La nuit a dévoré le monde


ORIGINE
France
La nuit a dévoré le monde Affiche

LITTÉRATURE
ANNEE
2012
AUTEUR

Page Martin

AUTEUR DE L'ARTICLE: Angélique Boloré
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Critique Littéraire La nuit a dévoré le monde
La nuit a dévoré le monde

La Nuit a dévoré le monde, voilà un titre ô combien prometteur. Dans le même esprit, la couverture de Marcus Palmgren, mystérieuse, inquiétante, avec cet homme en chemise blanche et pantalon noir qui chute longuement tête la première, allèche le lecteur et rend véritablement hommage au contenu du roman... qui s'avère effectivement sombre et captivant.

Antoine, bienveillant auteur de romans à l'eau de rose, est invité par une amie à une soirée privée plutôt mondaine. Finalement assez solitaire voire asocial, il se saoule et s'endort dans une chambre du fond. Quand il émerge de son lourd dodo alcoolisé, l'appartement est totalement silencieux, arrosé de sang, gardé par un cadavre sans tête, repeint avec des morceaux de chair gluants, des poignées de cheveux sanglants. Antoine se précipite au balcon et de là, il voit. Le monde tel qu'il le connaît est en train de disparaître sousles coups de butoir d'une guerre perdue d'avance entre les hommes et des hordes de zombies. Depuis l'immeuble cossu de Pigalle qu'il a transformé en arche pour son seul bénéfice, il assiste, impuissant et abasourdi, à la tragique chute de l'humanité.

Loin d'autres récits mettant en scène des hommes hors du commun aux prises à une invasion de zombies moches et affamés, il est nulle question ici d'actes héroïques incroyables, de courses intrépides et victorieuses, d'enfants sauvés des bouches goulues et putrides, de belles et sexy inconnues arrachées aux mains avides et putrescentes. Non, le héros de l'histoire est seul, seul avec ses pensées, seul avec sa solitude, seul avec le lecteur.

Dans un style épuré et efficace, avare de mots mais prolixe en pensées, La Nuit a dévoré le monde expose avec lucidité les questions existentielles d'un homme qui, avant que le monde bascule, était déjà peu à l'aise au milieu de ses semblables, posant sur eux un regard sans concession. Notre héros, pas forcément très attachant, livre au lecteur ses angoisses, ses critiques, son malaise passé d'être un homme au milieu des autres hommes de si peu de valeur. Le lecteur reçoit ainsi tout un tas de réflexions aussi clairvoyantes que gênantes sur la place de l'homme, son inhumanité, son manque de considération pour tout ce qui n'est pas lui, comme la nature, la Terre, voire tout ce qui peut le gêner, même ses semblables ou la notion de bien et de mal.

[...] Les zombies arrivent au moment juste. C'était leur tour d'entrer sur scène. Ils viennent terminer la destruction de l'humanité que nous avions commencée avec les guerres, la déforestation, la pollution, les génocides. Ils réalisent notre plus profond désir. Notre propre destruction est le cadeau que nous demandons au Père Noël depuis la naissance de la civilisation. Nous avons enfin été exaucés. [...]

Mais sans tomber dans l'autodafé intellectuel, l'auteur parsème ses réflexions d'une action qui permet au lecteur de progresser dans le récit, même si cette action se révèle assez lente et très introspective. L'auteur parle d'émotions, de peurs, de la solitude. Il utilise pour cela des images fortes et inédites, qui marquent le lecteur durablement. Oui, après avoir refermé le livre, des effets restent, des effets auxquels le malheureux lecteur n'avait jamais pensé et qui donnent tout son singulier intérêt au livre. Il est à peu près certain que l'homme, être fondamentalement social malgré tout, négociera mal sa solitude. La folie représente le mortifère danger que chacun perçoit naturellement... mais il n'est pas le seul en réalité. Avant que l'auteur ne le dise, on n'avait jamais imaginé que, au chanceux survivant, la solitude pèserait tellement, aussi totalement, aussi désespérément, au point de pousser le personnage à faire ce qu'il fait... et qui tombe sous le sens quand on le lit. Cette scène particulière, alliant désespoir morbide et froide lucidité, est un pur moment d'épouvante brute lentement, patiemment amenée par l'auteur à la conscience du lecteur. Cette scène se révèle remarquable, oui, mais il y en a bien d'autres d'égale valeur émotive. C'est dans cette peinture de sentiments et d'émotions exacerbés que réside la grande force de La nuit a dévoré le monde.

« Homme, qui es-tu quand la civilisation a disparu ? »

Même s'il s'avère assez court (deux cent vingt pages), La Nuit a dévoré le monde livre un récit engagé qui remet l'homme à sa place, questionne son arrogance, dénonce sa nocivité pour toutes les autres créatures à travers la terrifiante peinture en mots d'un monde rempli de vide et de solitude. La Nuit a dévoré le monde de Martin Page, du bien bel ouvrage !

Angélique Boloré
23/08/2017
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