LUFF 2012


LUFF 2012 Affiche

ANNEE
2012
AUTEUR DE L'ARTICLE: Éric Peretti
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Critique LUFF 2012
{Photo 1 de LUFF 2012} Mercredi 17 octobre 2012. C'est la mort dans l'âme que Julien Bodivit, directeur artistique de la partie cinéma de la manifestation, ouvre la onzième édition du Lausanne Underground Film & Music Festival. Il vient d'apprendre que le cinéaste Koji Wakamatsu, mis à l'honneur par le festival en 2007, vient de décéder à l'âge de 76 ans, victime d'un accident de la circulation. Cette perte symbolique pour le cinéma fortement déviant et non consensuel que défend le LUFF vient hélas s'ajouter à une autre déconvenue dont les organisateurs ont fait les frais : l'interdiction du concert que devait donner le groupe Oi Polloi, par la police qui craignait un éventuel déferlement de violence incontrôlable. Profondément touchés par cette mesure de censure, les organisateurs de cet événement culturel majeur qu'est le LUFF n'hésiteront pas mettre un terme définitif à l'aventure festivalière s'ils seront dorénavant obligés de soumettre leur programmation à une autorité supérieure. Seul le temps parlera quant à l'avenir du festival, vivons donc pleinement cette onzième édition comme s'il s'agissait de la dernière.

Après avoir mis à l'honneur les figures majeures du cinéma underground, le LUFF proposait enfin à ses spectateurs la présence du pape du mauvais goût, l'ayatollah du trash, John Waters en personne. Outre la projection de quatre de ses films, dont une copie 35mm de PINK FLAMINGOS, qui fut, ô délectable surprise, précédée de la diffusion du mythique MONGOLITOS, courte et outrancière perle française, déféquée avec amour par Stéphane Ambiel il y a près de 25 ans, l'élégant provocateur de Baltimore a profité de la carte blanche qui lui a octro{Photo 2 de LUFF 2012} yée le festival pour dépoussiérer quelques bandes hallucinantes. Il était donc possible, et fortement recommandé d'aller jeter un regard compatissant sur la zoophilie avec le bien nommé ZOO, et de se rincer l'œil devant la maturité plastique d'Isabel Sarli avant de pleurer toutes les larmes de son corps face au mélo argentin FUEGO. Les amateurs de blaxploitation n'ont pas été oubliés puisqu'ils ont pu trémuler à souhait devant le très rare ABBY, version afro-américaine de l'EXORCISTE qu'un procès pour plagiat a condamné à rester dans l'ombre durant des décennies. Enfin, IN A GLASS CAGE a plongé le public dans un univers sadomasochiste glauque et oppressant. Ne pouvant banaliser la venue d'une telle personnalité, la ville de Lausanne a mis à disposition du festival la plus grande salle de cinéma encore en activité en Suisse, Le Capitole, afin que John Waters puisse s'y produire devant un public nombreux et réactif. One-man-show live truculent, This Filthy World nous a fait voyager dans l'existence haute en couleur du réalisateur, entre anecdotes de tournages, délicieuses blagues d'un mauvais goût assumé et expériences personnelles magnifiées et transformées en leçons de vie. Rien que pour ce moment de grâce, merci le LUFF.

Pour accompagner ces réjouissances, deux rétrospectives bienvenues ont porté à la lumière le travail des provocateurs Edwin Brienen et Christoph Schlingensief, autant rejet{Photo 3 de LUFF 2012} ons illégitimes de Waters que de Fassbinder, dont les univers cinématographiques sont aux antipodes l'un de l'autre. Esthétiquement très travaillé, le cinéma de Brienen est des plus cliniques et abscons tant ses idées sont dissimulées derrière une artificialité théâtrale qui en opacifie le sens et finit par devenir irritante. Le cinéma de Schlingensief est tout à l'opposé, tournés en 16mm, ses films sont fous, agressifs et ultraspeed, bref, vivants. Et si les dénonciations politiques ou artistiques ne sont pas forcément accessibles aux néophytes, elles ont au moins l'avantage d'être enrobées avec panache.

Membre du jury, Richard Stanley était également venu présenter ses deux premiers longs métrages, HARDWARE et la version remontée par ses soins de DUST DEVIL. Mais aussi et surtout ses documentaires qui, en plus de confirmer son talent pour créer des images fortes, viennent asseoir son intérêt pour l'histoire et le mysticisme.

Mais pour le commun des festivaliers, se rendre au LUFF signifie s'aventurer dans un univers bigarré pour visionner les films en compétition, qui resteront dans les mémoires bien au-delà du simple temps de la persistance retienne. La particularité du festival est de proposer des œuvres sans concessions. Se rendre au LUFF comporte donc un risque majeur, celui que ça nous plaise. Et cette année encore, sur les cinq films qui concouraient pour le Grand Prix, trois devaient profondément marquer les esprits. Passons rapidement sur l'australien REDD INC. qui est une comédie gore dans laquelle un PDG accusé de meurtre kidnappe ceux qui ont contribué à l'envoyer derrière les barreaux, pour les forcer à trav{Photo 4 de LUFF 2012} ailler sur son dossier et ainsi prouver son innocence. Sympathique pour commencer en douceur, mais inoffensif en matière subversive. La déception annuelle fut THE DEVIL'S BUSINESS qui, s'il arrive à installer une atmosphère inquiétante avec peu de moyens dans sa première partie, laissant présager un crescendo satanique effroyable, se termine comme un téléfilm horrifique des années 80. Plus conforme aux critères de sélection, MONDOMANILA, du philippin Khavn de la Cruz, possède de son côté un souffle et une énergie plutôt enthousiasmante malgré un sujet très glauque. Un peu bordélique et difficile à suivre, le film fut une bonne surprise. Récompensé par une Mention Spéciale, THE BULLET COLLECTOR, en provenance de Russie, parvient à susciter des émotions et touche directement le cœur. Enfin, le Grand Prix du Festival a été décerné au déjà controversé TOAD ROAD qui joue astucieusement avec une légende urbaine pour mener à un climat fantastique éthéré.

Invitée surprise dont on se serait déjà bien passé en ce qui concerne la partie musicale du festival, la censure a insidieusement repointé le bout de ses ciseaux lors de la projection de PINK FLAMINGOS où le public eut l'horreur de découvrir une copie, fournie par la Cinémathèque suisse, fortement charcutée. C'est simple, il y manquait tout les éléments que John Waters avait décrit durant sa présentation, dont le final anthologique qui faisait tant saliver ceux venus découvrir le film pour la première fois. Si l'incident, bien indépendant de la volonté des organisateurs, avait de quoi énerver au plus haut point, il s'est imposé comme un parfait contrepoint à la thématique Anarchy in Marxlands : Censorship in Soviet Satellites qui proposait une excellente sélection de films ayant eux aussi connu des ennuis avec la censure, mais dans des pays autrement plus autoritaires que la confédération helvétique.

Afin que la manifestation soit un succès, une équipe motivée œuvre dans l'ombre pour créer la magie du LUFF. Cette année encore, l'ambiance détendue et accueillante a fait en sorte que nous nous sentions comme chez nous dans tous les lieux investis par le festival. En plus des films, concerts, expositions et autres performances qui nous ont été proposés, il faut rajouter la possibilité d'aborder aisément les invités. Eux-mêmes furent très heureux de pouvoir échanger avec le public, ou tout simplement entre eux. Il fut ainsi possible de voir dans le hall de la Cinémathèque, quelques minutes avant l'annonce du palmarès, le russe Aleksandr Vartanov (THE BULLET COLLECTOR) et l'américain Jason Banker (TOAD ROAD) discuter tranquillement de cinéma autour d'un verre.

Ce sont cette simplicité de l'apparence et cette pertinence dans la sélection qui font du LAUSANNE UNDERGROUND FILM & MUSIC FESTIVAL une manifestation culturelle indispensable et nécessaire. Alors merci encore à tous ceux qui ont œuvré pour les festival, et surtout ne nous laissez pas tomber l'an prochain !

Retrouvez ici toutes les chroniques et interviews liées à la onzième édition du LUFF.

Éric Peretti
10/11/2012
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