Europa report


ORIGINE
Etats-Unis
Europa report Affiche

ANNEE
2013
REALISATION

Sebastian Cordero

INTERPRETES
Sharlto Copley
Michael Nyqvist
Christian Camargo
Daniel Wu
Karolina Wydra
Anamaria Marinca
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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Critique Europa report
{Photo 1 de Europa report} Après plusieurs mois de communications interrompues, le centre de contrôle terrien reçoit enfin un paquet d'images en provenance de leur mission spatiale envoyée sur Europa, le satellite de Jupiter. Ce sera la dernière transmission qu'il recevra. La déclassification des données et le montage cohérent des images nous permettent aujourd'hui de retracer l'aventure malheureuse de ces pionniers de l'exploration spatiale.

La science-fiction spatiale se partage en gros entre d'une part le divertissement fantaisiste et d'autre part une approche plus réaliste posant souvent des enjeux métaphysiques. La seconde voie se révèle souvent assez casse-gueule puisque chaque film est évalué à l'aune du prestigieux 2001, ODYSSÉE DE L'ESPACE de Stanley Kubrick. On se souvient ainsi qu'il y a une dizaine d'années, Brian De Palma échouait dans{Photo 2 de Europa report} sa MISSION TO MARS. Plus récemment, Duncan Jones retrouvait, lui, la formule Kubrickienne, avec son MOON alors que Marc Caro s'empêtrait dans un DANTE 01 qui répétait pourtant certains schémas de 2001. Dans le monde artistique, et particulièrement pour le cinéma, les effets de mode jouent. L'annonce d'un concept excitant déclenche entraine une vague de suiveurs (les exemples abondent : LES LIAISONS DANGEREUSES et VALMONT dans les années '80, pas moins de trois versions de Blanche Neige en 2012...), parfois simples épigones, parfois déblocage de projets vaguement similaires qui sauront trouver leur personnalité propre. En l'espèce, on croit déceler dans l'arrivée de cet EUROPA REPORT présenté à l'Etrange Festival comme l'écho du très attendu GRAVITY de Cuaron - dont les premiers retours festivaliers sont cependant mitigés -.{Photo 3 de Europa report} Heureusement pour lui, EUROPA REPORT déploie suffisamment de qualités pour exister par lui-même.

Après avoir diégétiquement rendu hommage à Kubrick - le centre de contrôle envoie aux astronautes la musique de 2001 en signe d'encouragement... On peut se demander si c'était vraiment une bonne idée de leur part ! -, EUROPA REPORT trouve donc vite sa voie.

Formellement, en adaptant la grammaire du found footage, passage presque obligé du cinéma de genre depuis quelques années. Une grammaire bien souvent lassante. Heureusement, le found footage est ici utilisé à bon escient. Les images récupérées par la terre sont issues des caméras de bord de l'équipage, ce qui nous évite la shaky cam. En creusant l'idée, elle sort même renforcée : l'enregistrement par caméra, soit le journal de bord moderne des anciens marins, nous renv{Photo 4 de Europa report} oie à ce témoin absolument neutre, non conscient, sans vie, qui pose un regard dépassionné contrastant avec la tension à laquelle est soumise toute l'équipe. La caméra, c'est aussi le regard de l'espace : absolument indifférent aux tribulations humaines. Les événements les plus graves à l'échelle humaine sont sans importance à l'échelle cosmique.

Quant au fond, la structure est classiquement celle d'une bande de scientifiques un peu aventuriers qui partent en exploration tout sourire et la fleur au fusil mais au fil des mésaventures vont vite perdre et leur bonne humeur et leurs camarades.

La quête de la vie offre le background de l'expédition, mais reste finalement peu traitée.

Elle offre pourtant le tournant scénaristique de la dernière partie. De manière un peu décevante d'ailleurs, en nous renvoyant sur les rails du convenu et du déjà-vu. Si le bât blesse, c'est bien ici. Les scénaristes ont opté pour la solution de facilité, c'est dommage. A la Quinzaine des réalisateurs, un autre film d'exploration spatiale avait également échoué sur ce sujet, en reroutant, lui, la quête de la vie en banal film d'infectés : THE LAST DAYS ON MARS.

EUROPA REPORT réussit donc formellement, le film se laisse suivre avec plaisir. On reste un peu plus réservé quant au fond : à l'ampleur qu'exige un tel sujet, la production a préféré se rabattre sur les chemins plus convenus du film catastrophe. Ce n'est certes pas déshonorant, mais on s'abstiendra de crier au génie. Pas du cinéma d'auteur, mais un bon film de SF.

Retrouvez notre couverture de l'Etrange festival 2013.

Philippe Delvaux
29/09/2013
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