Gérardmer 2010 - Compte-rendu


Gérardmer 2010 - Compte-rendu Affiche

AUTEUR DE L'ARTICLE: Nassim Ben Allal
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Critique Gérardmer 2010 - Compte-rendu
Du 27 au 31 janvier 2010 s'est tenue la 17éme édition du Festival du Film Fantastique de Gerardmer, l'occasion pour des centaines de fans et de professionnels d'investir pour quelques jours cette sympathique station vosgienne.

Délocalisé en région Lorraine après 21 de bons et loyaux services à Avoriaz, le parcours du festival a été pour le moins chaotique jusque dans son appellation (Fantastica de 1993 à 1996 puis Fantasctic'Arts pour mettre l'accent sur son ouverture à d'autres formes artistiques que le cinéma puis enfin Festival du Film Fantastique de Gerardmer depuis 2009) avant d'adopter une relative vitesse de croisière. S'il n'est plus le seul festival du film fantastique français, il n'en demeure pas moins le principal, mais loin derrière ses cousins belges et suisses.

Les frissons sont donc au rendez-vous, et pas uniquement sur l'écran car au vu des files d'attentes de spectateurs transformés en stalagmites sous l'abondance de flocons, jamais sûrs de rentrer dans la salle promise devant l'affluence et le manque évident de places d'accueil. L'accueil se pose en effet comme le seul relatif point noir du festival, que ce soit en terme de capacité de salles (les spectateurs ayant un pass festival ou un billet doivent prendre position très tôt dans la file, sous peine de se voir refuser l'entrée) ou celle des organisateurs pour lesquels les professionnels n'ayant pas de film sélectionnés sont parfois considérés comme des adolescents essayant d'entrer en boîte de nuit en débardeur, shorts et tongs. Heureusement, les bénévoles recrutés localement sont tous d'une incroyable disponibilité et gentillesse, toujours souriant et ravis de pouvoir aider le festivalier.

Piliers du festival, ces bénévoles contribuent énormément au capital sympathie de lévènement, suivis en cela par les habitants du village et ses commerçants, certains jouant même le jeu de la vitrine horrible, raccordant ainsi avec le thème de la manifestation qui a lieu sur place. En ajoutant à cela quelques dizaines de fans maquillés en zombies et autres goules, le bon mètre de neige qui recouvrait les trottoir a vite fait de virer au rouge carmin pour le plus grand bonheur de tous.

Bien entendu, qui dit festival du film, dit film. Pour sa cuvée 2010, les sélectionneurs ont fait preuve d'une relative cohérence, choisissant des films représentatifs des courants actuels du fantastique et de l'horreur, en passant par la science-fiction. Si la sélection officielle s'est révélée ponctuée de chefs d'œuvres sans appels (MOON et surtout LAHORDE qui, n'ayons pas peur de l'affirmer, s'avère comme LE film français d'horreur de cette nouvelle décennie, d'une sincérité absolue et maitrisé de bout en bout par des fanboys jamais esclaves de leurs références) et de nombreux films sympathiques au premier rang desquels l'ibérique HIERRO, les sections parallèles n'auront pas eu à rougir. Du côté des inédits vidéo, l'incroyable HOUSE OF THE DEVIL de Ti West a fait sensation, tout comme INSIDE ou encore PARASITES. Le déception vint en revanche des films projetés hors-compétition, dont un doublé français qui ne fera malheureusement pas changer la vision du public et des investisseurs sur les essais de genre hexagonaux. Ainsi, DANS TON SOMMEIL, film d'ouverture, s'avère une réelle déception par son traitement un peu trop intellectuel d'une histoire simple et à priori intelligemment structurée. Vint ensuite AMER, vaine tentative artistico-intellectuelle sponsorisée par le CNC de rendre hommage au giallo alors que le film, techniquement éblouissant, oublie simplement de raconter quoi que ce soit au profit de belles images et d'une certaine forme d'abstraction dans laquelle se reconnaissent uniquement les jurés de l'avance sur recette. Déception parmi les déceptions, en provenance des Etats-Unis et signée par un grand maître, le nouvel opus des morts-vivants de Romero.

SURVIVAL OF THE DEAD ressemble plus à un hommage de fanboy qui n'a pas grand chose à dire plutôt qu'à un film signé de son auteur.

Enfin, la sélection courts-métrages, comme a son habitude, a projeté le pire comme le meilleur et ses jurés ne se sont pas trompés en décernant leur prix à LA MORSURE de Joyce A.Nashawati.

Le palmarès délivré par le jury long-métrage a, pour sa part, presque fait preuve de discernement (parce qu'ils n'ont rien donné à LA HORDE ce qui est totalement incompréhensible) en récompensant les vraies bonnes surprises du festival. Emmené par l'immense John Mc Tiernan qui, au détour d'une excellente masterclass n'a pas caché être un cinéaste fini au sein de l'industrie hollywoodienne, le jury a décerné son grand prix au film allemand THE DOOR porté par une interprétation hallucinée de Mads Mikkelsen et son prix du jury à l'anglais MOON de Duncan Jones, qui a également raflé le prix de la critique. Le prix du jury jeunes de la région lorraine est allé au sud-coréen POSSESSED alors que le jury SCIFI a eu la brillante idée de confier sa récompense à LA HORDE. Le prix du public, au coude à coude avec LA HORDE, est allé au québécois 5150, RUE DES ORMES.

Enfin, le prix du meilleur inédit vidéo parraine par Mad Movies est allé à INSIDE de Phedon Papamichael.

Sans marquer les esprits par ses débordements, chefs-d'œuvres ou nanards, cette 17éme édition fut l'occasion de se rendre compte de la bonne santé du cinéma de genre en France...quand il est étranger. En effet, si la projection de LA HORDE fut mémorable tant le public était ravi, celle de AMER le fut aussi par le nombre de désertions d'une salle d'abord pleine à craquer. Il faut dire que les problèmes sont nombreux dans l'hexagone. L'horreur est à peine mieux considérée que le porno pour les financiers habituels (CNC et chaînes de télé en tête), ce qui pousse à l'intellectualisation à outrance ou au nivellement par le bas pour trouver de l'argent. A côté de ça, des films se font néanmoins mais, trop ambitieux pour leurs moyens, finissent par se suicider au box-office. Ainsi, il ne reste pas grand chose entre les deux, d'où la nécessité de films comme LA HORDE qui, pour un budget misérable, livre un grand spectacle, un divertissement de qualité.

Au final, s'il est plaisant de constater que le genre est en bonne santé, il serait temps d'offrir au public fantasticophile français les productions héxagonales de qualité qu'il mérite.

Mais ceci est une autre histoire...

Nassim Ben Allal
07/02/2010
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