Les Chaînes de la Liberté

Muriel contre la Clé des Songes


ORIGINE
France
Les Chaînes de la Liberté Affiche

LITTÉRATURE
ANNEE
1961
AUTEUR
André Héléna (sous le pseudo de Szolnok Laszlo)
Critique Littéraire Les Chaînes de la Liberté
{Photo 1 de Les Chaînes de la Liberté} (Peu de temps) avant les créatures de rêve créées par l'immense George Maxwell (La Môme Double Shot, la Miss One Shot et autres Jaguar), il y eut, dans le polar français et pour le même éditeur (Roger Dermée), des tentatives de André Héléna sous divers pseudonymes, parfois aussi féminins que les héroïnes promptes à dégainer qu'ils animaient. Naquirent ainsi la Môme Patricia et la Môme Muriel, qui nous occupe aujourd'hui.

LES CHAINES DE LA LIBERTE, publié en 1961, n'est en effet autre qu'une réédition dissimulée de MURIEL CONTRE LA CLEF DES SONGES, initialement paru une dizaine d'années auparavant. La septième aventure de la belle au lüger ! Avec les productions Roger Dermée puis André Guerber, il fallait s'accrocher pour suivre. Heureusement qu'un ouvrage remarquable comme LES SECRETS D'UN AUTEUR DE ROMANS NOIRS nous dit tout ou presque sur le Maître du roman noir français et ses différents pseudos (choisis ou imposés lors de rééditions pirates, comme ici). Frank Evrard y a établi une remarquable bibliographie qui fait référence.

Qu'en est-il ce ce petit polar assurément aussi vite écrit qu'il est lu ? L'histoire ne casse pas trois pattes à un canard ; peut-on même parler d'intrigue ou d'enquête policière en l'occurence ? Malgré tout l'amour que nous portons à Héléna, nous n'irons pas jusque-là : ce serait mensonge.

P.130 : « Il y a un organisme d'espionnage installé en France. Je suis chargé, en liaison avec le Deuxième Bureau français d'enquêter là-dessus. » Point final, dixit le patron de Muriel, agent hors cadre du FBI accompagnée d'un ex-catcheur qui pourrait passer pour un tueur. Le patron de Muriel est belge et s'appelle Roger Crisby...

On se demande encore comment une anglaise chapeautée par un belge peut faire partiedu FBI (ici Federal Board Of Investigation)... sans en faire partie et lutter aux côtés des services secrets français contre des espions installés dans notre beau pays ! Il n'était pas rare à l'époque de retrouver ainsi le FBI casé un peu n'importe comment dans des polars ou des romans et films d'espionnage (les Lemmy Caution avec Eddie Constantine). Rappelons qu'il est censé s'occuper des affaires internes des Etats-Unis ; ce n'est pas la CIA. La confusion était encore de mise dans les années 60. D'ailleurs à l'époque les agents du FBI étaient souvent considérés comme des espions et moins comme des super-flics, commes dans les séries américaines actuelles.

Enfin, peu importe ! L'intérêt principal du roman réside une fois de plus dans son trio de héros. Crisby (que Evrard pense calqué sur l'éditeur Dermée) s'amourache d'une belle gosse de 20 ans, qui pourraitêtre sa fille (évidemment, c'est un piège !) ; Bunny le tueur rigolo est un vrai phénomène dans son genre ; et enfin, la Môme Muriel elle-même !

Muriel, dont l'aventure évoque une Môme Double Shot en plus soft, quasiment une pré Miss One Shot, est une superbe jeune femme qui n'a pas froid aux yeux. La voici qui se présente :

« Mais je suis d'un naturel curieux, comme toutes les femmes, (...)j'aime le scandale et le drame. Il paraît qu'il y a des filles qui sont popotes et qui ne rêvent que de pantoufles et de postes de télévision. (...) Moi les images, je ne les aime pas quand elles sont plates. J'aime au contraire le relief, la vie crachée et l'odeur du sang et de la poudre. Je suis une esthète de l'assassinat, si je puis dire. » (P.18-19).

A part ce cyclone en jupons, un personnage qui anticipe toutes les Modesty Blaise ou Emma Peel de la terre, le second intérêt vient bien sûr de l'écriture de André Héléna, et notamment de sa description du Paris de l'époque. Même si on l'a connu plus inspiré (on est plus proche d'une série sympathique comme l'Aristo que des superbes Compagnons du Destin), il y a de très beaux passages : P. 62, à propos de l'Ile Saint-Louis : « L'Ile, c'est un quartier qui continue un rêve. Elle vit dans l'histoire. Elle a le regret des choses disparues et ses murs sont tellement imprégnés de souvenirs que ça déteint sur les habitants. »

Magique !

Dommage que la toute fin du bouquin, quand nos héros partent à la rencontre de la Clef des Songes du vrai titre (qu'est-ce que c'est ?), soit extrêmement décevante, car tout ce qui précède est plutôt réjouissant et dégouline de bonne humeur. Ce n'est résolument pas avec Muriel, qui manque aussi de violence trash à la Maxwell, qu'on découvrira le Héléna le plus sombre.

Patryck Ficini
15/09/2012
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Sueurs Froides.fr > Critique > Chroniques Infernales
AUTEUR DE L'ARTICLE: Patryck Ficini
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