Les zombies amateurs


Les zombies amateurs Affiche

AUTEUR DE L'ARTICLE: Colin Vettier et Xavier Adam
SES DERNIERS ARTICLES

Critique Les zombies amateurs
{Photo 1 de Les zombies amateurs} Durant toute l'année 2018, Sin'Art fête les 25 ans de Zombi Killer, réalisé en 1993 par Joe Blood Benson et réédité en DVD en 2016.

2e cadeau : Un texte issu du booklet de l'édition DVD de Sin'Art sur les films amateurs de zombies écrit à l'époque par Colin Vettier et Xavier Adam, toujours bénévoles chez Sin'Art !.


En 1968, aux Etats-Unis, le mythe du zombie sort de la tombe vaudou dans laquelle il pourrissait à Haïti pour revenir sous la forme d'un mort-vivant. C'est monsieur Romero qui est l'instigateur de ce retour d'entre les morts qui s'avèrera finalement être une véritable invasion du nouveau continent.

En effet, non content de dépoussiérer le mythe, l'homme de Pittsburg inspirera, plus ou moins directement, des générations de cinéastes amateurs. Bien entendu, tous n'auront pas les moyens pour réaliser un grand film et privilégieront alors d'autres aspects.

La première pierre sera posée par Sam Raimi en 1978 avec Within the Woods qui prouve qu'il est possible de faire de l'or avec peu ou pas de moyens. Grâce à ce court-métrage, le jeune Américain pourra réaliser Evil Dead deux ans plus tard. Ce film est à lui seul la pierre angulaire du cinéma de genre américain.

C'est le début des années 80, le petit monde du cinéma de genre amateur bouillonne. Les créations vont bon train et ne souffrent en rien de leurs budgets ridicules. Ces productions bénéficient d'aides financières improbables (du boulanger aux grands-parents, en passant par la petite amie). Ces dilettantes gagent assurément que leur investissement leur reviendra.

Mais la fin des années 1980 marque un important tournant.

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

L'un des noms majeurs du cinéma de genre dit « Underground » est celui de J.R. Bookwalter, le fondateur en 1991 de Tempe Entertainment. Il s'agit là d'un éditeur réputé auprès des connaisseurs puisqu'il sût rester fidèle à un cinéma amateur sauvage.

Si les tentatives de Bookwalter de porter des morts-vivants à l'écran sont nombreuses, la plus fameuse demeure The Dead Next Door, son p{Photo 2 de Les zombies amateurs} remier long métrage produit par Sam Raimi en 1988. Si le scénario est original, il ne cache toutefois pas ses inspirations, montrant une facette du cinéma amateur sous influence. Mais qu'importe, les 112 minutes que dure le métrage se révèlent très agréables, notamment grâce à des effets peu avares en hémoglobine. On en oublierait presque l'amateurisme qui enveloppe le tout. Pour exemple, la prise de son était si mauvaise que la quasi-totalité du métrage a dû être doublée par... Bruce Campbell.

Une affaire de famille donc, comme c'est très souvent le cas dans le milieu du cinéma underground. Les équipes se lient et demeurent, puisque composées d'amis empiétant sur leur temps libre pour tourner.

The Dead Next Door marque ainsi la fin d'une période. L'ère Reagan s'achève, la guerre froide s'éternise et le pays en ressort lessivé. Au fur et à mesure, l'initiative se gèle. Le cinéma de genre amateur va changer de visage. Jusqu'alors il était fort, disposait d'un important public (de fait, les grands studios ne proposaient pas d'alternative à la demande) et prospérait. Dès lors il sera minoritaire et rachitique. Si dans les années 80, underground signifiait communauté de passionnés, le mot prend un nouveau sens dans l'inconscient collectif, celui de sous produit.

LE SYSTEME D AU SECOURS DES AMBITIONS SCENARISTIQUES

D'autres réalisateurs passionnés ont pu tout miser sur l'innovation scénaristique. C'est le cas de Brian Clement et de ses deux Meat Market (respectivement 2000 et 2001). Si le scénario est ambitieux (la guerre des zombies contre les vampires pour déterminer qui aura la mainmise sur la nourriture), les moyens à disposition sont largement insuffisants. Cela n'empêchera pourtant nullement le métrage de se doter d'une franche réputation. Il devra cette reconnaissance à son charme et à un solide public, friand de ces menues gourmandises et loin des studios d'Hollywood.

Dans le petit monde du cinéma de genre amateur, c'est le système D qui domine, et ce dès ses balbutiements. L'exemple de J.R. Bookwal{Photo 3 de Les zombies amateurs} ter est saisissant puisque, tant sur The Dead Next Door que sur Ozone (1996), il occupe tous les postes. Mais celui de Brian Clement n'en est pas moins impressionnant. Il se chargera du scénario, de la réalisation, du maquillage et ira même jusqu'à jouer un rôle dans ses propres films.

Le cinéma de zombie amateur dans son ensemble illustre donc parfaitement l'adage « On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même ». Cela va naturellement bien au-delà de la signification linéaire qui consiste à dire qu'on est le plus doué. C'est une manière humoristique mi-figue mi-raisin de dire qu'on n'a pas les crédits nécessaires pour le faire faire par quelqu'un d'autre.

C'est ainsi que naquit, Mulva, Zombie Ass Kicker un délire de passionné, mais purement amateur. Le réalisateur ira jusqu'à photographier sa copine dans une pause sexy, avec un gros pistolet, et à en faire le poster.

Cette façon d'envisager le cinéma trouvera un nouvel écho à l'aube du troisième millénaire au travers des effets spéciaux assistés par ordinateur. La méthode est de moins en moins coûteuse, et le résultat, bien que souvent douteux, permet des scénarii plus ambitieux. Ce sera le cas du très politique Feeding the Masses de Richard Griffin (2004), qui pourra, grâce à des effets numériques, souiller des bâtiments officiels ou même en détruire un certain nombre.

REDEFINITION DE L'EXTREME

En 1997, The Necro Files va attirer l'attention du public sur une nouvelle façon d'envisager le cinéma amateur. Le principe est des plus simples. Afin de compenser le manque de moyens, il s'agit de verser dans le propos le plus irrévérencieux possible. Si John Waters précède le film en matière de « Trash », The Necro Files transpose le concept au film de genre et repousse très loin les limites. Un zombie avec un immense pénis, un bébé volant, des meurtres (très) sanglants... Le résultat est à la hauteur des attentes de Todd Tjersland : les récompenses pleuvent lors des festivals et le public est conquis. Raison pour laquelle en 2003 sort un nouvel opus, coproduit par les frenchies d'Uncut Movies. The Necro Files 2 surpasse son aîné en matière d'outrage filmographique et ancre le trash comme une composante essentielle dans le cinéma de zombie amateur.

En 2004, Brian Paulin fait une entrée fracassante dans le petit monde du cinéma de zombie underground avec Bone Sickness. Si l'homme ne brille pas, ni derrière ni devant la caméra, par contre il excelle en matière d'effets spéciaux. Contrairement à la série des Necro Files, le film est donc gore à l'extrême et le scénario n'est qu'un prétexte à une déferlante de tripaille. A ce titre, on est ici très proche du cinéma allemand.

Un nouveau pan de ce cinéma émergera alors, repoussant encore plus loin les extrêmes : le porno-gore. Le zombie deviendra l'un des instruments de prédilection. Peu coûteux et aisément adaptable à tout scénario, il fera le bonheur de réalisateurs peu frileux comme Rob Rotten et son bien nommé Porn of the Dead. De son côté Doug Sakman, un ancien Troma, réanimera les morts à sa façon avec un Re-Penetrator qui se passe de commentaire.

LES CAS FRANCAIS ET ALLEMAND

Comme à son habitude, la France fait figure de parent pauvre dans ce domaine avec seulement quelques métrages dédiés aux morts-vivants. On y trouve l'excellent court-métrage Golzarath de Thierry Lopez qui rend hommage à Lucio Fulci. N'oublions pas les deux films d'Antoine Pellissier, alias Docteur Gore : Maléficia et Les Proies Du Mal. Ce duo est d'une violence extrême et baigne dans le gore de la première à la dernière seconde de métrage. Evidemment, il y a aussi Zombi Killer de Joe Blood Benson et dernièrement Louis Soubeyran nous a livré le magistral Chasse Gardée.

Passons maintenant de l'autre côté de la barrière pour aller faire un tour chez nos amis allemands. Alors là, attention, ce n'est pas la même histoire ! L'Allemagne est l'un des pays les plus prolifiques en matière de films indépendants.

Commençons avec Olaf Ittenbach qui lance les débats avec Premutos. Il s'agit là du film le plus gore jamais réalisé avec plus de 139 morts violentes en 1 h 40 de métrage... Autant dire que le compteur tourne ; tout le monde finit en charpie. Ensuite, on trouve l'excellente trilogie Mutation réalisée par Timo Rose et qui relate les méfaits d'un virus confectionné par les nazis à la recherche de l'arme suprême. Toujours mis en scène par Timo Rose, Midnight Calling est ce que Résident Evil aurait dû être. En revanche, Das Letzte Grab est un modeste film de zombies qui n'apporte pas la moindre nouveauté. Réalisé par Holger Breiner et Torsten Lakomy, Zombie The Ressurection est quant à lui un petit film plutôt sympathique filmé en super 8. L'action se situe dans un futur proche, futur dans lequel la Terre serait envahie par les zombies. Le film narre alors la révolte des vivants qui tentent également de survivre. Une suite était annoncée mais sombra dans les oubliettes en raison de conflits internes au sein de l'équipe. The Last Days Of Humanity de Peter Dubiel est un très bon film de zombies avec de grandes idées même si quelques effets sont malheureusement ratés. Noctem de Jens Wolf reste malgré tout le meilleur film indépendant exploitant les zombies. Série Z infiniment drôle et sympathique, Zombel 2 d'Al Spicher est très fidèle au délire de la firme Troma. Un film gore et très fun donc. Autre film excessivement plaisant, Rise Of The Dead de Volker Trachternach offre un nouveau scénario centré sur un virus provoquant une épidémie qui transforme les gens en morts-vivants. Le propos est classique mais la réalisation, incisive, va droit au but. The Lost Ways Of The Zombies de Stefan Svahn est quant à lui une grosse déception. Seul le final s'avère satisfaisant. On passera également sous silence des films tels que Butcher 3 pour ne pas faire honte au mythe du zombie...

NB : Vous pouvez acquérir ici l'édition collector de Zombi Killer comprenant :

Le DVD du film

5 marques-pages

L'affiche au format A3

Un jeu de 6 photos

Un livret de 24 pages

Colin Vettier et Xavier Adam
19/05/2018
Bookmark and Share

Page précédente    Revenir en haut de la page    Imprimer   Creer PDF

Sueurs Froides.fr > Critique > Indie Eye
Vous aimez Les zombies amateurs ?
Moteur de recherche
Tout est bénévole – si ce n’est pas déjà fait, versez votre obole annuelle à l'association Sin'Art : 5 €