Les chevauchées amoureuses de Zorro

The Erotic Adventures of Zorro
The Sexcapades of Don Diego


ORIGINE
USA
Les chevauchées amoureuses de Zorro Affiche

ANNEE
1973
REALISATION

Robert Freeman

INTERPRETES
Douglas Frey
Jacqueline Giroux
Penny Boran
John Alderman
Jude Farese
Bob Cresse
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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Critique Les chevauchées amoureuses de Zorro
{Photo 1 de Les chevauchées amoureuses de Zorro} Dans le Los Angeles espagnol, l'usurpateur Luis Bonasario exploite sans vergogne la population à coup d'impôts qu'il détourne à son profit. Malheur à qui ose se rebeller, les soldats du commandant Velasquez l'abattront sans hésitation. Révolté par ces faits, le richisssime De la Vega rappelle de Madrid son fils Diego, où ce dernier faisait ses classes d'armes. Face au nombre, Don Diego choisira la ruse, avançant masqué et signant ses actes de rébellion du Z de Zorro. En chemin, il tombera amoureux de la nièce de Bonasario, Maria, sans oublier au passage d'honorer la jolie et jeune tante de celle-ci, Helena. Car en plus d'être un héros, Zorro est un joli cœur et un amateur de femmes.

Et notre héros de signer « Z » comme... série Z !

Début des années '70, les barrières morales sont en proies depuis quelques années déjà à de vigoureux assauts, mais n'ont pas encore complètement cédé. En France, la pornographie pure est toujours bannie des écrans, jusqu'en 1975. Par contre, les Etats-Unis d'où nous vient cette petite production ont abdiqué à l'explicite depuis 1969. En 1972, GORGE PROFONDE lancera la vague pour de bon. Entre temps, les softcores y cohabitent encore avec les productions hard. Ainsi de ces CHEVAUCHÉES AMOUREUSES DE ZORRO, toutes entières dédiées aux passions charnelles de son héros, mais qui restent résolument soft. En France où le film est distribué en 1973, point encore de relations sexuelles non simulées. Pourtant, l'intérêt du public permet l'émergence et la distribution de film dont le sexe ne se limite plus à quelques scènes parsemées dans l'intrigue, mais constitue bien le cœur même de la production. On assiste donc à une inversion rapide des valeurs et ce sont dorénavant les scènes de comédie qui ne servent plus que de faire valoir pour nous amener aux scènes de sexe, moteur de l'acquisition du billet par le spectateur. Cependant, ce dernier reste encore timide, il lui est alors souvent difficile d'assumer plei{Photo 2 de Les chevauchées amoureuses de Zorro} nement le fait d'aller voir un film purement érotique. Aussi, comme l'explique le distributeur Francis Mischkind, ces chevauchées participent-elles de cette vague de films-alibi, qui voient le sexe se mêler à d'autres éléments - ici en l'occurrence, la comédie - ces derniers donnant au spectateur l'excuse nécessaire pour se rincer l'œil la conscience tranquille. Peu de temps après, c'est exactement le même rire qui permettra à la sexy comédie italienne de dédouaner les spectateurs venu y chercher de la fesse.

L'érotisme a souvent œuvré par détournement de genres ou de figures établies. Il suffit de se rappeler la longue litanie de titres décalant un prédécesseur célèbre - citons pour l'exemple BLANCHE FESSE ET LES 7 MAINS - ou d'évoquer ces productions reposant sur une variation hot de classiques : LE LIVRE ÉROTIQUE DE LA JUNGLE (Robert Freeman en fut le monteur), DRACULA CE VIEUX COCHON, LES EXPLOITS AMOUREUX DES SEPT MOUSQUETAIRES (pour l'anecdote, un des premiers pornos muets encore conservé met également en scène un mousquetaire), LES AVENTURES AMOUREUSES DE ROBIN DES BOIS... Le cinéma populaire d'alors fonctionne souvent par vague. Lorsque Pasolini entame sa trilogie de la vie, surgissent comme des champignons des pseudo suites, copies, rip off et autres décalages des 1001 NUITS, des CONTES DE CANTERBURY et surtout de son DÉCAMÉRON.

Zorro ne fait pas exception à la règle puisque deux mois avant son exploitation française, LES CHEVAUCHÉES AMOUREUSES DE ZORRO auront été précédées d'un autre avatar érotique, dû à l'inénarrable Eurociné, à savoir LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO (sortie française 22/11/1972). Ce dernier est en fait une coproduction belgo-française à très petit budget puisque basée sur un remontage de l'espagnol LES TROIS ÉPÉES DE ZORRO (LE TRE SPADE DI ZORRO, 1963, Ricardo Blasco, sortie française le 5/2/1964) dont la moitié des séquences est remplacée par celles, érotiques, tournées par Eurociné avec trois (anc{Photo 3 de Les chevauchées amoureuses de Zorro} iens) francs et six sous. Les mœurs évoluant vite, Eurociné reproposera par la suite un nouveau montage avec de nouvelles séquences additionnelles, explicites celles-là, sous le titre LES AVENTURES PORNOGRAPHIQUES DE ZORRO (cité par le Dictionnaire des films français pornographiques & érotiques). La date de sortie de cette version X nous est inconnue mais il pourrait s'agir de LES AVENTURES GALANTES ET PORNOS DE ZORRO, sorti le 24/9/1980 mais à propos duquel nous disposons de très peu d'informations.

Quant aux CHEVAUCHÉES AMOUREUSES DE ZORRO qui nous occupent ici, sorties en France dans leur montage softcore originel le 25/1/1973, elles y connaitront aussi une seconde exploitation ultérieure, hardifiée sous le titre « LA GRANDE CHEVAUCHÉE » mais pour lequel nous n'avons pu retrouver de traces.

LES CHEVAUCHÉES ÉROTIQUES DE ZORRO sont un exemple typique de ce mélange populaire entre érotisme et film d'aventures. A l'érotisme sous-jacent de la figure des (super-)héros s'est progressivement substituée une vision plus explicite de celui-ci. Cette culture est particulièrement vivace en Italie via les fumetti, que le lecteur français découvre notamment via l'éditeur pulp Elvifrance.

Ressortant au western, dont il incarne un sous-genre à lui tout seul, Zorro n'aura pas été le seul à connaitre une déclinaison érotique. Le western entame dans les '70 son déclin. Un temps, le western italien lui aura redonné du lustre, mais le filon s'épuise et au début des années '70, les producteurs italiens commencent à passer à autre chose. Les derniers producteurs de western tentent de marier ceux-ci à d'autres genre : la comédie qui, via le succès de TRINITA, maintiendra le genre en activité encore quelques années, le fantastique, le karaté... et bien entendu l'érotisme. Aux Zorros-beaux-zizis ici évoqués, on peut ajouter d'autre zéderies du genre de ceux qu'affligeaient alors Jean-Marie Pallardy avec son ARRIÈRE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS et son RÈGLEMEN{Photo 4 de Les chevauchées amoureuses de Zorro} T DE COMPTES À OQ CORRAL - ce dernier semblant ne connaitre d'exploitation française en salle que via son remontage porno LES SEPT PARTOUZARDS DE L'OUEST (sorti en 1978). Parmi quelques autres, on citera aussi LES FILLES DU GOLDEN SALOON (1973, sortie en 1975) puisqu'il s'agit, exactement comme pour LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO d'une coproduction belgo-française par Eurociné d'un western érotique retaillé par Gilbert Roussel sur base d'un vieux titre, cette fois LA GRIFFE DU COYOTE (1962) de Mario Caiano. Même l'intrigue est relativement similaire à celle des CHEVAUCHÉES AMOUREUSES DE ZORRO !

Mais revenons aux CHEVAUCHÉES AMOUREUSES DE ZORRO. Cet effort de Robert Freeman, dont ce serait la seule réalisation, est attribué par certaines sources à son scénariste David Friedman.

Douglas Fairbanks, l'inoubliable interprète des premiers Zorro (1920 et 1925) fait ici place pour le rôle titulaire au nettement moins connu Douglas Frey. C'est peu dire qu'on perd au change. Le sergent Latio, ridiculisé par Zorro, est joué par Bob Cresse que les archéologues du Z érotiques connaissent peut-être comme producteur (LA VAMPIRE ÉROTIQUE, 1962, MONDO FREUDO aka LE SEXE ET L'AMOUR, 1966, MONDO BIZARRO, 1966, LE CAMP SPÉCIAL N°7, 1969).

Majoritairement américain, le film a cependant été coproduit par la française Alpha France. Il s'agirait même d'une de ses premières productions. Ceci explique entre autres la présence de Francis Mischkind dans le bonus de l'édition dvd sortie en 2012. Alpha France, qui se spécialisera bientôt dans la distribution en salle de films pornographiques avait débuté avec CACHE TA FEMME, PRENDS TON FUSIL, VOICI LES SCAVENGERS (1969), et LE CAMP SPÉCIAL N°7, deux productions du Bob Cresse dont nous parlions plus haut. Alpha France fera aussi découvrir aux spectateurs français LA VIE AMOUREUSE DE ROBIN DES BOIS et LE LIVRE ÉROTIQUE DE LA JUNGLE. On voit bien d'ailleurs que distributeurs, producteurs, acteurs, réalisateurs et scénaristes de nombreux titres cités dans cette chronique se retrouvent d'un titre à l'autre, formant un écosystème qui se maintiendra quelques années avant de voler en éclats à l'arrivée du porno.

Et que vaut ce métrage ? Devons-nous sangler nos étriers pour chevaucher à leurs côtés ? On l'a dit, le Z signé à la pointe de l'épée est son meilleur qualificatif. A l'époque, la publicité américaine avançait qu'il s'agissait du seul film « classé Z », par décalage humoristique avec le « rated X ». Mais sans humour aucun, on peut bel et bien le confiner aux fonds de tiroirs de la production cinématographique. Le seul moment où on croisera un fantôme du 7e art est cette allusion à Woody Allen, l'un des protagonistes se rinçant l'œil d'une revue scabreuses intitulée « Everything you always wanted to know about Swords », le TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR LE SEXE SANS JAMAIS AVOIR OSÉ LE DEMANDER de l'humoriste New-Yorkais était alors très récent (1971). Mais à part ça, la réalisation est pauvre et peu inspirée, le scénario convenu, le jeu des acteurs nul et l'humour pachydermique mais après tout, c'est souvent là le lot des films de fesses et ces défauts peuvent passer si ces dernières sont bien présentes. Et à nouveau, nous devrons déchanter (qui a dit « débander » ?). Certes, il y a bien à intervalles régulier une scène de sexe ou de nudité, mais ce qui pouvait passer comme excitant en 1973 devait sans doute déjà sembler dater dès 1975 : les coïts (simulés bien entendu) y sont bien sages, religieusement filmés en missionnaire et souvent dans une pénombre peu propice à assouvir le voyeurisme du spectateur. Leur rythme étiré préfigure déjà ce qui sera la norme du porno mais la grammaire de ce dernier n'y est pas encore.

Bref, la marchandise est périmée et n'intéressera plus guère que l'historien du ciné déviant et le nanardeux compulsif. Ces chevauchées, on les espérait à dos de pur-sang, on se retrouve perché sur une triste haridelle !

Philippe Delvaux
11/01/2013
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