God Bless America


ORIGINE
USA
God Bless America Affiche

ANNEE
2011
REALISATION

Bobcat Goldthwait

INTERPRETES
Joel Murray
Tara Lynne Barr
Mackenzie Brook Smith
Critique God Bless America
{Photo 1 de God Bless America} Américain moyen à la quarantaine bien sonnée, un peu ventripotent, Franck vit de plus en plus mal ce que devient son pays. La télévision n'en a plus que pour la téléréalité la plus immonde, les talk shows de la radio font la part belle aux animateurs vulgaires, grossiers et agressifs, mais le plus grave est que ces médias ne sont jamais que le reflet de la société. Il semble que les fondements mêmes de la civilisation soient en voie d'effondrement. Franck croit encore aux relations humaines véritables et s'intéresse à la standardiste de sa société... ce qui lui vaut un licenciement sec, la jeune femme s'estimant harcelée après avoir reçu un innocent bouquet de fleurs. Désespéré, Franck s'enferme chez lui, la télévision alternant d'une part un concours de chant mettant en vedette un gentil demeuré dénué de talent et dont le public raffole se moquer et d'autre part une téléréalité sur l'organisation de l'anniversaire de Chloé, une adolescente pourrie jusqu'à la moelle par de riches parents qui n'ont jamais su ou voulu éduquer leur enfant. Séparé de sa femme, Franck est lui-même père d'une fillette dont les insupportables caprices{Photo 2 de God Bless America} témoignent bien de cette démission sociétale. Ses efforts pour inculquer des valeurs se heurtent au laisser aller général et agacent sa fille. Celle-ci fait bientôt une crise à sa mère qui lui offrait un blackberry alors qu'elle exigeait un iphone, tandis que la téléréalité montre Chloé insultant ses parents lui offrant une voiture de sport alors qu'elle voulait un 4x4. C'est la goutte qui fait déborder le vase. Franck prend son arme et sans hésitation s'en va tuer l'insupportable Chloé. Témoin du meurtre, Roxanne, une autre ado, est immédiatement séduite par ce tueur qui peut débarrasser le monde de toute sa crasse.

Cathartique. Voilà notre sentiment à la sortie de ce GOD BLESS AMERICA proposé par l'Etrange Festival 2012. God bless l'Etrange festival ! GOD BLESS AMERICA est une immense gueulante contre la médiocrité qui s'empare de plus en plus des Etats-Unis - et le constat peut hélas déborder sur bien d'autres pays. Son réalisateur tire à boulets rouges non seulement sur la téléréalité, mais plus généralement sur la perte des valeurs, la déréliction morale, l'abandon du savoir vivre en commun, il attaque frontalement une{Photo 3 de God Bless America} société qui a fait du narcissisme et de l'égo des valeurs suprêmes qui ne peuvent s'ériger qu'en détruisant l'autre, en le rabaissant. Une société de la peur et de l'irrespect, de l'agressivité et du mépris.

« Perte des valeurs », « déréliction morale », le discours semble bien à droite. Et on s'attend à lire des critiques qui embrayeront dans ce sens. Bien au contraire, il ne s'agit pas ici de rétablir une morale pudibonde et figée dans la gélatine chrétienne conservatrice, mais plutôt de retrouver un sens commun et le respect d'autrui qui devraient s'imposer à tous et transcender les clivages gauche-droite. Une morale humaniste donc... laquelle passe ici par un film outrancier flinguant à tout va. Une certaine idée du grand écart !

D'ailleurs, la majorité des cibles de Franck font partie de cette droite puritaine américaine dans ce qu'elle a de plus immonde : chrétiens ultra et haineux, lobby du Tea Party...

Le scénario a l'intelligence de rendre ses personnages crédibles : Roxanne a souvent envie de tuer tout ce qui a le don de l'énerver et cherche surtout à pimenter une vie qu'elle estime trop morne, et Franck est{Photo 4 de God Bless America} quant à lui plus paumé que justicier. Ce sont des êtres faillibles.

Il y a quelque chose de punk dans cette démarche de dénoncer la violence par la violence. GOD BLESS AMERICA serait alors une comédie punk, un rejet aussi jusqu'au-boutiste et passablement nihiliste (le final) dans le fond que rigolo dans la forme.

Ce qui n'est pas sans évoquer un monument de la comédie, l'extraordinaire C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS. Ce dernier, tourné au début des années '90, précède donc la déferlante de la téléréalité. Mais les prémisses en existaient déjà via nombre de shows racoleurs et dénigrant. En décalque de l'excellente émission STRIP TEASE, seule approche de téléréalité qui produise du sens, C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS dénonçait déjà notre voyeurisme, notre absence d'empathie pour les victimes, notre culte de la célébrité, notre désir de violence. Moins que le tueur Ben, c'était l'amoralité de l'équipe télé qui était choquante car présentée comme normale.

Dans GOD BLESS AMERICA, nous sommes 20 ans plus tard, en 2012, et la téléréalité semble avoir tout emporté sur son passage. Aussi, la dénonciation se fait ici par le biais d'un « résistant » qui prend les atours d'un tueur. Franck est l'exact contrepoint de Ben. GOD BLESS AMERICA prolonge utilement C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS. Rire de l'outrance, certes, mais pour prendre conscience de dérives que nous n'aurions jamais dû accepter.

L'Etrange Festival proposait en même temps que GOD BLESS AMERICA un autre film traitant de cette cruelle société du paraitre, l'extraordinaire UN JOUR DE CHANCE d'Alex de La Iglesia. Là également, Roberto est le contrepoint de Franck puisqu'il met en scène son martyr pour le public. Ce sera la femme de Robert qui incarnera ce sursaut de dignité et d'indignation qui nous amène au Frank de GOD BLESS AMERICA.

Bref, vous l'aurez compris, si le « loft », « Secret Story », « Mon fabuleux anniversaire » et toutes les autres bouses qui encombrent notre petit écran et déteignent sur les comportements de nos contemporains vous insupportent, GOD BLESS AMERICA est fait pour vous.

GOD BLESS AMERICA sort en salle le 10 octobre 2012.

Retrouvez notre couverture de l'Etrange Festival 2012.

Philippe Delvaux
17/09/2012
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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