Doubleplusungood


ORIGINE
Belgique
Doubleplusungood Affiche

ANNEE
2017
REALISATION

Marco Laguna

INTERPRETES
Wild Dee Borra
Philippe Genion
Bouli Lanners
Jean Biche
Lise Lejeune
Georges Napalm
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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Critique Doubleplusungood
{Photo 1 de Doubleplusungood} « Il était une fois, dans un futur pas si lointain, Dago Cassandra, un truand un peu minable qui s'était lancé dans une quête pour supprimer les 12 bâtards de Lucifer. Quand soudain... »

Enorme déclaration d'amour au film noir américain, DOUBLEPLUSUNGOOD est de ces expérimentations qui débarquent sans doute une partie du public sur le bord de la route mais emmènent surtout les plus curieux pour un voyage qui imprime la rétine. Et si on se gardera de stigmatiser celui à qui ne convient pas l'expérience, on gage que le lecteur de Sueurs Froides fait partie de ceux qui, comme nous, restent à bord.

DOUBLEPLUSUNGOOD - dont le titre réfère à la Novlangue du 1984 de Georges Orwell (on l'a lu... mais on l'avoue... on a oublié son équivalent en traduction française) - se déleste de la narration classique, ou du moins n'en conserve que des bribes, pour se recentrer sur les signes qui font le polar. L'intrigue-prétexte ne sert que de fil conducteur à une succession de séquences qui se déploient de manière presque autonomes, en une succession de vignettes. Ce n'est pas un mal et ça participe tant de l'angle du projet que de ses modalités de production.

Le projet a en effet clairement dû composer avec un budget minuscule et le tournage s'est dès lors étiré sur ci{Photo 2 de Doubleplusungood} nq années, au gré des possibilités financières ou des disponibilités des uns et des autres. Pourtant, et c'est un émerveillement, le résultat ne laisse que rarement entrevoir ce manque de moyens : Marco Laguna a réussi à créer un univers cohérent et a su tirer parti de toutes les opportunités qui se sont offertes, notamment dans les décors qui convoquent usines désaffectées, berges de canal industriel, carrières abandonnées, paysages désertiques ou grandes allées urbaines guère plus peuplées. Certes, on dénote çà et là quelques petites scories, tel acteur au jeu plus rudimentaire, mais rien de rédhibitoire dans cet ensemble aussi touffu que généreux.

La production, menée vaille que vaille en dehors de toute structure classique, a d'ailleurs fait appel en cours de route au financement participatif via Kisskissbankbank. A l'époque, le projet s'appelait encore « DAGO CASSANDRA », du nom de son héros. En 1999, longtemps avant DOUBLEPLUSUNGOOD, Marco Laguna avait déjà réalisé le court métrage DAGO CASSANDRA, lequel est donc dorénavant étendu en long métrage. Il faut bien ça pour buter rien moins que « douze bâtards de Lucifer ». Dago revient après quinze ans nous annonce l'accroche du film... c'est-à-dire le laps de temps entre le court métrage DAGO CASSANDRA{Photo 3 de Doubleplusungood} (1999) et la production de DOUBLEPLUSUNGOOD.

Très référentiel dans son cinéma, porté sur le cinéma d'exploitation américain (mais pas que) tout en se montrant prompt à éclater la narration traditionnelle, on sent que la démarche n'est pas sans évoquer un autre cinéma (franco)-belge, celui d'Hélène Cattet et Bruno Forzani, lesquels travaillent cependant plutôt l'héritage du giallo. On évoque ici certaines accointances, mais on souligne bien que chacun déploient un univers et des intentions propres. On ne retrouve ainsi pas chez Marco Laguna l'expérience immersive et sensitive que proposent Cattet et Forzani mais on baigne par contre dans l'univers littéraire qui fonde DOUBLEPLUSUNGOOD, retranscrit via toute une fantasmatique qui convoque vieilles bagnoles, flingues, gangsters, femmes fatales et meurtres divers. Par une de ces résonnances qui traversent parfois les époques, DOUBLEPLUSUNGOOD émerge dans le circuit des festivals concomitamment à LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES (chroniqué sur Sueurs Froides), le nouveau Cattet-Forzani... adapté de la série noire signée J-P Manchette.

Donc, s'il se montre fort peu narratif, DOUBLEPLUSUNGOOD est en revanche très dialogué. Et c'est un régal. On sent l'amour de Marco Laguna pour la langue du polar, qu'il déploie{Photo 4 de Doubleplusungood} à coup de diatribes, pensées, citations bibliques et autres soliloques de Dago Cassandra.

Une narration off ou limitée essentiellement au antihéros débite des kilomètres de punchlines qu'on imagine sortie de vieux romans de gare poussiéreux. Mais attention hein, dans le bon sens du terme : de la littérature de gare à haute valeur ajoutée. Marco Laguna a le verbe fleuri et le sens de l'expression. Les propos abrasifs de Dago percutent nos oreilles en une rafale de poésie punk.

Le tournage s'est réparti des deux côtés de l'Atlantique : Aux Etats-Unis évidemment, c'est bien le moins pour ce type de projet, mais aussi dans une Belgique dont les lieux de prises de vue, savamment choisis ne dénoteraient en rien dans un paysage censément américain. C'est bien là tout le talent de la mise en scène (et du repérage).

On soulignera aussi l'excellence du montage, crucial pour assembler des images disparates, tournées parfois à des milliers de kilomètres de distance et donner à la séquence une authentique cohérence.

Parmi les moments de bravoure, on relève une poursuite motorisée, qui n'a rien à envier à celles que peuvent nous montrer de bien friquées productions américaines.

Et enfin, peut-être que certains d'entre vous auront identifié en Marco Laguna l'un des membres du combo trash belge « La Muerte » - qui figurèrent parmi les rénovateurs du genre au début des années '90. Il n'est dès lors pas étonnant qu'un soin particulier ait été concédé à la très belle musique, qui chasse à certains moments sur les terres du meilleur des soundtracks italiens (écoutez le fabuleux morceau d'ouverture). Insert publicitaire : un double LP vinyle est publié chez WéMè Records.

Par la suite, Marco Laguna s'est frotté depuis les années '90 avec bonheur au court métrage où il déployait déjà son univers hyper référentiel : NIKKI THE STRIPPER puis NITRO NIKKI et DRAGSTRIP 69 (on retrouve le deux premiers sur Vimeo). Il enchaine ensuite avec un documentaire que nous n'avons pas vu : BONNEVILLE OR BUST et quelques autres courts qu'on retrouve sur son site http://www.marcolaguna.be . Peut-être connaissez-vous certains de ses clips : parmi une quinzaine d'autres, on lui doit ainsi celui de « MY FRIEND DARIO » de Vitalic ou celui de « DO YOU READ ME » de Ghinzu.

DOUBLEPLUSUNGOOD a été présenté par ses auteurs (qui ne sont pas les derniers pour livrer des anecdotes savoureuses) à l'Etrange Festival et cherchait alors encore une vraie distribution. En Belgique, le film rencontre le public bruxellois du Flagey le 19 octobre 2017.

Philippe Delvaux
28/09/2017
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