Jean Rollin, le rêveur égaré


ORIGINE
France
Jean Rollin, le rêveur égaré Affiche

ANNEE
2011
REALISATION

Damien Dupont et Yvan Pierre-Kaiser

INTERPRETES
Jean Rollin
Jean-Pierre Bouyxou
Philippe Druillet
Brigitte Lahaye
Pete Tombs
Ovidie...
AUTEUR DE L'ARTICLE: Alexandre Thevenot
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Critique Jean Rollin, le rêveur égaré
{Photo 1 de Jean Rollin, le rêveur égaré} Damien Dupont et Yvan Pierre-Kaiser ont insisté sur le fait que ce documentaire est né d'une envie progressive : redécouvrir l'œuvre et retracer le parcours de Jean Rollin, après l'avoir rencontré et suivi sur plusieurs années. Le film prend la forme d'une biographie chronologique. De la naissance de Jean Rollin, son éducation au sein d'un milieu intellectuel fort et sa propension à lire des romans noirs ou des feuilletons, à voir des films avec Eddie Constantine jusqu'à ses maladies et son envie de refaire des films pendant les années 2000, le film évoque les réussites et déboires de quelqu'un qui n'a jamais su se fondre dans le moule, mais qui est toujours parvenu à tourner, tout en suivant les évolutions conjointes de la société et du cinéma.

Une voix off opère des transitions ou introduit les différents intervenants tout au long du documentaire qui est presque exclusivement constitué par alternance des discours d'amis ou de collaborateurs du cinéaste. Ainsi nous entendons très régulièremen{Photo 2 de Jean Rollin, le rêveur égaré} t ses amis Jean-Pierre Bouyxou, Philippe Druillet, une de ses actrices fétiches, Brigitte Lahaie ou encore l'anglais Pete Tombs, témoignage d'outre manche et vision analytique de l'œuvre du cinéaste.

L'intérêt et la réussite du documentaire, outre sa pertinence au montage et sa façon d'aborder les différentes étapes de la carrière du cinéaste, tient dans sa capacité à s'adresser autant au néophyte de Jean Rollin qu'à ses fans. Derrière des éléments biographiques qui peuvent être déjà connus de certains il y a toujours quelques anecdotes sympathiques ou intéressantes à apprendre.

A ce titre, Philippe Druillet évoque le tournage du VIOL DU VAMPIRE, l'attitude lunaire de Rollin, l'amateurisme du tournage qui les obligea à tourner chaque plan dans l'ordre chronologique de conception (imaginez les scènes de dialogue!) ou encore le tournage de nuit avec quelques lampes au magnésium faute d'un budget plus élevé. Sans compter l'ajout d'un deuxième court métrage à la suite du premier pour en faire un{Photo 3 de Jean Rollin, le rêveur égaré} long métrage.

Aussi, Jean Rollin explique précisément que les boîtes de L'ITINERAIRE MARIN ont été incinérées par inadvertance à cause de stagiaires au début des années 2000, après plus de trente ans d'oubli. Acte assez rageant qui rappelle, ô combien, que la vie est semée d'embûches et de conséquences incompréhensibles. Ce premier film inachevé aura permis quand même de réaliser LE VIOL DU VAMPIRE et de connaître un succès en partie lié à mai 68, puis d'emmener Jean Rollin dans une direction qu'il n'avait pas un instant imaginée mais dont l'univers à construire lui conviendrait très bien : atmosphère fantastique et érotisme.

Si le passage par le cinéma pornographique se révéla décevant pour lui, Bouyxou avance dans le documentaire l'idée que s'il n'avait pas très vite baissé les bras, il aurait pu livrer quelques uns des films pornographiques les plus intéressants de la production française. Hypothèses valables mais qui ne retire en rien le fait que les films de Jean Rollin les plus réussis son{Photo 4 de Jean Rollin, le rêveur égaré} t ceux où l'érotisme ne tombe pas dans la vulgarité, ou ne devient pas le sujet même du film.

Le documentaire est habile dans son propos et évite de cantonner Jean Rollin à n'être qu'un tâcheron du cinéma comme on a pu souvent l'entendre dire par ses détracteurs (mauvais films d'exploitation, voire nanars). Le film le réhabilite à sa juste valeur en véritable poète de l'image. C'est même dans sa conception des films, que le réalisateur se révèle le plus intéressant : la pureté de l'idée prime sur la qualité, les plans tournés ne font guère l'objet d'une deuxième prise. D'ailleurs il dit clairement que quand la scène est jouée, tournée, le moment et l'idée sont passés ; il ne peut en être autrement . Autrement dit, c'est l'inspiration qui guide la réalisation du film, autant celle du cinéaste que celle des acteurs. Le titre du documentaire prend alors tout son sens ; les films de Jean Rollin sont des rêves imprécis, imparfaits, poétiques mais toujours évocateurs.

Enfin, si ses premiers films d'horreur sont évoqués (LES RAISINS DE LA MORT, LE LAC DES MORTS-VIVANTS, LA NUIT DES TRAQUEES), il n'est fait nulle mention de films tels LES PAUMEES DU PETIT MATIN, LES TROTTOIRS DE BANKCOCK ou de KILLING CAR. Ces films méritaient une mention, même s'ils ne sont pas d'une qualité extraordinaire ! Le documentaire suggère seulement une période creuse accaparée par l'écriture à laquelle Jean Rollin s'est mis tardivement avant les derniers films qui reparcourront de façon très intime son passé.

Il aurait été intéressant d'en voir un peu plus sur les conditions de travail et la façon dont Jean Rollin s'organisait, d'autant plus qu'il a été filmé sur le tournage du MASQUE DE LA MEDUSE. Cela dit, de nombreuses informations concernant sa manière de travailler sont évoquées dans le film par les intervenants.

Ceci n'entérine en rien la qualité d'un documentaire qui allie biographie et analyse d'un cinéaste hors norme dont la reconnaissance en France est en voie d'accomplissement. Un hommage juste et touchant.

Alexandre Thevenot
05/03/2012
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