Life guidance


ORIGINE
Autriche
Life guidance Affiche

ANNEE
2018
REALISATION

Ruth Mader

INTERPRETES
Fritz Karl
Katharina Lorenz
Florian Teichtmeister
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe DELVAUX
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Critique Life guidance
{Photo 1 de Life guidance} Alexander Dworsky mène une vie parfaitement réglée. Sa carrière professionnelle et familiale est une réussite, tout semble se passer à merveille dans cet univers à la gloire de la réussite et de la productivité. Mais un jour, Alexander commence à douter...



On passera rapidement sur les qualités plastiques de LIFE GUIDANCE. Le film appartient pleinement à ce genre de dystopie politique glacée qui irrigue de temps à autre le cinéma, tel BIENVENUE A GATTACA ou le séminal 1984.

Sur un volet qui relève moins de l'anticipation, on évoquera également comme complément de vision à LIFE GUIDANCE tout le corpus de films de fiction portant un regard critique sur les dérives du monde du travail en entreprise : L'EMPLOI DU TEMPS, LE COUPERET, RESSOURCES HUMAINES...

Avec cette société de coaching en bien-être, LIFE GUIDANCE offre plusieurs niveaux d'interprétation. De manière détournée, on pourrait évoquer certains mouvements sectaires, scientologie en tête, qui - sous couvert de réalisation de soi - mettent l'individu en situation d'emprise et de dépossession, engendrant l'exact contraire de ce qu'ils prétendent apporter. Cette interprétation est confortée par ce que le film donne à voir d'infiltration douce de LIFE GUIDANCE da{Photo 2 de Life guidance} ns la société, une pénétration dans le tissu entrepreneurial ou les structures étatiques qui n'en mesurent pas le danger.

Le second niveau est plus immédiat : moins que des sectes aux visées nébuleuses, LIFE GUIDANCE pointe la dérive sociétale qui introduit une logique néolibérale dans tous les aspects de nos vies personnelles. La sphère privée devient dorénavant un objet à « manager », avec des objectifs à atteindre. On y importe le niveau d'exigence qui gangrène déjà le monde du travail. C'est donc de contagion qu'il s'agit, de débordement des travers du monde professionnel vers des zones qu'ils ne devraient jamais pouvoir investir.

Cette interprétation est soutenue par l'abord conceptuel du film. Il montre une société divisée en classes bien séparées - d'autres catégories, si elles existent, restent résolument hors traitement -. Nous avons la petite et très fermée caste des nantis, ceux qui tirent les ficelles et qui jouent de l'instrumentalisation , de l'objectification des autres. Nous avons le rebut, ceux qui ont été purgés par le système et qui sont confinés dans des cités dortoirs, réduits en chômeurs miséreux, apathiques, abrutis de médicaments et d'émissions télévisées stupides. Et nous avons le sujet princip{Photo 3 de Life guidance} al : les cadres supérieurs, riches, à la vie bien réglée et dont l'avenir semble pavé d'or. LIFE GUIDANCE les montre pourtant comme les victimes d'un système qui s'attaque d'autant plus facilement à eux qu'il s'agit d'une classe sociale individualiste (et donc isolée pour se défendre) et portée aux valeurs d'excellence qui la pousse à s'ouvrir au coaching de leur vie privée.

Comment ne pas voir ici une critique directe de la direction prise par nos sociétés occidentales qui ont vu disparaitre les luttes sociales collectives et qui vivent aujourd'hui une déstructuration des tissus sociaux qui dépasse le seul cadre des classes populaires ? Comment ne pas voir l'attaque frontale contre cette tendance lourde à imposer dans la sphère privée des préoccupations managériale qui n'ont rien à y faire ? Le combat du héros est celui du rebelle qui quitte un système qui entend lui imposer une compétition de tous les instants, y compris dans l'injonction au bonheur ou « à l'amélioration ». Cette injonction que nous ressentons tous est ici traduit par LIFE GUIDANCE.

LIFE GUIDANCE se pose également en héritier d'une des plus grandes et plus terrifiante œuvre d'anticipation de politique fiction : « 1984 » de Georges Orwell. Ony retrouve la division des classes, le système omnipotent et parfait qui fonctionne sur une oppression larvée, la terreur sous-jacente à un masque impassible... Tout l'intérêt réside dans une transposition à 180° du propos orwellien : là où 1984 dénonce le totalitarisme découlant du communisme, LIFE GUIDANCE vilipende celui créé par l'ultralibéralisme (incarné ici par la partie de chasse des « nantis », lesquels exposent sans vergogne leurs vues à notre héros). La structure même du roman se retrouve peu ou prou dans le film : recherche illusoire de l'échappatoire, tentative rapidement tuée de briser l'isolement par l'amour, confrontation avec le système dont on ne peut réchapper.

Qui évoque 1984 peut difficilement éviter la confrontation avec l'autre monstre littéraire sacré voguant dans les mêmes eaux : « Le meilleur des mondes » d'Aldous Huxley. Là encore une œuvre aux références communistes limpides (Lénine, Marx, Bakounine et tant d'autres) pour une œuvre rédigée en plein productivisme (d'où le « Notre Ford »). Quel rapport avec LIFE GUIDANCE ? Tout simplement qu'une doctrine politique opposée peut conduire, à des effets similaires. Certes, on ne trouve pas dans LIFE GUIDANCE l'eugénisme (tiens, revoilà BIENVENUE A GATTACA mentionné plus tôt) comme chez Huxley, mais bien ce même contrôle social, ce même totalitarisme. « 1984 » et « Le meilleur des mondes » décrivent tous deux un totalitarisme parfait, c'est-à-dire qui prévoit et prévient toute tentative de renversement (la rééducation orwellienne, l'exil doré chez Huxley), à l'instar d'un contrôle des risques en management entrepreneurial. De même, avec LIFE GUIDANCE, on nous propose un système pensé comme parfait du contrôle social.

Une autre œuvre avait déjà transposé avec brio la préoccupation orwellienne : BRAZIL. Mâtiné de Kafka pour l'absurde administratif (mais « 1984 » est en soi absurde par l'établissement d'un système qui ne vise que sa propre survie, au détriment des humains qui le peuplent), on y retrouvait une lutte identique, car vouée à l'échec, d'un esprit libre contre un système aussi invincible qu'impitoyable.

Pour chercher d'autres œuvre qui entrent en résonnance avec LIFE GUIDANCE, on pourrait encore citer le petit classique de la BD des '80 : « SOS bonheur »... mais on évoquera surtout la série BLACK MIRRORS qui, avec une maestria rarement égalée, pointe les terrifiantes dérives possibles de notre société et des chemins qu'elle prend.

Philippe DELVAUX
28/01/2019
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