Hobo with a shotgun


ORIGINE
USA
Hobo with a shotgun Affiche

ANNEE
2011
REALISATION

Jason Eisener

INTERPRETES
Rutger Hauer
Molly Dunsworth
Pasha Ebrahimi
Robb Wells
Brian Downey
Gregory Smith
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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Critique Hobo with a shotgun
{Photo 1 de Hobo with a shotgun} Un clochard arrive dans une cité pauvre et placée sous la coupe d'une famille de truands sadiques. Protégeant une prostituée de leurs assauts, il suscite leur colère. Les malfrats veulent annihiler toute velléité de résistance et décident de terroriser les habitants. Mais le clochard se mettra une nouvelle fois en travers de leur chemin... armé d'un fusil à pompe.

Le cinéma américain semble bloqué dans une impasse créatrice, qui n'empêche cependant pas de bonnes surprises. D'un côté, les blockbusters se replient frileusement depuis des années sur des remakes, reboot, sequel, spin of et adaptations de tout et n'importe quoi plutôt que de chercher des idées nouvelles et originales, de l'autre, le cinéma de genre ne se dépêtre toujours pas de l'influence de Quentin Tarantino, qu'on peut aisément considérer comme l'initiateur de la « post-exploitation ». En effet, l'irruption de Tarantino sur la scène internationale (RESERVOIR DOGS) coïncide avec la disparition d'un certain cinéma au début des années '90, celui de l'exploitation tel qu'il se pratiquait dans les décennies précédentes, celui fabriqué et distribué dans des circuits indépendants désormais éradiqués. Ce cinéma a disparu avec les structures qui l'abritaient et le généraient. Mais l'amour que lui a publiquement scandé Tarantino, qui a placé toute son œuvre sous l'angle de l'hommage, a permis à ses codes thématiques, esthétiques et narratifs de survivre. Avant la VOD et le téléchargement, le dvd a pris le relais de la cassette{Photo 2 de Hobo with a shotgun} comme support de cinéma à domicile et a permis à une nouvelle génération de redécouvrir ce cinéma, dorénavant quasi éradiqué des salles.

On peut parler de « post-exploitation » dès lors que toute une série de films, tous créés depuis le début des années '90, s'attache à reprendre non seulement des tics narratifs des décennies précédentes mais encore à recréer l'imagerie ou la photographie de ces périodes désormais iconisées. C'est dès lors moins le contenu des films que leur forme qui importe. On assiste à un travail de fétichisation portant sur le type de pellicule, l'exposition de la photo, les marques (rayures, plans manquant, trous de cigarette marquant le passage des bobines, etc.)... Les créateurs offrent un travail qui remet au centre du jeu leurs souvenirs de cinéphiles, leur vécu d'un cinéma qui devient son propre objet. Et ce d'autant plus que ces marques formelles ou contextuelles sont désormais voulues, revendiquées, recréées, plutôt qu'imposées. A l'instar du crachotement de l'aiguille sur le vinyle, promulgué par un trip hop pourtant né à l'ère du CD, les rayures de pellicule de la post exploitation n'ont plus de raisons d'être autre qu'esthétique à l'heure du tournage ou de l'exploitation en numérique.

Aux trentenaires bien tassés et au-delà, qui ont donc connu à l'époque de leur création les œuvres à qui hommage est rendu, ces films jouent leur rôle de madeleine de Proust. Aux cinéphiles plus jeunes qui ont découvert l'exploitation sur le tard, par exemple par l{Photo 3 de Hobo with a shotgun} es rééditions dvd, il donne moins l'illusion de sa perpétuation qu'un jeu sur son décalage par rapport au cinéma mainstream. Aux autres, il offre un spectacle désormais vu comme exotique, situé radicalement en dehors des canons contemporains.

Si on a évoqué Tarantino, c'est à dessein : rappelons que le diptyque LE BOULEVARD DE LA MORT (Quentin Tarantino) - PLANETE TERREUR (Robert Rodriguez) dans sa formule double programme sous le label « Grindhouse » (un terme jusqu'alors quasi inusité par chez nous et qui correspond donc au cinéma d'exploitation) s'accompagnait d'une série de fausses bandes annonces dont des films auraient ensuite été tirés. L'échec commercial en salle du projet a notablement ralenti le processus, mais Rodriguez a fini par tourner son MACHETE en 2010. Et maintenant, Jason Eisener déploie à son tour le trailer de HOBO WITH A SHOTGUN une heure trente durant.

HOBO WITH A SHOTGUN a été présenté à l'Etrange festival, en ouverture d'une « Nuit Grindhouse » rendant culte aux années '80 (à travers quelques genres phares de l'époque : post-nuke, violence urbaine, slasher et ninja flic(k)s), convoquant donc également à son programme les non moins intéressants TUCKER & DALE FIGHTENT LE MAL (TUCKER AND DALE VS EVIL), où l'on se gausse en les inversant des codes du slasher, et NORWEGIAN NINJA, où le comique ressort du postulat de base et d'un traitement qui reprend, pince-sans-rire, les idées les plus absurdes ou les effets les plus cheaps du cinéma Z. En fin de nuit, afin de rem{Photo 4 de Hobo with a shotgun} onter aux sources de ce cinéma « post », les plus acharnés auront pu redécouvrir un des fleurons de l'exploitation des eighties, le seul post-nuke italien valable - quoique très Z -, à savoir le fameux 2019 APRES LA CHUTE DE NEW YORK (Sergio Martino).

Des trois films contemporains présentés à cette Nuit Grindhouse, HOBO WITH A SHOTGUN est le seul à ne pas ouvertement se moquer de ses codes. Et pourtant, décalage aidant, on y rit beaucoup. Mais d'un rire qui n'émanera sans doute que de ceux qui ont connu ces films eighties de délinquance urbaine (STREET TRASH, LES GUERRIERS DU BRONX...) dont HOBO offre une décalque (à l'instar par exemple du DOOMSDAY de Neil Marshall, qui rendait aussi un très bel hommage aux années '80 en partant plutôt des films « post-apocalypse »). Les autres profiteront d'un spectacle old school parfaitement divertissant et très réussi.

Jason Eisener a déjà la bonne idée de donner le premier rôle à l'icône Rutger Hauer. L'interprète de HITCHER (Robert Harmon, 1987) et de LA CHAIR ET LE SANG (Paul Verhoeven, 1985), tous deux reprogrammés à l'Etrange festival, retrouve un rôle qui le sort enfin du semi-bourbier dans lequel il s'enlisait depuis trop longtemps.

Par un de ces hasards que le cinéma offre régulièrement, HOBO WITH A SHOTGUN se raccorde avec l'actualité, sa présentation à l'Etrange suivant de peu les émeutes sociales qui ont secoué le Royaume-(dés)Unis en août 2011. Une imagerie déjà vue dans le récent HEARTLESS de Philip Ridley (présenté, lui, au BIFFF, un an avant ces mêmes émeutes). Le cinéma pressent parfois inconsciemment l'état du monde. Notre Hobo évolue, lui, plutôt dans un décor de l'Amérique post subprime. Son arrivée en train évoque l'imagerie de la crise de 1929 tandis que la ligne narrative s'inscrit dans le courant du western (l'étranger arrivant dans une cité dominée par le crime et s'attachant à éradiquer celui-ci). Il n'est pas inintéressant de relever que tout le courant de violence urbaine mis en scène par le cinéma des années '80 s'inscrivait dans l'époque Yuppie d'un capitalisme outrancier ayant fait le deuil des utopies sixties et seventies, tandis que notre clochard doit se dépêtrer, lui, dans une Amérique engluée dans la crise immobilière de ce même capitalisme désormais déconfit. Pour rapporter notre propos au seul cinéma, la post-exploitation ne sera donc jamais plus l'exploitation que l'on connaissait car le contexte mondial qui entoure, nourrit et cadre un film n'est plus le même.

Référentiel (mais on ne va pas vous assommer avec tous les hommages) et jouissif, HOBO WITH A SHOTGUN est une très bonne surprise dont on regrettera seulement que la distribution française se contente hélas d'une sortie DVD, sans passer par la case cinéma... On l'a dit, les temps ont changé, le home cinéma est désormais le lieu de découverte d'un cinéma qui autrefois vivait exclusivement en salle.

Retrouvez nos chroniques de l'Etrange Festival 2011.

Philippe Delvaux
26/09/2011
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