Le Viol du Vampire : La Reine des Vampires

Queen of the Vampires
The Rape of the Vampire


ORIGINE
France
Le Viol du Vampire : La Reine des Vampires Affiche

ANNEE
1967
REALISATION

Jean Rollin

INTERPRETES
Solange Pradel
Bernard Letrou
Jean-Loup Philippe
Jacqueline Sieger
Ursule Pauly
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Chouvel, Jérôme Pottier
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Critique Le Viol du Vampire : La Reine des Vampir
{Photo 1 de Le Viol du Vampire : La Reine des Vampires} Quatre sœurs vivent dans un château partiellement en ruines situé en rase campagne. Jeunes en apparence, elles seraient âgées de plus de deux siècles, selon des légendes locales. Les habitants du village voisin sont d'ailleurs persuadés qu'il s'agit de vampires. Leur comportement est pour le moins étrange, en tous cas. L'une des sœurs craint la lumière du jour, une autre boit du sang, et une autre ne supporte pas de voir la moindre croix. Vivant en autarcie, elles passent le temps cloitrées dans le château, et sortent de temps à autres pour se prosterner devant un épouvantail aux allures d'idole païenne. Cet épouvantail semble leur parler, principalement pour leur rappeler qu'elles sont des créatures des ténèbres, et qu'elles ne doivent jamais l'oublier. Il leur annonce aussi la venue prochaine de trois étrangers, dont il faudra prendre garde.

Les étrangers en question s'appellent Marc et Brigitte, un couple ayant entendu parler de la légende des « Sœurs du Diable » lors d'une réception. Curieux de vérifier si une part de vérité se cache derrière cette fable, les amants décident de se rendre sur place, accompagnés de Thomas, un ami psychanalyste. Une fois sur les lieux, ils vont réaliser que les quatre sœurs ne sont pas un mythe. Malheureusement, l'arrivée des trois jeunes gens va bouleverser les plans d'une étrange organisation, à la tête de laquelle se trouve la Reine des Vampires. A partir de là, la destinée de Brigitte, Marc et Thomas va se retrouver mêlée à celle des quatre sœurs.

La genèse du VIOL DU VAMPIRE n'est pas des plus ordinaires. Après une série de courts métrages, Jean Rollin rencontre le scénariste belge Jean-Paul Torök (l'un des scénaristes du film de Claude Sautet, avec Patrick Dewaere, LE MAUVAIS FILS-1980). Ce dernier lui présente Samuel S. Selsky, personnage pour le moins atypique à la réputation de globe-trotter baroudeur et touche à tout. Selsky a un projet de film appelé LE DERNIER VAMPIRE, mais dont le scénario n'excède pas une heure en durée. Il aimer{Photo 2 de Le Viol du Vampire : La Reine des Vampires} ait que Rollin rallonge le film pour le transformer en véritable long métrage. Faute de moyens, Rollin compose le casting au sein de son entourage, essentiellement des artistes, comme Philippe Druillet. Ainsi va se faire le tournage du VIOL DU VAMPIRE, en bonne partie improvisé.

Les trente minutes réalisées par Rollin sont projetées à Selsky. Malheureusement, celui-ci estime que le manque de moyens est trop flagrant à l'écran. Ce côté « cheap » ne peut être associé au projet initial. D'où l'idée de faire une suite au VIOL DU VAMPIRE, afin d'avoir un long métrage totalement indépendant du premier projet.

Ainsi, prévue comme une seconde partie de film, LE VIOL DU V AMPIRE devient une première partie, rallongée d'une heure avec LA REINE DES VAMPIRES.

Ce découpage ne manque pas de donner au film un aspect hétéroclite, d'autant plus qu'un second générique vient s'intercaler entre les deux parties. Ce bouleversement oblige également Rollin à ressusciter une partie des protagonistes, qui mouraient à la fin du VIOL DES VAMPIRES. D'où l'évolution du film, entamé comme un serial sous le sceau du complot, à base de machinations et de superstitions. Une atmosphère de mystère qui bascule de l'onirisme vers le fantastique, lorsque LA REINE DES VAMPIRES prend le relais.

De ce fait, il n'est pas étonnant que le premier long métrage du réalisateur reçût un accueil catastrophique lorsqu'il fut projeté sur les écrans parisiens. D'autant plus que le hasard a voulu que LE VIOL DU VAMPIRE sorte au moment des événements de mai 1968. Cette semaine là, deux nouveaux films seulement furent présentés dans les salles, dont celui de Rollin. D'une manière générale, il fut haï des journalistes (qui ne juraient que par les films de la Universal et ceux de la Hammer) et détesté du public. Jugé incompréhensible, LE VIOL DU VAMPIRE subit un véritable tollé qui poussa quasiment Rollin à abandonner le cinéma.

Le seul point positif reste qu'il fut présenté à la commission de censure en tant que deux courts (ou moyens) métrages différents. La{Photo 3 de Le Viol du Vampire : La Reine des Vampires} censure sous De Gaulle était particulièrement sévère, mais orientée essentiellement vers les longs métrages. Beaucoup moins regardante sur les courts métrages (par manque de temps ou d'intérêt), la commission n'exigea aucune coupe, si bien que les nombreuses scènes de nudité demeurèrent de façon presque miraculeuse.

Cela dit, il serait réducteur de juger uniquement le film pour l'érotisme qui s'en dégage. Car Jean Rollin a mis dans son premier long métrage tout ce qu'il aimait, ses passions, ses influences. C'est-à-dire, pêle-mêle, la poésie de Tristan Corbière et celle de Prévert ; la peinture de Clovis Trouille ; le cinéma de Franju et Bunuel ; et aussi l'écriture de Georges Bataille et Gaston Leroux. L'ombre de ce dernier plane d'ailleurs dans tout le film, dont l'image finale de LA REINE DES VAMPIRES qui montre le héros déclamant du Leroux, en tenant sa bien- aimée dans les bras.

Et puisque l'on évoque les protagonistes, il est intéressant de noter que si la plupart des acteurs du film sont retombés immédiatement dans l'anonymat, quelques uns ont poursuivi dans le cinéma. Parmi eux, Jean-Loup Philippe, fidèle au cinéaste depuis L'ITINERAIRE MARIN (1963), et qui interprète un médecin nommé Samsky (un clin d'œil à Sam Selsky, probablement). Et puis aussi Solange Pradel (SANS SOMMATION réalisé en 1973 par Bruno Gantillon, LE SECRET de Robert Enrico-1974) et Ursule Pauly (LA VAMPIRE NUE en 1970, LA DEBAUCHE OU LES AMOURS BUISSONNIERES de Jean-François Davy-1971), qui seront réunies en 1971 dans MORGANE ET SES NYMPHES, un film de Bruno Gantillon qui présente bien des similitudes, d'ailleurs, avec les œuvres de Jean Rollin.

LE VIOL DU VAMPIRE marque avant tout la première contribution du cinéaste avec l'univers vampirique, un thème majeur dans sa filmographie. Tournée dans un magnifique noir et blanc, nimbée de poésie et de surréalisme, l'œuvre est esthétiquement magnifique malgré ses maladresses, et accompagnée d'une belle partition musicale d'Yvon Gerault, alternant des morceaux classiqu{Photo 4 de Le Viol du Vampire : La Reine des Vampires} es et du free-jazz. Comme on peut le voir dans le générique du début, le film est présenté en tant que mélodrame, signifiant par là qu'il ne faut pas chercher dans cette œuvre un film d'horreur traditionnel. Le jeu académique d'une bonne partie des acteurs, et le faible budget mis à la disposition du réalisateur ont contribué évidemment à desservir le film. Toutefois, l'imagination est au rendez-vous avec, entre autre, la garde robe de la reine des vampires. A titre d'anecdote, elle est conçue, par son interprète et un Philippe Druillet (également acteur de ce VIOL DU VAMPIRE) encore peu connu, avec des breloques et bouts de tissu achetés aux puces. L'essentiel est que Rollin ait pu intégrer, dans ce long métrage, toutes les sources d'inspiration artistiques qui présentaient de l'importance à ses yeux. Le style Rollin était né, et allait se poursuivre avec LA VAMPIRE NUE.

Philippe Chouvel et Jérôme Pottier

Vous signez en 1968 LE VIOL DU VAMPIRE, c'est votre première collaboration avec Philippe Druillet...

J'avais un copain qui s'appelait Nicolas Devil qui était dessinateur. On était une petite bande, il a participé aux PAYS LOINS et au VIOL DU VAMPIRE. Il avait un grand appartement dans lequel se réunissait tout un tas de copains dessinateurs et, parmi eux, Philippe Druillet. Il faisait une bande dessinée avec Nicolas Devil dont j'étais le scénariste : LA SAGA DE XAM. Elle fut éditée chez Losfeld et eut un succès très considérable. Et puis, comme LE VIOL DU VAMPIRE était terminé, il fallait faire une affiche. Alors, on a fait une espèce de concours, j'ai demandé des projets à tous les copains. Le premier projet sérieux et fini qui est arrivé, c'était celui de Philippe Druillet. Et quand on l'a vu, on a dit : « Ne cherchons pas plus loin, c'est l'affiche » (rires). Après, cette collaboration a continué un certain temps.

Avec LE VIOL DU VAMPIRE, vous abordez, pour la première fois, le vampirisme...

Et pour la première fois, le cinéma « un peu » professionnel (rires) !

D'où vient votre fascination pour le mythe ?

Ce n'est pas une fascination. Il se trouve que, puisqu'il fallait faire du fantastique pour faire passer une certaine imagerie, dans les thèmes du fantastique le vampire est pour moi le plus intéressant parce que c'est le plus beau visuellement. Je n'aime pas trop ce qui est répugnant, monstrueux. Or, le loup-garou, la momie, la créature de Frankenstein, on ne peut pas dire qu'ils soient beaux, au contraire du vampire qui « est » la séduction. Partir de la séduction pour faire un film est plus intéressant que de partir de la monstruosité, enfin c'est mon avis, d'où ma démarche.

Vous n'aimez donc pas le gore ?

Je ne suis pas très favorable à ce genre de choses.

Il y en a pourtant dans vos films.

Il y en a, bien sûr, mais ce n'est jamais traité gratuitement, il y a toujours une émotion derrière. Dans un film, je préfère un choc émotif à un choc nerveux.

LE VIOL DU VAMPIRE est éreinté par la critique...

Il n'y a guère d'échos positifs, à part une ou deux lettres de lecteurs de MIDI-MINUIT FANTASTIQUE. Le film provoque un scandale épouvantable, é - pou - van - table !

Avec le recul, quel regard portez vous sur l'attitude de la critique à votre égard ?

Et bien, vous savez, la critique a des canons, des choses bien établies, en fin de compte, la critique est très bourgeoise ! Il n'y avait, à l'époque, que deux types de fantastique qui étaient admis par la critique, celui en noir et blanc de la Universal et celui en couleurs de la Hammer. En dehors de ça, il n'y avait rien, et rien ne les intéressait en dehors de ça ! On a annoncé un film de vampires, bien qu'il soit français ils sont allés le voir. Ils ont alors vu tout autre chose que ce à quoi ils s'attendaient, que ce soient les critiques comme les spectateurs, ils ont été désorientés. Ils ont réagi contre cette improvisation dadaïste, un peu folle et amateur. La déception fut telle que je faillis abandonner la profession et devenir marchand de crayons de couleurs !

Propos recueillis par Jérôme Pottier le douze avril 1999.

Philippe Chouvel, Jérôme Pottier
22/12/2009
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