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Interview Alda Teodorani


Interview Alda Teodorani Affiche

Critique Interview Alda Teodorani
{Photo 1 de Interview Alda Teodorani} Alda Teodorani nous parle de cinéma mais aussi, bien sûr, des APPUNTAMENTI LETALI qui adaptent ses œuvres.

Alda et le cinéma

Le cinéma est un grand moyen de communication, beaucoup plus que la littérature : il frappe et pénètre plus profondément. Son inconvénient est qu'il nécéssite un écran pour être vu, grand si possible, et qu'il ne laisse pas trop d'espace à l'imagination (dans la construction mentale des décors et personnages, comme cela arrive à la lecture). Tout bien considéré, je suis arrivée tardivement au cinéma parce que je vivais dans un petit pays de province et nous ne possédions pas la T.V. Malgré tout je dois dire que, même inconsciemment, je considère que mon écriture est très cinématographique. Ceci ne signifie pas qu'il est facile d'adapter mes travaux au cinéma mais que mes livres ont un style visuel et se déroulent devant mes yeux comme un film. Il y a des écrivains qui disent qu'ils ne parviennnent pas à imaginer les scènes de leurs livres de manière visuelle. Franchement, je ne sais pas comment ils font.

J'ai beaucoup aimé le cinéma d'horreur qui m'a donné de nombreuses inspirations. Mais, plus souvent, j'y ai trouvé beaucoup de concordances, les marques d'un parcours commun, des affinités. Ce qui est une chose très belle.

La collaboration avec Michele Soavi pour IL CORVO, projet d'adaption inabouti de son livre Giù nel Delirio :

J'ai connu Michele Soavi grâce à un ami, le scénariste Antonio Tentori, sur le tournage de LA SECTE. C'était mon premier tournage et cela a été une expérience merveilleuse. J'ai vu tout de suite Michele{Photo 2 de Interview Alda Teodorani} comme une personne disponible et très bien disposée envers la littérature. Contrairement à quelques jeunes réalisateurs italiens, Michele a un amour viscéral pour les livres. A cette période, il était à la recherche de sujets de films. Il a lu mon premier roman, Giù nel Delirio, réédité ensuite dans Le radici del male. C'était alors un texte discuté pour la quantité de violence et de sexe qu'il contenait. Il a été aimé mais aussi détesté parce que de nombreuses personnes le le trouvaient insoutenable. Il plut à Michele. Surtout l'idée de transformer le protagoniste en quelque chose qui lui ressemblait : un motard solitaire qui écoute la radio de la police et va sur les scènes de crime pour photographier les cadavres. Nous avons commencé à travailler, avec Michele et Antonio Tentori, à un sujet intitulé IL CORVO. C'était en 1992, peut-être 1993. Le projet n'a hélas pas abouti, notamment parce que les scénaristes consultés par Michele lui donnèrent tous un avis défavorable. De plus, lui aussi (comme auront pu le voir ses spectateurs) s'est beaucoup adouci à mesure que le temps passait. Peut-être que cette évolution avait commencé pendant la préparation du film, peut-être qu'il avait simplement cette insatisfaction qui à mon avis le caractérise, ce sentiment de ne jamais être à sa place, de n'avoir pas trouvé l'histoire juste, le scénario idéal. J'espère qu'à l'avenir il trouvera ce qu'il cherche, parce que c'est un très bon réalisateur. Je l'estime beaucoup pour son cinéma et aussi pour avoir donné un coup de fouet aux teléfilms italiens.

La collaboration avec Tinto Brass

Tou{Photo 3 de Interview Alda Teodorani} t a commencé alors que j'écrivais pour une revue féminine, Elite, où je proposais des interviews de femmes du spectacle. J'avais interviewé Asia Argento, qui venait de jouer dans TRAUMA. La rédaction accepta ensuite l'idée d'interviewer Carla Cipriani, depuis toujours liée à Tinto Brass, aussi bien dans la vie que professionnellement. La « femme de Tinto »n'avait jamais accepté d'interview et cette fois encore la réponse fut négative. Je fis ensuite une sorte de pélerinage avec Antonio Tentori chez Tinto après lui avoir proposé d'écrire un livre d'entretiens sur lui. J'avais déjà un titre : Chiamatemi Is-Tinto. J'avais recueilli tant d'interviews que le livre était presque complet. Là encore, j'obtins un refus, motivé par le fait que Tinto, alors, n'aimait pas l'idée que l'on fasse un livre sur lui. Ca lui évoquait le mauvais sort, une pierre tombale, à ce qu'il me dit. Seulement plus tard, Antonio Tentori écrivit le livre, Il senso dei sensi, per les éditions Falsopiano.

On dit parfois qu'une porte s'ouvre quand une autre se ferme. A moi aussi, il est arrivé de nombreuses fois des occasions manquées qui se sont révélées ensuite des opportunités encore meilleures. J'ai ainsi reçu un jour un coup de fil de Brass qui me proposait d'écrire un film avec lui. Il voulait adapter le livre Il macellaio de l'écrivain Alina Reyes avec un film intitulé LOLA E IL MACELLAIO. Il me voulait à ses côtés parce que j'étais écrivain aussi. Le scénario a été achevé et j'ai été payée. Cela me sembla une somme énorme parce que le cinéma paie beaucoup plus que la littérature ! J'ai de très beaux souvenirs de{Photo 4 de Interview Alda Teodorani} l'écriture. J'envoyais des extraits à Brass qui les adaptait (je ne suis pas capable d'écrire des scénarios) et j'ai vraiment senti une communion dans ce scénario, qui était. magnifique.

J'ignore ce qui est arrivé ensuite, j'imagine qu'il y a eu des problèmes de production. Tinto n'a jamais fait le film. IL MACELLAIO est sorti en 98, réalisé par Aurelio Grimaldi et interprèté par Alba Parietti. Il semble qu'il n'a convaincu personne.

Tinto, quelques temps après, a dirigé MONELLA. J'ai eu le scénario entre les mains et j'y ai retrouvé de nombreuses scènes écrites ensemble sans que mon nom y figure (sans doute pour des raisons productives).

Je suis toujour liée à Tinto par une belle amitié. Il est impossible de ne pas éprouver de l'affection pour lui. Tinto est un homme cultivé qui sait vraiment profiter de la vie et j'espère qu'il continuera à travailler encore longtemps. De ses films j'ai surtout aimé les plus violents, d'auteur (YANKEE, SNACK BAR BUDAPEST), en somme ceux qui ne sont pas privilégiés par le public (et peut-être par lui non plus).

D'autres projets au cinéma ?

Je n'ai pas de projets pour le cinéma... ou plutôt, le cinéma n'en a pas pour moi. Je connais beaucoup de réalisateurs mais tous travaillent pour la télé, qui demande des films adaptés à un public très jeune pour les projeter en prime time. Le fait que j'ai toujours écrit des livres très violents, une violence présente dans la psychologie même des personnages et qu'il n'est ainsi pas possible d'édulcorer, a fait de moi un écrivain culte dont les livres continuent à être achetés et appréciés des années après leur sortie. Mais cela a aussi empêché cet intérêt cinématographique dédié à des auteurs peut-être plus politiquement corrects.

Quand j'ai commencé à écrire, j'ai eu de nombreux contacts avec des réalisateurs pour essayer de faire quelque chose dans le cinéma, depuis toujours mon grand amour : Argento, Soavi, Pupi Avati avec qui est née une belle amitié et nombre d'échanges épistolaires, Giulio Base, le scénariste Enrico Vanzina, Sergio Stivaletti... Mais aussi Enrico Mattei qui a porté quelque chose de moi à l'écran dans THE JAIL, écrit en collaboration avec Antonio Tentori, un de mes lecteurs historiques qui me suit depuis le début. Dans THE JAIL, il y a une scène très belle, efficace, où des geoliers chassent une prisonnière évadée. C'est un hommage à la scène de « chasse d'enfants » des Radici del Male

L'un de mes projets, qui demandera du temps, est d'insérer à l'intérieur d'un festival de cinéma d'horreur un prix spécial pour un court-métrage amateur dans lequel on reconnaîtra des canons de mon écriture : poétique, bestialité (c'est à dire le contact avec son côté animal), intériorité. Je voudrais créer un fonds qui soit administré aussi après ma mort de manière à récompenser les réalisateurs débutants avec du matériel qui puisse les aider à progresser dans la profession (caméras, ordinateurs...) Pour l'instant, c'est impossible, parce que je n'ai pas les ressources nécessaires. Ce projet voisine avec l'idée de produire de la musique underground.

Cliquez ici pour lire la suite de l'interview

Patryck Ficini
22/12/2009
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Patryck Ficini
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