Le Démon de Sainte-Croix

L'Etrangleur frappe la Nuit !


ORIGINE
Belgique
Le Démon de Sainte-Croix Affiche

LITTÉRATURE
ANNEE
1931
AUTEUR

Stanislas-André Steeman

Critique Littéraire Le Démon de Sainte-Croix
On étrangle à Sainte-Croix ! Qui et pourquoi ? les suspects pour le génial détective Soroge (enfin, pas si génial que ça vu qu'il n'empêche aucun meurtre ! un peu comme Dylan Dog) ne manquent pas, comme les mobiles. Superstition, magie noire, meurtres en série sont au programme !

Notre but ici n'est pas de présenter Steeman, l'autre grand du policier belge. Le lecteur curieux se reportera très utilement aux POLAROPHILES TRANQUILLES N°18 (et à son « bonus » sur internet) pour en savoir plus sur cet auteur passionnant, bien connu des lecteurs de SUEURS FROIDES pour les 3 adaptations cinématographiques signées H-G. Clouzot (dont une en tant que scénariste seulement). LES POLAROPHILES, parfois contestés notamment pour leurs positions sur Frédéric Dard, n'en restent pas moins une revue précieuse pour les amateurs.

On peut citer aussi des films comme le quasi fantastique ENNEMI SANS VISAGE, adapté du roman du même titre, ou DORTOIR DES GRANDES avec Jean Marais. Pour aller plus loin, recommandons aussi l'étude très complète de Arnaud Huftier publiée chez Encrage.

Ce qui nous intéresse ici est de revenir sur LE DEMON DE SAINTE-CROIX, quasiment un « Angoisse » avant la lettre. Un véritable roman policier d'épouvante avec tueur en série qui préfigure les Krimis allemands ou les giallos italiens, deux sous-genres cousins. Le fait que l'étrangleur du roman de Steeman marque d'un cercle rouge les maisons de ses futures victimes évoque d'ailleurs un roman célèbre du grand Edgar Wallace - qui fut parodié/pastiché par l'auteur belge avec LE LEVRIER BLEU, en 1934.

Les clins d'oeil au roman policier ne manquent pas ici : Soroge le détective du DEMON est malicieusement comparé à M. Wens, « le » grand flic créé par Steeman ; Sherlock Holmes ou Rouletabille sont cités. Plus original : Soroge est féru de roman policiers et n'a de cesse à comparer l'affaire qui l'occupe à son genrede prédilection ! « Si nous étions dans un roman policier, l'auteur... » Très drôle et même subtil, puisque Steeman prend ici un évident recul amusé avec son oeuvre

L'humour cher à Steeman (et dû ici à l'ironique Soroge confronté à des notables ridicules) n'empêche nullement une authentique atmosphère d'angoisse, voire d'épouvante, du DEMON DE SAINTE-CROIX. Le schéma est simple : meurtre-enquête-meurtre, etc... Mais il n'a pas nui à la qualité des meilleurs giallos, jamais lassants ; au contraire, cela donne même un côté franchement haletant au roman, puisqu'on attend toujours la prochaine victime !

Parler d'épouvante n'est pas exagéré. Qu'on en juge avec cette scène géniale et hyper cinématographique, P. 88 :

« A ce moment, son coeur s'arrêta de battre, la terreur le fit plier les genoux. Il voulut crier et ne le put.

Dans l'ombre d'une encoignure de porte, une ombre, plus noire, avait remué.

Et, soudaint M. Gyther sentit se nouer, autour de son cou frêle, des mains froides, molles et dures à la fois, gluantes, les mains ignobles de l'étrangleur immobile, de l'étrangleur sans visage qui, quelquefois, avait hanté ses nuits. »

Ou encore, avec celle-ci, P. 208 :

« La porte s'était ouverte toute grande, sans bruit. Une forme claire se dessina sur le fond noir de la nuit, s'avança, portée, semblait-il par un courant d'air froid... (...)

L'esprit immonde était devant lui, il n'en pouvait douter. Il reconnaissait, pour les avoir vus sur cent images, ses longs cheveux raides, ses yeux sans regard, son visage livide et ses mains maigres, brandies comme des serres. (...)

Je suis l'assassin, dit l'esprit. »

Un assassin invoqué ici par un bohémien lors d'une séance de magie noire avec chat sacrifié ! Le roman tout entier baigner ainsi dans une ambiance satanique, par ce personnage de sorcier/diseur de bonne aventure, ou comme lors de cette scène incroyable où l'assassin brûle un cierge... pour le diable !

Steeman signe ici un prodigieux roman de tueur en série avant la lettre, palpitant de bout en bout, où l'hésitation entre fantastique et réalité est permanente, un peu comme dans son ENNEMI SANS VISAGE. De même, le tueur est-il fou ou motivé par des mobiles prosaïques ? On ne le saura qu'avec l'inévitable explication finale du maître détective, garantie d'époque.

Dès 1931, Steeman, tout en connaissant ses classiques, tentait d'apporter un souffle nouveau au roman d'énigme. Nul doute que bien des « angoisseurs » du Fleuve Noir auront lu et apprécié un roman comme ce DEMON DE SAINTE-CROIX.

N.B : la lecture s'est faite avec l'édition du Livre de poche, 1973, qui reprend apparemment la version de 1931. Toujours utile à préciser avec Steeman qui n'eut de cesse de réécrire ses classiques, pour les améliorer. Pour ceux qui considèrent encore le genre policier comme de la sous-littérature mal écrite !

Patryck Ficini
31/10/2011
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Sueurs Froides.fr > Critique > Chroniques Infernales
AUTEUR DE L'ARTICLE: Patryck Ficini
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