Le cimetière des morts-vivants

Cimetière pour morts-vivants
5 tombe per un medium


ORIGINE
Italie
Le cimetière des morts-vivants Affiche

ANNEE
1965
REALISATION

Massimo Pupillo

INTERPRETES
Walter Brandi
Barbara Steele
Mirella Maravidi
Alfredo Rizzo
AUTEUR DE L'ARTICLE: Alexandre Lecouffe
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Critique Le cimetière des morts-vivants
{Photo 1 de Le cimetière des morts-vivants} 1911, dans une région perdue quelque part en Europe de l'Est. Le jeune clerc de notaire Albert Kovacs est chargé de se rendre à la villa Begrovitz, un manoir isolé, pour y régler une affaire de testament. Il y apprend que son client, le docteur Jeronimus Hauff, est décédé depuis un an à la suite d'un accident mais aussi que l'homme était versé dans les sciences occultes et qu'il aurait eu le don de communiquer avec les morts. Cleo, la seconde épouse du médium et Corinne, sa charmante fille, révèlent aussi à Kovacs que le manoir a été bâti sur les vestiges d'un lazaret abritant des pestiférés. Plus inquiétant encore, le notaire découvre que deux personnes présentes le soir du décès du docteur Hauff sont mortes ensuite de façon plutôt suspecte. Le médium serait-il toujours en vie ou bien exercerait-il une vengeance d'outre-tombe ?

Premier long métrage de Massimo Pupillo, LE CIMETIERE DES MORTS VIVANTS est une petite production italo-américaine conçue dans le but doublement commercial de voguer sur les succès du gothique finissant et d'être exploité en « double programme » avec une bande plus racoleuse, en l'occurrence le délirant et coloré VIERGES POUR LE BOURREAU, tourné à la suite du premier en quelques jours par le duo Massimo Pupillo/Ralph Zucker (producteur principal et responsable de quelques scènes add{Photo 2 de Le cimetière des morts-vivants} itives « gore » pour le marché américain). Le réalisateur italien dont on a longtemps pensé qu'il se cachait derrière le pseudonyme de Ralph Zucker, tourna même un troisième film en cette année 1965, le difficilement visible LA VENGEANCE DE LADY MORGAN avec Erika Blanc. Il abandonnera ensuite le fantastique, abordera le nouveau genre à la mode, le western (DJANGO LE TACITURNE, 1968) avant de disparaître à peu près complètement des écrans au début des années 70.

Contrairement à la grande majorité des films appartenant à l'âge d'or du fantastique italien (1956-66), LE CIMETIERE DES MORTS VIVANTS ne prend pas pour cadre temporel une époque propice au développement d'une imagerie et d'une intrigue gothiques puisqu'il situe sa diégèse au début de l'ère moderne, caractérisée entre autres ici par la présence d'automobiles et de téléphones ; adieu alors diligences silencieuses et taciturnes messagers...La présence d'objets contemporains revêt une grande importance pour le développement de l'intrigue puisque c'est par le biais d'un phonographe et de son contenu que nous entrerons dans une dimension fantastique. C'est en effet sur cet appareil que le notaire-apprenti détective de l'étrange découvrira un message enregistré par feu le docteur Hauff dans lequel ce dernier révèle qu'il est parvenu à entrer en contact ave{Photo 3 de Le cimetière des morts-vivants} c les victimes de la peste moyenâgeuse. Le phonographe et la rotation de son cylindre permettent symboliquement de faire le lien avec le passé et de comprendre la nature cyclique de ce dernier dont les traces maléfiques sont si profondes qu'on ne peut les faire disparaître. Il s'agit là certainement du thème central du film qui va s'évertuer à faire naître la tension dramatique et son corollaire d'éléments fantastiques dans une série de séquences où passé et présent se croisent, se touchent puis s'entrechoquent. Optant pour une approche suggestive et assez subtile pour faire naître l'inquiétude puis la peur, LE CIMETIERE DES MORTS VIVANTS (le titre français est largement mensonger, on lui préfèrera sa traduction littérale, CINQ TOMBES POUR UN MEDIUM) va axer son dispositif sur la frayeur auditive, multipliant sons, bruits et voix mystérieuses pour y parvenir. Les échos du passé vont alors progressivement contaminer puis envahir l'univers contemporain et fissurer son édifice emblématique, le majestueux manoir qui s'avère être une sorte d'extension matérielle de l'esprit du défunt médium. Ce dernier, personnage clé de l'histoire, bien que physiquement absent, se manifeste par le biais de sa voix (enregistrée puis provenant d'outre-tombe) tout comme les éléments essentiels de l'intrigue se feront entendre des prot{Photo 4 de Le cimetière des morts-vivants} agonistes. En effet, la résonance d'une étrange comptine (rappelant celle utilisée dans LES INNOCENTS de Jack Clayton, 1960, auquel le film fait quelques emprunts discrets) puis le crissement récurrent de la roue d'une charrette seront deux énigmes auditives à résoudre pour abolir les forces négatives. C'est donc sur le non-visible et l'éphémère que LE CIMETIERE DES MORTS VIVANTS déroule l'essentiel de son atmosphère tout en la nourrissant de topos appartenant au gothique : malédiction ancestrale, revenants, spiritisme et morts violentes sont convoqués de façon efficace et permettent d'évoquer une ambiance et des thèmes proches de certaines nouvelles d'Edgar Poe telles que « La chute de la maison Usher » ou « La vérité sur le cas de M.Valdemar ». La tonalité fantastico-gothique apparaît assez tôt dans le métrage avec une excellente scène nocturne filmée en plan subjectif et caméra à l'épaule qui nous dépeint Corinne (la peu fascinante Mirella Maravidi) à demi-nue en proie à une attaque de revenant. Le film offre également son lot de « scènes à faire » parmi lesquelles la descente dans une crypte ou le rôle inattendu d'un domestique laid et bossu. Cependant, LE CIMETIERE DES MORTS VIVANTS évite le traitement trop cliché en situant la majeure partie de son intrigue en plein jour ou dans des intérieurs très éclairés. La belle photographie noir et blanc (due au talentueux Carlo di Palma qui changera radicalement d'atmosphère l'année suivante en travaillant sur le BLOW UP de Michelangelo Antonioni) met en avant des teintes laiteuses ou pâles qui confèrent à l'ensemble une forme de déréalisation visuellement séduisante.

Si l'on peut reprocher à ce premier essai de Massimo Pupillo de manquer souvent de rythme et de se complaire dans une ambiance un peu cotonneuse exempte de scènes graphiques ou audacieuses, le finale du film où les deux espaces-temps disjoints vont se rencontrer est un petit chef d'œuvre de l'épouvante gothique. Quant à l'immense Barbara Steele qui interprète Cleo, la seconde et infidèle épouse du docteur Hauff, elle apparaît ici les traits tirés, probablement lassée de se voir confier uniquement des rôles dans un genre cinématographique qu'elle ne supportait plus. Toujours aussi belle et envoûtante cependant, nous la voyons lors d'une courte séquence prendre un bain puis en sortir, couverte d'un drap dans le plan suivant. Selon Massimo Pupillo, plusieurs plans de l'actrice nue ou à demi-nue auraient alors été tournés et quelques rares photos de plateau semblent étayer ses propos ; malheureusement pour les cinéphiles érotomanes et fétichistes, aucune copie au monde ne contient ces plans apocryphes !

Alexandre Lecouffe
13/11/2012
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