Fabrice Lambot et Jean-Pierre Putters


Fabrice Lambot et Jean-Pierre Putters Affiche

AUTEUR DE L'ARTICLE: Jérôme Pottier
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Entretien Fabrice Lambot et Jean-Pierre Putters
{Photo 1 de Fabrice Lambot et Jean-Pierre Putters} Fabrice Lambot et Jean-Pierre Putters, pourquoi et comment avez-vous créé Metaluna Productions ?

FL : Pour pouvoir un jour nous prélasser au bord d'une piscine en compagnie de donzelles dévêtues et poitrinaires, comme tout bon producteur/réalisateur qui se respecte. Plus sérieusement, parce que nous avons constaté, de par nos expériences, qu'il est difficile de faire le genre de films que nous aimons dans les cadres de la production française actuelle. Et comme nous visons, de plus un marché international, autant tout faire nous-mêmes. Metaluna Productions a d'abord été créé sous forme associative puis est devenue une SARL fin 2006, seul moyen de pouvoir envisager la production de longs métrages indépendants.

JPP : Sans doute quelque part pour défendre le cinéma de genre qui nous a tant fait vibrer dans notre enfance. Une manière de devenir acteur après avoir été si longtemps spectateur. Par esprit de liberté et de revendication aussi, le cinéma de genre doit se conformer à des règles précises ou bien disparaître. De là naît une uniformisation, cette impression de visionner toujours un peu le même film. Le cinéma indépendant peut lutter contre cet état de fait au niveau international. C'est pourquoi nous avons tourné Dying God directement en anglais. Nous ne nous faisions pas trop d'illusion sur une éventuelle sortie dans les salles francophones. Heureusement l'édition du DVD nous satisfait pleinement, c'est un bel objet, bénéficiant d'un fort tirage pour ce genre de produit.

JPP tu es passé à un stade supérieur avec Metaluna Productions, c'est fini l'époque Richard J. Thomson ?

JPP : Avec R. J. (alias retardataire jovial...), les choses ne se passaient jamais vraiment comme on s'y attendait. S'il existait un ennui auquel on n'avait pas pensé, il nous arrivait aussitôt sur les pompes. D'ailleurs, quand le Tout Puissant prépare une nouvelle plaie d'Egypte, il l'exp{Photo 2 de Fabrice Lambot et Jean-Pierre Putters} érimente d'abord sur Richard J. Thomson ! La dernière, c'était la séquestration pure et simple des masters de la plupart de ses films par un éditeur véreux qui, de toute façon, ne projetait pas de les sortir. Nous avions une bonne presse sur Time Demon 2, une équipe de Canal + avait même diffusé un reportage... il y a bien sept ans de cela, et finalement, le film ne sort toujours pas. On se marrait bien pourtant sur ses tournages, mais sept ans à rire de la même chose, ça lasse à force. Ainsi, nous devions lancer une série courte sur le thème des Craignos Monsters. J'ai assuré ma part de travail. J'attends depuis presque dix ans, « ça va viendre », comme on dit. Cela ne m'empêche pas d'avoir toujours autant d'affection pour lui, d'ailleurs, je l'ai de temps à autre au téléphone, mais bon.

Pourquoi et comment êtes-vous passé de la production de courts métrages à la confection d'un long ?

FL : Les courts-métrages ont servi d'école aussi bien au niveau de la réalisation que de la production. En gros, on voulait savoir si on arriverait à réaliser un projet de A à Z. L'école du court-métrage est en cela particulièrement importante. Et une fois que nos courts ont été sélectionnés dans pas mal de festivals, et qu'on a vu qu'on pouvait maîtriser un projet cinématographique sans les structures officielles, on s'est lancé à l'eau pour ce premier long, qui n'est donc, comme son nom l'indique, que le premier d'une longue liste, nous espérons.

JPP : C'est simple, nous nous sommes dits « On va faire un court, mais qui serait plus long que les autres ! ». L'idée est venue de là. Y'avait plus qu'à construire autour. Non, en fait c'était l'aboutissement logique d'une association créée sans trop se préoccuper des véritables contraintes professionnelles. Du coup, on l'a réalisé « autrement », d'une façon simple, en allant à l'essentiel, un peu comme on faisait chacun autrefois nos fanzines, F{Photo 3 de Fabrice Lambot et Jean-Pierre Putters} abrice pour Atomovision et moi avec L'Ecran Fantastique. Euh non, Mad Movies. Excusez, je les confonds toujours !

Que raconte Dying God ?

FL : Basiquement, l'histoire d'un flic ripou qui se trouve plongé dans une sombre histoire de meurtres de jeunes femmes qui sont violées et littéralement « éclatées à mort ». Rien de bien nouveau, mais ça nous a permis de mettre en scène des personnages qu'on aime voir au ciné, et rendre hommage à pas mal de genres que nous affectionnons.

Qu'est ce que le Kurupi ?

JPP : Le Kurupi est une boisson polynésienne que les autochtones consomment au cours de cérémonies locales à caractère licencieux. Je vais d'ailleurs vous fournir plus de détails sur ces manifestations essentiellement festives pour bien vous faire comprendre tout l'intérêt de cette... Comment Fabrice ? Un Guarani argentin ?... Ah bon !!!

FL : Le Kurupi est une créature légendaire des guaranis. A l'origine, c'est un petit être difforme, doté d'un sexe démesurément long, qu'il enroule autour de sa ceinture comme... une ceinture, justement. Il a les pieds à l'envers, des grosses dents difformes, et il est sensé effrayer les jeunes adolescentes guarani pour qu'elles ne sortent pas le soir et gardent leur virginité jusqu'au moment où leur conjoint est choisi par la tribu. Disons que c'est un peu l'ogre des guaranis du nord-est argentin. Dans notre film, on en a fait une créature de deux mètres de haut pour qu'il soit plus impressionnant qu'un nabot, et on l'a rendu vert comme la jungle tropicale.

Comment avez-vous trouvé le titre Dying God ?

FL : En fait c'est moi qui ai dû m'arracher les cheveux pour trouver un titre alternatif à Kurupi, qui était l'appellation d'origine contrôlée du film que Jean-Pierre voulait à tout prix changer. Il va vous narrer pourquoi il n'aimait pas ce titre. Quant à Dying God, j'étais en train d'écouter le morceau « a dying god comi{Photo 4 de Fabrice Lambot et Jean-Pierre Putters} ng to human flesh » de Celtic Frost et je me suis dit « putain mais notre créature c'est un Dieu pour les guaranis, en train de mourir », donc hop j'ai proposé Dying God à Jean-Pierre qui n'a pu qu'acquiescer.

JPP : J'acquiesce, j'opine et j'abonde en même temps pour corroborer les faits. J'avais horreur de ce titre, Kurupi. Cela m'évoquait davantage une marque de sauce piquante qu'un titre de film. Rien que le « K » du début paraissait lourd à porter. Quand on ne s'appelle pas King Kong, je veux dire... (mais là c'est plutôt le KK !). Bref, nous sommes restés longtemps dans l'expectative au sujet d'un film qui n'avait pas de nom. L'innommable ! Et on a remis ça à propos du slogan sur le DVD. J'étais bien inspiré pourtant : Fallon versus les Nonnes (trop ésotérique paraît-il), Dying God ou le vibro, ma sœur (bien, mais... non !). Alien 5 Horror of the Kurupi (immédiatement écarté !). Bonne nouvelle, Dieu est mort ! (jugé un peu rentre-dedans), Le Phallus turgescent du Kurupi (accueilli par un simple haussement d'épaules !). Un film de Fabrice Lambot qu'il est bô (trop flagorneur !). Débrouillez-vous j'ai plus d'idées (début de panique chez Neo-Publishing !), alors j'ai dit ça sera « Dieu est mort... priez pour elles » ou rien du tout, parce que ça commençait à bien faire, vous comprenez !

Pourquoi avoir tourné un film de monstres ?

FL : Parce qu'on adore ça tous les deux. A partir du moment où il s'agissait de notre premier long en tant que Metaluna Productions, que l'on faisait tout de A à Z, autant narrer une aventure qui nous plaise en tant que spectateurs. On aurait pu faire un petit film d'horreur tout simple avec trois gars et deux filles bloqués dans une maison et décanillés par un tueur en série ou un alien, mais bon, on voulait avoir plus de valeurs de productions, et trouver une histoire qui mêle plusieurs genres que nous affectionnons, comme le polar, le giallo où le film de monstres.

JPP : Et puis, nous ne voulions pas utiliser la distanciation ironique pour nous faire pardonner un budget somme toute assez modeste. Nous l'avons joué premier degré, de la manière la plus honnête possible, avec toute la liberté dont nous disposions. Je pense que cette passion se retrouve à l'écran, que l'on aime ou non le film.

A l'image du membre surdimensionné du monstre, Dying God est-il un film macho (cf. la scène du plumard avec la fellation façon Police Python, voire aussi l'attitude assez rude du flic avec "ses" femmes) ?

FL : On peut effectivement se poser la question, surtout que mes courts étaient un peu dans la même veine. Pourtant j'adore les femmes. Mais bon, ça vient aussi des de films que j'ai toujours aimé, avec des femmes qui sont, dans le ciné de genre, soit des donzelles effarouchées soit des salopes. On a quand même essayé de prendre le contre-pied de ça avec le personnage d'Angel, qu'interprète Agathe de la Boulaye. Quant à Fallon je voulais avoir mon petit Clint Eastwood à moi, époque Dirty Harry. J'en ai marre du politiquement correct au cinéma, et donc je voulais vraiment avoir un anti-héros qui soit une crapule, même si James Horan, son interprète, à tout fait pour humaniser et atténuer le côté salopard de Fallon, ce qui a pu créer quelques tensions entre nous.

JPP : Cela paraît en effet volontaire. Un parti pris narratif tout à fait conscient. Fallon est l'anti-héros par excellence, un genre de Bad Lieutenant en pleine dérive existentielle, peut-être en quête d'auto châtiment. Et puis, comme le dit Fabrice, vous avez le contrepoids avec le caractère d'Angel, fort, ambigu, inquiétant. J'adore ce personnage. J'ai d'ailleurs demandé que l'on modifie certaines séquences pour la voir davantage.



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Jérôme Pottier
22/12/2009
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