L'Homme aux Lunettes Noires


ORIGINE
France
L'Homme aux Lunettes Noires Affiche

LITTÉRATURE
ANNEE
1971
AUTEUR
Dominique Rocher
Critique Littéraire L'Homme aux Lunettes Noires
Dominique Rocher fit partie dernières recrues de la collection Angoisse du Fleuve Noir, comme Agnès Laurent ou les vieux pros de l'écriture Pierre Pelot et G.J Arnaud. Comme Agnès Laurent, ou avant elles José Michel, Dominique Rocher privilégia le thriller parfois teinté de fantastique au pur roman d'épouvante, plongeant ainsi la collection dans la modernité, à de lieues de Benoît Becker ou Maurice Limat, qui recyclaient avec talent les mythes de Frankenstein, ou du vampire, entre autres exemples. Marc Agapit était un cas à part.

Dominique Rocher écrit aujourd'hui encore des romans policiers. L'auteure semble très appréciée des dynamiques éditions Rivière Blanche qui ont réédité en un seul volume deux Angoisse, HUMEUR ROUGE et cet HOMME AUX LUNETTES NOIRES.

Malgré un style souvent saccadé, aux phrases trop courtes, qui rend parfois la lecture un peu difficile, Dominique Rocher n'en fut pas moins un auteur attachant de Angoisse. Sixième de ses romans, L'HOMME AUX LUNETTES NOIRES est là pour le prouver.

On se croirait par moments dans un giallo de la fin des années 60, à base de machination, mais avec un seul meurtre.

L'héroïne veut quitter mari et enfant pour s'enfuir en Inde avec son amant. Son mari, qui a découvert le pot aux roses, croit la tuer alors qu'il assassine en fait la bonne du couple, sa propre maîtresse ( !). Seule en Inde (son amant est retenu par l'enterrement de sa mère), perdue en terre étrangère, dans un pays qu'elle ne connaît ni ne comprend, la narratrice semble suivie, épiée, parun mystérieux homme aux lunettes noires. Elle devient paranoïaque, persuadée que son mari lui a collé le meurtre sur le dos et qu'elle est traquée par Interpol. S'ajoute à ses doutes la prophétie d'une gitane qui lui a promis bien du malheur. Bientôt elle se méfie même de son guide, qu'elle imagine à la solde de la police.

Dominique Rocher a très intelligemment choisi un personnage principal peu sympathique, hyper égoïste (elle abandonne son enfant sans hésitation même lorsqu'il a besoin d'elle pour une greffe). Ses rapports avec les Indiens la montrent aussi sous un jour peu reluisant, méprisante envers les pauvres et d'un racisme condescendant - celui de l'occidental qui sait tout, a raison sur tout. Incapable de s'adapter à une autre culture (alors qu'elle désire vivre là-bas), c'est aussi pour cela que sa virée indienne tourne au cauchemar éveillé.

Les deux longs chapitres qui illustrent ses déambulations à New Delhi sont superbes, avec des descriptions sordides (blessé à demi dévoré par un rat, cadavre de vache en train de pourrir...) Le style de Rocher, globalement efficace mais assez plat, s'y fait très fort. Elle s'y montre au meilleur de sa forme comme si elle n'avait rédigé le roman que pour ces délires d'une femme seule en proie à la paranoïa la plus noire. On pense au CHANT DE KALI de Dan Simmons, pour ces passages, proximité géographique oblige. Le mystère bat son plein jusqu'à un final nettement plus fantastique qu'on ne l'envisageait jusque-là.

Dominique Rocher mérite vraiment, comme s'y emploie Rivière Blanche, qu'on la sorte du relatif oubli qui est le sien. Pas un génie, pas un auteur culte du Fleuve noir, mais un vrai écrivain qui a souvent brillé dans ses Angoisse : LA CLINIQUE DE LA MORT était très bon aussi.

« J'avance avec précaution dans la ruelle (...) A l'aide de mon éclairage, je fouille l'obscurité environnante.

Un ruisseau suinte visqueux, charriant une boue noire et malodorante.

Je continue d'avancer, mon mouchoir sur le nez. La venelle doit être infestée de vermine.

A chaque instant, je m'attends à sentir, contre mes jambes, le contact répugnant d'un rat. (...)

Et si quelqu'un m'agressait, soudain ? » (P. 149)

Dépaysement garanti, qui évoque aussi certaines descriptions de Henri Vernes pour ses Bob Morane asiatiques.

Patryck Ficini
22/06/2012
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Sueurs Froides.fr > Critique > Chroniques Infernales
AUTEUR DE L'ARTICLE: Patryck Ficini
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