L’ombre du mal

The raven


ORIGINE
USA
L’ombre du mal Affiche

ANNEE
2012
REALISATION
James Mc Teigue
INTERPRETES
John Cusak
Luke Evans
Alice Eve
Critique L’ombre du mal
{Photo 1 de L’ombre du mal} Les quelques jours précédant la mort d'Edgar Allan Poe restent un mystère pour ses biographes, de même d'ailleurs que la cause exacte de son décès. Aussi le réalisateur James McTeigue (V POUR VENDETTA, 2005) entend-il faire toute la lumière sur ce décès. Pas de doute, dans ses derniers jours Edgar Allan Poe a été mêlé à une enquête voyant la police tenter de retrouver un serial killer dont le mode opératoire suit les trames décrites par le nouvelliste dans ses œuvres. Et Poe est d'autant plus intéressé à cette enquête que le tueur a menacé de s'en prendre à la femme dont il est épris.

Distrayant, mais vain et mal scénarisé.

On suit sans déplaisir les aventures de l'écrivain, certes. Mais sans passion non plus.

En cause, un Edgar Allan Poe vidé de sa substance vénéneuse, réduit ici à un simple enquêteur. Le personnage n'est guère plus qu'une coquille vide. On ne lui sent pas réellement de vie ni surtout d'épaisseur.

Le second problème est celui du scénario. Nous sommes dans un whodunit. Il faut donc en même temps que les protagonistes remonter la trace du tueur et tenter de le percer{Photo 2 de L’ombre du mal} à jour. Certes, le scénario nous pousse à soupçonner consécutivement deux suspects parmi les personnages principaux, mais ceux-ci sont ensuite disculpés en cours de route. Jusque là, pas de problème, c'est tout le plaisir de la fausse piste. Mais celui-ci ne tient que si par après la révélation du coupable est à la hauteur des circonvolutions qui nous ont menés à lui. In fine, son identité doit donc nous surprendre tout en restant parfaitement logique et doit être annoncée par des petits détails émaillant l'intrigue. Or, ici, le tueur est un deus ex-machina de la pire espèce, un falot que rien dans le déroulé des événements n'a amené dans le film. Il aurait sans problème pu être remplacé par n'importe quel autre quidam de Baltimore à qui on aurait pu coller une motivation identique. Et quelle est-elle, cette motivation ? [ATTENTION, SPOILER] Si pauvre : un fan de Poe veut lui rendre son génie créatif en l'obligeant à écrire de nouveaux chefs d'œuvre. C'est tout ? C'est tout ! C'est surtout peu. Sachant qu'Edgar Allan Poe professait la théorie de l'effet, suivant laquelle tous les éléments du text{Photo 3 de L’ombre du mal} e doivent concourir à la réalisation d'un effet unique, cette pauvreté scénaristique sourd avec encore plus d'amertume.

Le père de la littérature d'horreur américaine a été adapté de maintes fois au cinéma. On compterait près de 250 films tirés de ses écrits à ce jour.

La tradition gothique connait quant à elle des vagues et des reflux. Le cinéphile évoque l'âge d'or de la naissance des mythes au sein des studios Universal dans les années '30. Vient ensuite la Hammer à la fin des années '50 qui développe le genre dans un nombre impressionnant de productions, lesquelles seront d'ailleurs dès les années '60 réinterprêtées avec succès par Roger Corman aux Etats-Unis et par le courant du gothique italien initié par LE MASQUE DU DÉMON de Mario Bava. Plus récemment, l'œuvre de Tim Burton baigne elle aussi dans le gothique et le réalisateur nous a d'ailleurs livré un SLEEPY HOLLOW qui, sous ses atours fantastiques, se rapproche de L'OMBRE DU MAL (THE RAVEN). Peu avant la sortie du film de Mc Teigue, la Hammer s'en revenait aux affaires, après une trop longue éclipse, pour THE WOMAN IN BLACK, dont{Photo 4 de L’ombre du mal} le succès au box office devrait relancer et la compagnie et le genre en général. Reste que pour l'horreur gothique, on préfèrera FROM HELL à THE RAVEN. Notons enfin que Francis Ford Coppola, jadis réalisateur de DRACULA, retourne lui aussi au gothique avec un TWIXT qui fait côtoyer des séquences poignantes - l'accident de la fille du héros renvoie au décès du fils du réalisateur - à d'autres confondantes de ridicules. TWIXT met en scène les rêveries d'un écrivain alcoolique qui rencontre le fantôme d'Edgar Allan Poe, lequel le mettra sur la voie pour résoudre le crime d'un serial killer. On le voit, TWIXT et THE RAVEN partagent certaines similitudes.

Dans THE RAVEN, on assiste cependant à l'étrange mélange du gothique 19e siècle avec certains des codes du torture porn : si on montre peu les tortures en elles-mêmes, exception faite de celle de la hache, la caméra s'arrête en revanche complaisamment sur les cadavres mutilés.

Pour l'anecdote, THE RAVEN a eu l'honneur d'ouvrir le trentième Brussels International Fantastic Film Festival (BIFFF), inauguré par Barbara Steele... qui 50 ans plus tôt jouait dans La CHAMBRE DES TORTURES (LE PUIT ET LE PENDULE - THE PIT AND THE PENDULUM) de Roger Corman et dans une tripotée de gothiques anglais et italiens. Le corbeau est également le prix attribué par le BIFFF au gagnant de la compétition. Et « jamais plus » (en anglais, « Nevermore », qui ponctue le poème d'Edgar Allan Poe) est une des répliques scandées par le public en ouverture de chaque film, en référence à une vieille bande annonce qui répétait à l'envi « Tuer encore ? Jamais plus ». On comprend donc pourquoi THE RAVEN a ouvert le BIFFF 2012.

Parfaitement adapté pour le lancement du BIFFF, THE RAVEN peinerait nous séduire dans un autre contexte pour les raisons évoquées ci-dessus. Il sort cependant en salle en France et en Belgique en juin 2012, sous le titre L'OMBRE DU MAL. Le changement de titre aurait-il pour but d'éviter la confusion avec LE CORBEAU de Georges Henri Clouzot (1943) ?

Moins qu'un film, L'OMBRE DU MAL se contente d'être un produit.

« Nevermore » ? S'il le dit...

Retrouvez nos chroniques du BIFFF 2012.

Philippe Delvaux
02/05/2012
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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