Ice From The Sun


ORIGINE
USA
Ice From The Sun Affiche

ANNEE
1998
REALISATION

Eric Stanze

INTERPRETES
Ramona Bridget
Angela Zimmerly
Todd Devlin
Jason Christ...
Critique Ice From The Sun
{Photo 1 de Ice From The Sun} Un homme nu est enfermé dans une pièce aux murs de pierre.Il se débat pour en trouver la sortie.

Une musique classique qui tourne à l'envers. Il fait nuit dans une campagne quelconque, un autre type, Steven, étrangle une jeune femme à l'aide d'un fil mince. Des images de tortures diverses harcèlent le spectateur. Steven relâche la fille, ses mains sont coupées par le fil. Un autre homme se dresse devant lui, celui qui était nu dans la pièce. La fille, il fait jour, à côté d'elle, une nappe est posée sur le sol avec tous les ingrédients possibles pour un pique-nique. Elle s'en est sortie. L'homme s'adresse à Steven. Ses genoux explosent. Il lui ordonne de se prosterner devant lui et d'approcher sur ses genoux. Il déclare alors d'un ton solennel

" Amen ", la tête de Steven explose.

Suit un " clip " dont le visuel oscille entre du Marylin Manson et du Richard Kern et qui met en image une dimension parallèle régie par " The Presence ", une dimension qui a échappé aux anges du Paradis et aux démons de l'Enfer... Les dix premières minutes d'ICE FROM THE SUN sont tout bonnement exceptionnelles. Les 4 minutes 30 qui ouvrent le film comportent par exemple 431 plans !

ICE FROM THE SUN a acquis la réputation d'être un film d'horreur expérimental punk, et ce n'est pas pour rien.

Malgré tout, un défaut persiste et nous allons le mettre tout de suite en lumière afin de pouvoir, par la suite, nous attacher à ses nombreuses qualités.

Le seul et unique problème d'ICE FROM THE SUN provient de la scène d'initiation d'Alison. Une voix-off lui explique la création de cette dimension parallèle. La scène est terriblement longue et manque cruellement de rythme. Eric Stanze tente bien de se rattraper en usant de quelques artifices style images en négatif, mais en vain. Outre sa lenteur, la s{Photo 2 de Ice From The Sun} cène casse brutalement le rythme du film qui partait pourtant à cent à l'heure. Après les fameuses dix premières minutes qui mettent le spectateur dans un état de stupeur, arrive alors cette scène dont on ne voit pas la fin. Mais heureusement, tout de suite après, le film repart de plus belle... ICE FROM THE SUN est en fait l'histoire d'Alison, ressuscitée après son suicide par les anges du Paradis et les démons de l'Enfer pour combattre The Presence, un être dangereux, régnant sur une dimension parallèle entourée de glace et faisant de l'ombre à celle du Paradis et de l'Enfer. Elle fut créée par un sorcier dans les temps anciens. The Presence choisit de temps à autre six êtres humains pour les convier à un jeu dans lequel ils ont très peu de chances d'en sortir vivant. Une fois mort, leur âme continue de hanter la dimension et The Presence les utilise comme des marionnettes pour ses jeux sadiques. Alison doit trouver The Presence dans ce monde où règnent la folie et la perversion et lui faire accepter le fait qu'il a été autrefois un être humain capable d'aimer. Si Alison réussit à lui faire admettre cela, la glace servant de couche protectrice à cette dimension parallèle fondra, ce qui permettra aux anges et aux démons d'investir la place.

ICE FROM THE SUN, le quatrième film d'Eric Stanze et le premier produit sous la bannière Wicked Pixel Cinema, est en fait une sorte de remake de THE SCARE GAME où six joueurs se trouvent confrontés à une sorte de démon régnant sur une autre dimension. Et, à partir du moment où ces six protagonistes se retrouvent au cœur du jeu, le film tourne à la folie complète avec des scènes épiques proches des délires visuels d'un David Lynch ou d'un Lewis Carroll (dans le premier jet du scénario, Alison devait s'appeler Alice).

Un travail én{Photo 3 de Ice From The Sun} orme a été fait au niveau des repérages pour les décors, sur la bande-son, les images, le montage, la photo, etc, pour donner un film aux images oniriques, troublantes d'où surgissent nos peurs les plus profondes. Alors qu'Alison plonge dans ce monde inhospitalier, elle fait resurgir par la même occasion les désirs les plus morbides que chacun de nous a refoulés au plus profond de lui-même.

La musique rock colle avec une telle perfection aux images que l'on a l'impression qu'elle ne pourrait exister sans elles. On est loin des bandes amateures truffées de heavy metal bourrin et inepte.

La bande-son est complètement ravagée ! On peut entendre un brouhaha de voix étouffées alors que nous nous trouvons en pleine forêt. D'autres fois, elle consiste à des murmures, à de l'eau qui coule, à des machines en marche... Contrairement à la musique, les sons que nous pouvons entendre ne collent pas forcément aux images, ou alors, ils sont tellement mixés et remixés que cela ne ressemble plus à rien du tout. Tout cela permet en fait au spectateur de pénétrer complètement l'atmosphère du film.

Tout comme la bande-son, les images jouent sur les contradictions. Une femme en blanc se promène dans un bois telle un zombie, une horloge se dresse au beau milieu d'une forêt, un pasteur tient en laisse un homme et une femme, nus, se comportant comme des chiens, un homme court, court et court encore dans une forêt avant d'arriver dans une clairière où des gens en tenue de soirée lisent un journal sans se soucier de lui... D'autres images sont tout aussi terrifiantes comme cet homme creusant imperturbablement un trou et le futur enterré qui tente de s'échapper mais qui revient à chaque fois vers lui. Il y a aussi cette jolie femme qui se retrouve transformée en " freak of nature " à la face de chi{Photo 4 de Ice From The Sun} en et exhibée à la curiosité des badauds dans une fête foraine. Une autre scène très éprouvante est celle où une fille nue est traînée sur plusieurs dizaines de mètres à l'aide d'une corde rattachée à une voiture. Le type arrête l'automobile. Toujours vivante, elle est désormais écorchée vive. L'homme la recouvre alors de sel qu'il lui jette par poignées avant de carrément vider tout le sac, lourd de plusieurs kilos.

Depuis SAVAGE HARVEST, Eric Stanze soigne la photographie. Celle-ci est exceptionnelle dans ICE FROM THE SUN et l'influence est manifestement européenne. David Berliner qui s'en est chargé a fait un travail extraordinaire pour rendre une image unique. En outre, bien que le film soit tourné en Super 8, jamais ICE FROM THE SUN n'a ce look amateur que la majorité des films tournés dans ce format possède.

Les effets spéciaux exécutés par Tommy Biondo, Tony Bridges et Jeff Bergeron sont naturellement excellents, dans la même veine que tout le reste.

Nous n'avons pas la place ici pour énumérer toutes les prodigieuses séquences du film, mais sachez que tout est fait pour vous plonger dans un monde surnaturel dans lequel seuls les fantasmes de son Maître sont réels.

Ce qui est le plus impressionnant dans ICE FROM THE SUN, c'est le parti pris d'Eric Stanze de dérouter à chaque plan le spectateur. Chaque scène regorge de trouvailles artistiques jamais gratuites et servant parfaitement le propos du film. Eric Stanze ne cède jamais à la facilité. Il s'essaye à des choses inédites et le plus fort est que c'est le jackpot à tous les coups. Le spectateur ne marche pas, il court, et le délire d'Eric Stanze et de sa bande prend forme et devient réel dans la tête du spectateur.

Eric Stanze, quelques années plus tôt, avait déjà plutôt bien réussi à donner forme à un monde parallèle avec THE SCARE GAME. Mais il est clair qu'il n'y a aucune comparaison avec ce qui est visible dans ICE FROM THE SUN, tourné, lui, en Super 8. Eric Stanze invente ici carrément une nouvelle mythologie.

L'un des problèmes de THE SCARE GAME était de ne pas nous faire éprouver de sentiments vis-à-vis de la situation des protagonistes. Ici, c'est également différent. ICE FROM THE SUN évite l'écueil de se transformer en simple slasher, en particulier grâce à des scènes plus longues où l'horreur de la situation est exploitée au mieux, et où la tension va toujours crescendo. Ainsi, même si l'on connaît forcément l'issue fatale pour les protagonistes, Eric Stanze fait grimper la pression et étonne toujours lors du climax. Ainsi, le spectateur est perturbé et surpris.

ICE FROM THE SUN n'est pas un film conventionnel. Eric Stanze voulait une approche inédite et son film est une oeuvre vraiment unique. Lorsque vous le verrez, vous comprendrez mieux ce que je veux dire par là. ICE FROM THE SUN ne ressemble à rien de ce que vous avez pu voir avant. L'une des autres réussites d'ICE FROM THE SUN est d'être parvenu à faire en sorte que le cachet expérimental graphique du film ne prenne jamais le pas sur l'histoire. Eric Stanze ne fait pas de l'expérimental gratuitement. L'aspect visuel du film sied à merveille à l'histoire déjà bien originale et lui donne une envergure unique. Dans ce monde parallèle chaotique, le spectateur est aussi désorienté que les protagonistes du film.

Eric Stanze a réussi à concilier le côté artistique du septième art de manière extrême avec le fait que le cinéma est aussi un divertissement. Et rares, très rares sont les réalisateurs qui ont réussit un tel exploit. Il est difficile de ne pas parler de chef-d'œuvre en ce qui concerne ICE FROM THE SUN.

André Quintaine
22/12/2009
Cet article est paru dans Sueurs Froides n°9
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AUTEUR DE L'ARTICLE: André Quintaine
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