Le manoir maudit

Metempsycho


ORIGINE
Italie
Le manoir maudit Affiche

ANNEE
1963
REALISATION

Antonio Boccaci

INTERPRETES
Marco Mariani
Annie Alberti
Adriano Micantoni
Flora Carosello
Critique Le manoir maudit
{Photo 1 de Le manoir maudit} En tombant sur LE MANOIR MAUDIT on est tenté de se dire « Cool ! Un bon vieux gothique Italien méconnu !... », avant, assez rapidement, de penser durant sa vision que tout compte fait « nous ne sommes pas forcément sur terre pour nous amuser ; et qu'à savoir souffrir un tout petit peu on en ressort grandi... »

Pourtant, on en vient à se dire à la fin du métrage qu'il y avait peut être tous les ingrédients pour potentiellement accoucher d'une petite pépite, mais la mayonnaise ne prend que trop rarement. Le scénario tiendrait certes sur le coin d'une nappe en papier de restau : Une histoire de réincarnation et de vengeance d'outre-tombe, un monstre idiot et sanguinaire (puisqu'il en fallait bien un, comprend-t-on), une enquête sur des meurtres « mystérieux » ; et une histoire d'amour qui traver{Photo 2 de Le manoir maudit} se le temps. Mais pour un peu on pourrait presque penser avec gourmandise se trouver en face d'un hybride fantastique / policier à la Gaston Leroux.

Malheureusement le trop grand nombre de raccourcis abrupts qui jalonnent l'ensemble du script laissent à penser que seul le scénariste en connait les tenants et les aboutissants... Et il omet trop souvent de nous les livrer dans leur intégralité. Il ne nous reste qu'une entrée en matière et un final intéressants, séparés par une longue partie centrale frôlant trop souvent le ridicule et l'à-peu-près, grâce en partie à des dialogues qui laissent souvent pantois.

Le film est constamment parsemé de plans d'un grande beauté, mais hélas noyés au sein de scènes plombées par cette structure scénaristique bancale et décousue. La lumière et la photogr{Photo 3 de Le manoir maudit} aphie en noir et blanc sont tout compte fait la plupart du temps de bonne facture et on sent qu'au département décors on fait ce que l'on peut avec peu. L'interprétation est inégale, souvent à l'avenant (comme probablement la direction des acteurs, pour la plupart d'authentiques « seconds couteaux » du bis Italien) mais Flora Carosello, par exemple (vue entre autres dans DJANGO et chez Fernando Di Leo), parvient à insuffler dans certaines scènes (particulièrement sur la fin) une dose de folie et de ferveur des plus convaincantes.

S'il y a une autre mouche dans le lait à relever, outre le scénario passé au blender, c'est bien la musique de Armando Sciaccia (qui a à l'occasion oeuvré pour Jess Franco). Bidouillage hétéroclite qui nous fait sans cesse osciller entre un épisode de SCOOBY-DOO (version animée) et des sonorités propres à émoustiller bon nombre de représentants de la musique électro des années 90... Le fait est qu'en étant souvent trop présente (pour ne pas dire pesante), et parfois trop en décalage avec certaines scènes, elle peut franchement finir par irriter les plus tolérants ou les plus endurcis...

Néanmoins, au bout du compte, on aura sans doute du mal à parler du MANOIR MAUDIT comme d'un « footage de gueule » intégral façon Bruno Mattei. On peut certes penser qu'il serait bon de projeter dans les écoles de cinéma VIRUS CANNIBALE, comme étant un catalogue et une encyclopédie exhaustifs de tout ce qu'il faut éviter de faire dans un film - Rien n'y manque... Mais on lorgnera plus, affectueusement, du côté de Ed Wood en voyant plutôt LE MANOIR MAUDIT comme un film qui sent bon le naufrage, mais où tout le monde semble se serrer les coudes avec un minimum d'enthousiasme, malgré le manque évident de moyens à tous les niveaux.

À ce titre et pour la petite histoire, le producteur sera également le chef opérateur du film. Le réalisateur Antonio Boccaci (qui signe ici A. Kristye) est également l'auteur du scénario et ne réalisera pas d'autre métrage. Sa carrière de scénariste se limitera à trois scripts uniquement (LE MANOIR MAUDIT y compris)... Chacun en tirera les conclusions qu'il souhaitera ; mais le film, qui n'est ni vraiment une réussite ni un véritable nanar, représentant d'un sous genre fauché et quasi clandestin à la marge des productions gothiques de Bava, Margheriti et autres, mérite peut être plus que des ricanement goguenards... À vous de juger.

Patrick Barras
13/06/2016
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Patrick Barras
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