La papesse

A woman possessed
I noti erotici della papessa Jezial


ORIGINE
France
La papesse Affiche

ANNEE
1975
REALISATION

Mario Mercier

INTERPRETES
Jean-François Delatour
Geziale
Lisa Livane
Erika Maaz
Critique La papesse
{Photo 1 de La papesse} Aline et son mari Laurent vivent mal leur relation conjugale. Elle lui reproche de ne se préoccuper que de magie au lieu de chercher à faire vivre le couple dans un domicile décent. Laurent rétorque qu'il préfèrerait la quitter plutôt que d'abandonner sa quête initiatique. Il part donc rejoindre une prêtresse au service de la sorcière Geziale pour être initié. Laurent va devoir subir diverses épreuves pour pénétrer le cercle. Aline finira par le rejoindre, à contrecoeur. Tandis que Geziale, dite « La Papesse », veut un enfant de Laurent, Aline se rebelle. Qui Laurent choisira-t-il ?

Jean Rollin fricotant avec Alexandre Jodorowski, voilà l'image qui nous vient à l'esprit à l'évocation de cette papesse. Du second, on retrouve l'obsession du magique et de l'initiatique, une quête ésotérique que n'aurait pas renié un Corto Maltese. Du premier, on retrouve le fatras visuel et l'érotisme morbide, confinant à la série Z, mais que chacun appréciera selon son degré d'affinité avec ce type de cinéma.

Mario Mercier n'a fait qu'une brève carrière de trois films, La Papesse étant sa dernière incursion à la réalisation. En cause, l'insuccès du film, causé selon les dires de son auteur, par la chape de censurelui ayant infligé une cote X qui lui interdisait l'accès aux salles normales, tandis que le circuit spécialisé refusait de même ce titre puisqu'il n'était pas pornographique. Une histoire qui trente cinq ans plus tard a bien failli se répéter pour Martyrs, soit dit en passant.

Il n'y a guère d'histoire : tout le film tient sur le parcours initiatique de Laurent et Aline. A cela se greffe les pérégrinations chahutées de leur couple et la tension entre Geziale et Aline. Le climax survenant avec une scène de sabbat au deux tiers du métrage, le rythme fléchit ensuite légèrement, mais rien de bien grave. Le jeu d'acteurs est limité, l'interprétation parfois hasardeuse, mais ce type de défaut passe relativement bien dans le contexte d'une féerie noire. La photographie et le cadre sont soignés, tout comme le montage. Et surtout, dans le contexte d'une série B, l'ensemble est un régal visuel. Et même si certains effets et propos ont vieilli, on ne peut qu'admirer l'audace dont a dû faire preuve à l'époque Mario Mercier.

Une critique de film n'offre que ce que son auteur a à dire dans les limites de son champ de compétence. Aussi s'abstiendra-t-on de juger de la véracité des reconstitutions de pratiques magiques. Mario Mercier précisait lors de sa présentation s'être documenté, avoir fait appel à un conseiller au fait de la matière et signale qu'une partie du casting était composé « d'initiés ». On rappellera que Mario Mercier a par la suite réorienté sa carrière dans l'écriture pour de nombreux ouvrages ayant trait à la spiritualité.

Mais si les champs de la sorcellerie nous restent étranger, il nous est plus aisé d'évoquer l'érotisme. Car s'il n'est pas pornographique, La papesse est incontestablement érotique. On relève à ce titre que la sorcellerie s'accommode fort bien de l'attirail SM et des pratiques de domination : fustigation, croix de Saint André, baisage des bottes, duel au fouet... ne sont que quelques exemples. Tout le film fourmille d'un érotisme clairement sado-masochiste. Alors, est-ce la sexualité débridée, l'amoralité ou les sacrements sorciers qui ont valu au film ses difficultés d'exploitation ?

En tous cas, même si aujourd'hui les raisons de s'offusquer ont toutes disparues, on comprend qu'elles aient à l'époque produit leurs effets. Mario Mercier a multiplié les offenses : à la religion (une hostie noire, la flagellation de trois crucifiées évoquant le Golgotha, un sorcier àl'allure christique...) et aux bonnes mœurs : nombreuses scènes de nudité, d'orgie, de sabbat, de bestialité, d'humiliation (la femme rabaissée à la truie), etc. Et bien entendu, l'horreur qui a toujours fait sourciller les censeurs : ne citons que la scène d'ouverture avec des serpents répandus sur un homme enterré dont seule la tête émerge.

La Papesse a été présenté à l'Etrange festival 2009 devant une assistance régulièrement hilare, au grand dam de son réalisateur qui, très dépité, a même fini une fois la projection termineé par interroger l'audience sur les raisons de son rire. Cette anecdote montre bien que la réception d'une œuvre change radicalement en fonction de l'époque. Une œuvre se situe dans le contexte de son temps. Ultérieurement, elle peut ou non garder sa pertinence mais le regard sur elle posé sera de toute manière différent de celui de ses premiers spectateurs.

Et quelque part, l'hilarité de La papesse signale la victoire de Mario Mercier, même s'il ne la perçoit pas. Car, en ayant voulu faire une œuvre choquante, puis en ayant effectivement choqué à sa sortie, l'intention est bien de faire bouger la société. Et le rire de la génération suivante signale bien que le choc a finalement été absorbé et que la société a accepté ce qu'elle refusait catégoriquement auparavant. Le premier degré résolument affiché par la réalisation ne tient donc plus la route pour le regard du spectateur contemporain qui chausse dès lors les lunettes du second degré.

Les raisons de rire de films du passé peuvent être multiples : on peut certes se gausser du ratage d'un métrage, mais aussi du décalage induit par le temps (c'est le cas ici : vouloir choquer avec sur un sujet entre-temps accepté), ou des techniques narratives et cinématographiques. Ainsi, la disparition dans les années '80 de la production « populaire » et de « série B » destinée aux salles a rendu caduc un gigantesque pan du cinéma. La génération qui redécouvre ces pellicules s'amuse de codes évaporés depuis longtemps. Enfin, quelques savoureuses répliques ne laissent pas de glace, telle Geziale parlant avec Laurent et traitant de « pauvre conne » Aline ... en sa présence.

L'un dans l'autre, quel que soit le degré avec lequel vous voudrez prendre cette papesse, nous vous accordons notre bénédiction... et notre « indulgence », papale, cela va sans dire, s'il vous prenait l'envie de vous amuser du spectacle.

Philippe Delvaux
22/12/2009
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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