Girl Boss Guerilla

Sukeban gerira


ORIGINE
Japon
Girl Boss Guerilla Affiche

ANNEE
1972
REALISATION

Norifumi Suzuki

Critique Girl Boss Guerilla
{Photo 1 de Girl Boss Guerilla} « Girl » et « Boss », tout est dit. Et le titre, dans toute sa simplicité, veille à nous vendre ce qu'il a bel et bien à offrir, à savoir un cross-over entre film de yakuzas et l'érotisme dans lequel baignaient les années soixante-dix. Et cette combinaison, maintes fois répétée sous d'autres cieux, se connote particulièrement dès lors que l'on se trouve au Japon, pays sur-codifié, où le poids des conventions génère une tension palpable, laquelle s'exprime notamment à travers une sexualité très fantasmée. Au Japon, sexe et violence ont toujours fait bon ménage, et - cinématographiquement parlant - souvent pour le meilleur. Cela dit, à y regarder de plus près, les tensions sexuelles se sont à l'époque amplement exprimées dans de nombreuses cinématographies de divers pays, dans des rapports où la violence s'invitait plus souvent qu'à son tour. Liberté sexuelle et libération de la femme ont fortement teinté l'époque et Girl Boss Guerilla s'en fait l'écho au détour de certaines répliques de l'héroïne Sachiko, conseillant à sa comparse de ne coucher avec les hommes que pour mieux les plumer : « attrape-le par les couilles et pressure-les à mort »

Mais tout ceci nous éloigne quelque peu de not{Photo 2 de Girl Boss Guerilla} re propos de base. Donc, Girl Boss Guerilla offre ce que l'amateur de ce type de sexploitation demande. Il lui en offre même un fameux condensé : filles belles et rebelles, yakuzas burinés, gangs de motards (nous sommes en pleine vague post « Easy Rider » et la nuée de films de bikers qui s'en est suivi), tatouages, SM (« Alors les filles, de quelle manière voulez-vous être punies par le gang Tsutsui ? » questionne un bourreau), bonzesse chauve et voleuse, prêtre catholique fornicateur, amoralité générale et contre-valeur. En outre, les musiques funky sont aussi jolies que les très jolies chansons qui figurent dans le film.

L'histoire ? Un gang de « motardes » vient s'installer à Kyoto. Pour s'imposer, elles affronteront un gang rival, également constitué de femmes. Une fois installées, elles devront encore composer avec les yakuzas mâles qui chapeautaient la bande précédente. Le conflit va aller grandissant et ne pourra que se terminer par une issue fatale. Une de ces « bikeuses » est la sœur du lieutenant du gang de yakuzas local. Leur opposition cristallise le conflit entre les deux clans. Une autre a été autrefois à la tête du gang rival de filles auprès desquelles elle doit m{Photo 3 de Girl Boss Guerilla} aintenant se réimposer. Le scénario joue donc sur plusieurs couches d'intrigues entremêlées : le conflit familial, les rivalités tant au sein des gangs qu'entre eux, le tout brouillé par les prémices d'une histoire d'amour avec un boxeur dont le développement exacerbera les conflits jusqu'à leur paroxysme.

Ce type de film exsude une atmosphère généralisée d'immoralité : on y dérobe les dons contre la recherche nucléaire, on se prostitue, on trahit ("lorsqu'il s'agit d'argent, les règles ne comptent plus"), une bonzesse vole une moto, un prêtre catholique couche avec une délinquante et lui refile ses morpions. Comment se débarrasser de ces hôtes indésirables ? Oh, il suffira de les refiler à d'autres voyous lors d'une nouvelle coucherie. Toujours au rang de la religion, on fera chanter un grand bonze fort peu chaste (avec récupération du sperme s'il-vous-plaît). La corruption se mesure à l'aune de la protection dont jouit ce dernier auprès des yakuzas. Au final, seul Ichiro, un boxeur, incarne un héros traditionnel. Il sauvera à plusieurs reprises Nami, une des délinquantes, des mains des yakuzas... et en paiera le prix fort. Ichiro est le contrepoint moral, l'échelle de référence pour m{Photo 4 de Girl Boss Guerilla} ieux mesurer (et jouir) de l'amoralité de tous les autres protagonistes. Il nous donne également la clé du message du film : dans un monde pourri de corruption et de violence, la bonté ne peut que se retourner contre celui qui l'étale.

« Oui, mais et le sexe dans tout ça » nous demanderez-vous fébrilement. « Car enfin, c'est bien cela qui nous intéresse et tout le reste n'est que billevesées ». Certes, et rassurez-vous, vous lisez la bonne chronique. Oh, il ne s'agit évidemment pas ici de pornographie, mais on trouvera quand même son compte entre les délinquantes au sein tatoué (qu'elles exhibent à tout va au gré de la lubricité du scénariste. Nous aurons d'ailleurs droit au léger sadisme d'une séquence de tatouage d'un sein), du catch féminin lors des combats de gangs, occasion en or de s'arracher les vêtements et de terminer de se crêper le chignon dans la rivière locale, ou plus simplement des scènes de sexe avec vieillard lubrique, prêtre catholique défroqué dans tous les sens du terme, ou beau boxeur musculeux. Plus loin, les perversions se corsent et pimentent le film de scènes de sadisme et de bondage et même d'urophilie, voire de coprophilie (en d'autres termes, on fait joujou avec le pipi et le caca).

Girls Boss Guerilla a été édité en dvd dans un coffret consacré au Violent pink. Il a également été programmé au festival Offscreen 2010, dans une thema "Violent pink", aux côtés de Sex and Fury et Female Yakuza tale, tous deux critiqués sur Sueurs Froides. L'ensemble a été projeté dans de très belles copies 35mm directement issues des archives des studios japonais.

Au final, Girl Boss Guerilla laisse le plaisant souvenir d'une œuvre correctement scénarisée, jouée et réalisée, qui saura parler à ceux que ce type de cinéma accroche, c'est-à-dire sans nul doute vous, cher lecteur.

Rendez-vous dans Sueurs Froides 29 pour lire la suite du dossier.

Cliquez ici pour lire l'article sur Terrifying Girls' High School: Lynch Law Classroom

Cliquez ici pour lire l'article sur Female yakuza tale

Cliquez ici pour lire l'article sur Sex and fury

Philippe Delvaux
22/12/2009
Cet article est paru dans Sueurs Froides n°29
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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