joyeux de KABOOM d'Araki qui n'hésite pas à aller jusqu'au bout et voir dans la conclusion de DETENTION soit un repli frileux soit l'ultime clin d'oeil d'un cinéaste qui n'aura eu de cesse de retourner son film en l'examinant virtuellement sous tous les angles. Là réside la limite du plaisir que l'on peut prendre au film, forcé d'épouser malgré lui les codes qui le soutiennent sous peine de faire crouler l'édifice. DETENTION, présenté lors de la nuit de clôture du festival EXTREME CINEMA à la cinémathèque de Toulouse lors de sa 16ème édition, a cependant le mérite de tracer une voie pour ce qui peut constituer le cinéma de demain. Léger, parfois virevoltant, dédaignant de se ranger sous un genre spécifique, il épouse en les flattant, tels les produits publicitaires, les illusions de nos désirs. Sa beauté revêt alors celle des suggestions de présentation. Plaisir de l'oeil auquel le spectateur-consommateur peut brancher ses propres fantasmes, lieu où le cliché mainstream acquiert magiquement son poids de rêverie individuelle.

Stéphane Bex
12/11/2014
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Stéphane Bex
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