Dictionnaire du cinéma fantastique


Dictionnaire du cinéma fantastique Affiche

LITTÉRATURE
AUTEUR

Frank Lafond

AUTEUR DE L'ARTICLE: Alexandre Lecouffe
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Critique Littéraire Dictionnaire du cinéma fantastique
{Photo 1 de Dictionnaire du cinéma fantastique} C'est chez l'éditeur Vendémiaire, plutôt spécialisé dans les essais historiques et politiques (si l'on excepte notamment un Dictionnaire Spielberg signé Clément Safra et paru en 2011) qu'est publié le Dictionnaire du cinéma fantastique et de science-fiction de Frank Lafond. L'auteur s'est déjà fait connaître pour de nombreux articles touchant généralement au cinéma de genre au sens large, que ce soit dans les revues universitaires Simulacres ou Rendez-vous avec la peur, à l'occasion de la parution de sa thèse de doctorat consacrée à Jacques Tourneur, à la tête d'ouvrages collectifs (sur George Romero, sur le cinéma fantastique italien, sur Georges Franju...) ou plus récemment à travers une étude passionnante sur le réalisateur Joe Dante intitulée Joe Dante, l'art du je(u) et publiée chez Rouge profond en 2011.

Le dictionnaire dont il est question comporte un peu plus de 400 pages découpées en quelque 300 entrées ; les rubriques peuvent être classées en cinq grandes catégories : les films, les auteurs, les thèmes ou motifs, les figures mythiques, les techniques cinématographiques. Les rubriques ne sont bien sûr pas développées de la même façon (« conquête spatiale », thème central de la s-f., a droit à neuf colonnes, le sympathique mais anecdotique réal' Luigi Cozzi est traité en quelques lignes). Chaque fin de notule fait l'objet d'une indexation alphabétique renvoyant à des mots-clés (six en moyenne) du dictionnaire, faisant de ce dernier un objet à la fois pratique, ludique et rigoureux.

C'est donc un panorama très complet des genres du fantastique et de la science-fiction qui est proposé dans ce Dictionnaire...à l'écriture toujours claire et plaisante. Si l'auteur ne vise pas l'exhaustivité en quelques centaines de pages, il parvient à retracer et à cerner de manière détaillée et toujours bien articulée les principales évolutions formelles et thématiques d'un (double) genre à la fois hybride et protéiforme. Les rubriques les plus étoffées (« fantômes », « Frankenstein », « invasion » ou « post-apocalypse ») sont envisagées en fonction de leurs caractéristiques et enje{Photo 3 de Dictionnaire du cinéma fantastique} ux essentiels et replacés dans un contexte historique et social. De fait, la plupart des entrées font référence aussi bien à des films issus de l'époque du muet, de la grande période « classique » (les années 30 à 60), du cinéma moderne, postmoderne, sans oublier la période actuelle (l'importance d'Avatar ou de Gravity est prise en compte). Généralement, les cinématographies de tous les pays sont traitées et à ce titre, on peut saluer par exemple le choix d'une entrée consacrée au méconnu réalisateur Segundo de Chomón, contemporain et émule de Georges Meliès.

Les longs-métrages et les divers courants ou sous-genres du fantastique ne font pas ici l'objet d'une approche critique (même si le point de vue de l'auteur transparaît régulièrement) ce qui ne veut pas dire que tous les films sont placés sur un même pied d'égalité : on décèle aisément au détour d'un mot ou d'une phrase lesquels ont la préférence de Frank Lafond. Dans un souci louable de ne pas hiérarchiser systématiquement les différents types de productions (films d'auteurs, d'artisans, ciné{Photo 4 de Dictionnaire du cinéma fantastique} ma bis, d'exploitation, expérimental...), le dictionnaire accorde une place importante aux réalisateurs reconnus de tous comme James Whale ou Georges Franju mais s'ouvre largement aussi à des personnalités plus décriées voire méprisées comme José Mojica Marins, Jean Rollin ou Jess Franco.Quant aux sous-genres ou aux modes liés au cinéma fantastique, ils font également l'objet d'une étude très complète et on trouvera par exemple une entrée détaillée consacrée au thème fondateur du « savant-fou » et un article très complet sur la récente mode des films de « found-footage ».

Au terme d'une lecture attentive, cet ouvrage sera parvenu aussi à mettre en lumière l'idée essentielle et stimulante selon laquelle il existe, de façon parfois souterraine ou inattendue, un jeu d'influences, de correspondances et d'échos entre des œuvres ou des thèmes que tout semble séparer à priori : le temps, l'espace géographique ou la personnalité des créateurs concernés. On pense notamment à l'ascendant d'un film matriciel comme Les yeux sans visage sur plusieurs bandes de Jess Franco ou le Volte-face de John Woo ; à l'influence des films fantastiques de Jacques Tourneur sur ceux de Hideo Nakata (Ring) ou aux points communs thématiques entre deux longs-métrages diamétralement opposés : Solaris de Tarkovski et Event horizon de Paul W.S.Anderson.

On aura compris que la lecture du dernier ouvrage de Frank Lafond se révèle indispensable pour qui s'intéresse de près ou de façon plus occasionnelle au cinéma fantastique, à ce genre à la fois tentaculaire et en constante mutation. Chaque lecteur pourra bien sûr regretter tel choix d'entrée ou telle omission (par exemple le trop peu d'intérêt porté à l'œuvre certes inégale mais tout à fait unique de Brian Yuzna) ainsi qu'une iconographie assez restreinte constituée d'une quinzaine de pages avec photogrammes, en couleurs pour la plupart. Nous ne doutons pas que ces petits défauts seront rectifiés pour un éventuel tome 2 !

Cliquez ici pour lire l'entretien avec l'auteur.

Alexandre Lecouffe
05/11/2014
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