Interview de Corrado Farina (2ème partie)


Interview de Corrado Farina (2ème partie) Affiche

Entretien Interview de Corrado Farina (2ème partie
{Photo 1 de Interview de Corrado Farina (2ème partie)} Pour arriver à mieux transcrire le graphisme de Crepax, n'avez-vous pas eu envie de le tourner en noir et blanc ? Les aventures de Valentina n'ont pas été colorisées.

On n'aurait même pas pu ne fut-ce que penser à une telle idée. Même aujourd'hui, il faut être un metteur en scène important pour pouvoir obtenir ça du producteur. Et à y regarder de plus près, très peu de réalisateurs contemporains ont obtenu de tourner en noir et blanc : Woody Allen, Martin Scorcese et quelques autres. Je n'avais pas cette possibilité, mais oui, il est certain que ça aurait très bien rendu. Mario Bava a fait un usage aussi intéressant que personnel de la couleur mais je préfère néanmoins son MASQUE DU DÉMON (1960) ou bien LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP (1963), tous deux tournés en noir et blanc, ou encore LES VAMPIRES (1956) de Riccardo Fredda, terminé par Mario Bava et dont la photographie en noir et blanc était également formidable.

Qui a eu l'idée du film ?

C'est moi qui l'ai proposé. Aucun producteur ne connaissait l'existence de Guido Crepax. Et ça n'a pas été facile, Crepax ne jouissant pas de la notoriété d'un Walt Disney par exemple. Valentina est clairement une bande dessinée un peu élitiste.

Peu auparavant, Crepax a cependant déjà approché l'univers du cinéma : NEROSUBIANCO (1969), de Tinto Brass, utilise aussi des planches de Crepax entre certaines séquences.

Tout comme deux ans plus tôt DEAD STOP - LE CŒUR AUX LÈVRES (1969, titre original : COL CUORE IN GOLA. Ce film est aussi co{Photo 2 de Interview de Corrado Farina (2ème partie)} nnu sous le titre EN CINQUIÈME VITESSE) du même Tinto Brass avec Jean-Louis Trintignant : Crepax a dessiné les story-boards et Brass a entrecoupé les séquences de quelques photogrammes du story-board, ce qui était déjà un essai intéressant d'intégration de la BD.

Tinto Brass et Guido Crepax étaient amis. Tinto Brass avait déjà eu l'idée d'adapter Valentina mais avait reculé devant la difficulté de la transposition et celle de trouver un producteur. Averti de ma tentative, il m'avait alors souhaité bonne chance.

Au générique de Baba Yaga, on relève une compagnie de production française. Or le film est resté inédit en France. Pourquoi ?

Le producteur français n'a rien fait, sauf demander que l'héroïne soit jouée par une actrice française. Sans en connaître le montant, je ne crois pas que la contribution financière française ait été déterminante.

On a hésité entre Isabelle De Funès et une actrice italienne et le choix s'est fait sur base de cette exigence française. A mon sens, Isabelle De Funès n'a pas réussi à vraiment recréer le personnage de Crepax, même si sa prestation était assez bonne.

Quels étaient vos rapports avec les comédiens ?

J'ai gardé de bons souvenirs du tournage avec Isabelle de Funès et Caroll Baker, même si cette dernière ne correspondait physiquement pas à Baba Yaga, car elle était trop solaire et américaine, handicap qu'elle a cependant surmonté grâce à son talent d'actrice. Sa prestation fonctionne bien dans la première partie du film mais j'en suis mo{Photo 3 de Interview de Corrado Farina (2ème partie)} ins satisfait dans la seconde, suite à mon choix de la faire apparaître à partir de ce moment avec un maquillage moins élaboré. Il aurait été mieux de la conserver élégante et sophistiquée jusqu'au bout. Cependant, rétrospectivement, il est difficile de juger de tels choix.

Georges Eastman sortait quant à lui de sa période de westerns spaghettis. Comme je n'en voyais alors aucun, je ne le connaissais pas. Mais après l'avoir rencontré, il m'a semblé convenir pour le personnage d'Arno Treves. Georges Eastman a par la suite été récupéré par un cinéma plus sérieux grâce à Pupi Avati. Il avait un physique peu facile à utiliser à cause de sa carrure. Il a aussi connu une renommée certaine avec des films d'horreur comme l'ANTHROPOPHAGOUS (1980) de Joe d'Amato.

Comment s'est déroulée la sortie en Italie ?

Le film a échoué au box office. Le problème vient en partie de ce que sa distribution a été confiée à un petit distributeur dont les affaires périclitaient. Dès lors, en dépit d'une sortie nationale, le nombre de copies était insuffisant et le film n'a pas eu le temps de trouver son public. Il a alors été rapidement déprogrammé et oublié car à l'époque, un film ne vivait que par la projection en salle. Personne n'imaginait l'arrivée quelques années plus tard de la VHS et des capacités de relance qu'elle engendre.

Une part de l'insuccès tient aussi au peu de cas que fait le public italien du genre fantastique. BABA YAGA n'est sorti qu'en Italie où il n'a donc eu aucun succès, scellant défin{Photo 4 de Interview de Corrado Farina (2ème partie)} itivement ma carrière de réalisateur de longs métrages de fiction. Il a aussi été vendu aux USA mais je n'en connais pas la carrière. Elle n'a pas dû être extraordinaire, sinon j'aurai pu rebondir par ce biais. Une anecdote cependant : le distributeur américain a confondu deux films de son catalogue et a présenté BABA YAGA comme une réalisation d'Umberto Lenzi.

Qu'a pensé Crepax du film ?

Il m'a écrit une lettre très amicale, publiée sur mon site web, où il indique les parties dont il est satisfait et celles où il estime que le résultat n'est pas ce qu'il aurait dû être.

S'agissant d'une adaptation de bande dessinée érotique, voire fétichiste, avez-vous rencontré des problèmes de censure ?

La censure d'état n'a pas coupé grand-chose : à peine deux très brefs plans de nus. Par contre, mon premier montage n'a pas satisfait le producteur qui trouvait le résultat trop intellectuel et trop lent. Sans rien me dire, il a fait procéder à un remontage et quand je l'ai appris, j'ai dû élever la voix pour obtenir qu'on me confie à nouveau le négatif. Je ne suis cependant pas arrivé à recréer ce premier montage et j'ai donc monté une troisième mouture de BABA YAGA, plus courte que la première mais plus conforme à mes intentions que le second montage et c'est cette troisième version qui a été exploitée en salle.

Tout récemment, en Angleterre, l'éditeur Shameless vient de sortir un dvd qui réintègre d'une part les deux plans de nus coupés par la censure à l'époque et d'autre part deux séquences qu'à l'époque j'avais omis de réinsérer dans mon montage final. Une sort de « director's cut », si vous voulez. .

Pouvez-vous nous parler de la bande sonore, signée du célèbre compositeur Piero Umiliani ?

Je me suis contenté de donner à Piero Umiliani quelques indications générales sur la direction que j'entendais donner au film. Je lui ai aussi demandé d'utiliser du saxophone. J'aime beaucoup ses compositions dont je souhaiterais qu'elles soient éditées, aucun album n'ayant à l'époque été publié.

Auriez-vous envie de vous relancer dans la réalisation de longs métrages de fiction ?

Oui, mais c'est extrêmement difficile de trouver des producteurs. En outre, pour le cinéma de genre, c'est d'autant plus difficile que la production actuelle est aux mains soit de la télévision, soit de structures étatiques, toutes deux peu enclines à produire ce type de films. Depuis quelques années, je transforme mes sujets de films en romans édités dans de petites structures et tirés à environ 1000 exemplaires.

Pour suivre la carrière de Corrado Farina, cliquez ici ou ici

Baba Yaga a été chroniqué dans Sueurs Froides n°30, disponible en PDF en téléchargement gratuit sur le site de Sin'Art ici

Propos recueillis par Philippe Delvaux - merci au festival Offscreen et à Corrado Farina


Philippe Delvaux
22/12/2009
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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