Déviation


ORIGINE
France
Déviation Affiche

LITTÉRATURE
ANNEE
1995
AUTEUR
Alain Venisse
Critique Littéraire Déviation
Avec la collection Gore, le Fleuve Noir a créé quelque chose d'assez inédit dans le roman populaire. Inspirés par le cinéma d'horreur de série B ou Z, ces petits livres (romans courts ou grosses novellas ? 150 pages !) privilégiaient les scènes-choc à la psychologie, contrairement aux collections Terreur ou Epouvante de la concurrence - à la différence même de la devancière Angoisse, déjà au Fleuve. A quelques exceptions près (les ouvrages démentiels d'un Corsélien par exemple), les Gore agitaient des marionnettes tout justes bonnes à se faire tuer ou torturer de la plus horrible des façons. 150 pages : ça se lisait très vite et les auteurs n'avaient pas le temps de finasser : ils allaient droit au but. Une qualité, la plupart du temps. A quoi bon détailler la psychologie de personnages banals, parfois sans intérêt, comme on le fait trop souvent. Seuls les caractères originaux devraient bénéficier de ce traitement - héros de l'envergure de Sherlock Holmes ou tueurs bien tordus.

DEVIATION du grand bisseux Alain Venisse (lire son interview dans MEDUSA 19) a été publié 5 ans après la fin de Gore, dans la collection Frayeur qui lui avait succédé (après un très bref retour d'Angoisse - mais avec un S final cette fois).

Frayeur était dirigée par Jean Rollin et avait d'autres objectifs que Gore. Rolllin, même s'il l'utilisait parfois (LA MORTE-VIVANTE par exemple ou une scène de sacrifice incroyable du roman LES DEUX ORPHELINES VAMPIRES), n'était pas fan de gore. Il aimait la poésie et le romantisme dans le fantastique, et en aucune façon le sang pour le sang. Bien que les deux, il le prouva, ne soient pas incompatibles.

Ce qui n'empêcha pas la publication bouquins extrêmes dans ses trois collections (DEGENERESCENCE au Fleuve ; DANS MON DEDANS aux Belles Lettres - tous deux de la géniale Sandra Vo Anh).

Alain Venisse fut l'un des piliers des 2 premières (Fleuve Noir et Florent-Massot) avec pas moins de 7 petits romans toujours bien faits.

Justement, DEVIATION a tout d'un Gore - de ceux qui étaient davantage inspirés par la série B américaine que par les excès vomitifs d'un Necrorian (superbe) ou d'un Eric Verteuil (d'un intérêt déjà plus limité). On pense au très bon NEIGE D'ENFER de Norbert Moutier. Comme lui, DEVIATION est un survival (ici influencé par 2000 MANIACS) efficace quoique peut-être plus humoristique.

Pas si fréquent que ça, le survival en littérature, alors qu'il s'agit de l'un des genres rois du cinéma de genre horrifique. Difficile de savoir pourquoi. Citons MORTE SAISON de Jack Ketchum chez Bragelonne - retraduction de SAISON DE MORT, un Gore, comme de bien entendu.

Dans DEVIATION, qui se déroule en France, on retrouve la classique bande de jeunes dessinés à gros traits ( à laquelle Venisse ajoute un enfant aussi obsédé que Titeuf : excellente idée). Les pauvres, en vacances, tombent en panne à proximité d'un village de dégénérés consanguins et cannibales, et c'est parti pour des scènes bien violentes jusqu'aux coups de théatre du dernier chapitre. Les jeunes doivent bientôt lutter pour leur survie. Du classique, certes, mais ultra efficace.

Quelques scènes gore (énucléation, castration) font leur petit effet mais pas autant que les atroces viols collectifs auxquels se livrent les monstrueux tarés de Gaubertville. Des viols non détaillés pornographiquement, ce qui évite intelligemment et de façon très éthique toute accusation de voyeurisme. Venisse ne cherche fort heureusement pas à plaire à son lecteur mâle avec ces scènes sordides. Le but n'est pas d'émoustiller mais de révulser - de révolter ?

« Et le cauchemar se poursuivit, interminable : à peine l'un de ses agresseurs quittait-il son ventre torturé, qu'un autre le remplaçait... Au bout du six ou septième (elle ne se sentait plus capable de compter), les hurlements de Morgane épuisée firent place à un gémissement dont elle n'était même plus consciente. Sa tête avait roulé sur le côté et, tandis que son corps abandonné continuait à tressauter sous les coups de boutoir, ses grands yeux pleins de larmes regardaient sans le voir le malheureux Frank qui, à quelques mètres d'elle, subissait un supplice analogue. »

(P. 111-112)

C'est fort, barbare, sans concession mais sans complaisance.

A cette image, DEVIATION est un excellent roman d'horreur. Sans un mot de trop - une qualité qui s'est aujourd'hui grandement perdue dans la littérature horrreur/thriller.

Patryck Ficini
25/04/2012
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Sueurs Froides.fr > Critique > Chroniques Infernales
AUTEUR DE L'ARTICLE: Patryck Ficini
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