Lunacy

Šílení


ORIGINE
République Tchèque
Lunacy Affiche

ANNEE
2005
REALISATION

Jan Svankmajer

INTERPRETES
Pavel Liska
Jan Triska
Anna Geislerova
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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Critique Lunacy
{Photo 1 de Lunacy} Sur la route menant à Charenton, où il va enterrer sa mère morte dans un hôpital psychiatrique, Jean Berlot s'arrête dans une auberge. Là, il sympathise avec un homme qui se fait appeler le Marquis. Celui-ci lui propose de passer quelques jours dans sa propriété, ils y parleront philosophie. Mais Berlot découvre qu'une fois la nuit tombée, le Marquis organise dans les sous-sols du château des orgies sado-maso et blasphématoires. Un jour, Berlot lui confie qu'il fait souvent des crises d'angoisse à l'idée de se faire enfermer dans un asile. Le Marquis lui propose alors de traiter le mal par le mal et de l'emmener dans une institution tenue par un ami : le Dr Murlloppe. Là, il tombe amoureux de l'une des infirmières qui lui apprend qu'une mutinerie, menée par le Marquis et Murlloppe, a eu lieu dans l'asile et que les vrais médecins sont enfermés dans la cave.

Jan Svankmajer est un vieux briscard du cinéma d'animation. On sait que l'animation s'est particulièrement bi{Photo 2 de Lunacy} en épanouie dans la Tchécoslovaquie communiste. Après l'heure de gloire des studios de Jiri Trnka, Jan Svankmajer incarnait, fin des années soixante, la nouvelle génération d'animateurs aux prétentions « auteurisantes », et ce dans le bon sens du terme. On lui doit une flopée de courts-métrages tous plus intéressants les uns que les autres. Le plus connu est sans doute LES POSSIBILITÉS DU DIALOGUE (qui voyait notamment deux personnages composés d'objets divers s'entre-dévorer). Son cinéma n'a jamais renié un discours tant politique que social tout en restant profondément ancré dans une tradition surréaliste encore vivace en Tchéquie. Depuis les années nonante, Jan Svankmajer, toujours flanqué de sa femme Eva dont on oublie peut-être trop l'apport créatif, est passé au long métrage, creusant toujours plus un univers singulier. Notons que ce sera le dernier film auquel Eva aura participé puisque Mme Svankmajer est depuis lors décédée.

On se souvient du moyen métrage{Photo 3 de Lunacy} ALICE, fidèle au roman de Lewis Caroll et fortement éloigné du dessin animé de Walt Disney (en 1971, Svankmajer signait déjà Jabberwocky). On garde également en mémoire son FAUST développé en marionnettes, technique parfaitement en adéquation avec son sujet. Plus récemment, Svankmajer signait LITTLE OCÈK, basé sur un conte traditionnel et dans lequel une souche d'arbre grossièrement taillée à forme humaine de bébé se transformait en ogre terrorisant une maisonnée tout en étant couvée par sa mère d'adoption. Le film, qui avait été présenté dans une précédente édition du BIFFF, nous renvoyait au pouvoir d'accaparation des enfants, aux troubles mentaux guettant une femme restée stérile et en proie à l'image que lui renvoie une société nataliste, le tout dans la digne tradition des contes d'autrefois où la morale le dispute à la cruauté. Peu avant, Svankmajer signait LES CONSPIRATEURS DU PLAISIR où il investissait déjà le territoire des fantasmes sexuels les plus étran{Photo 4 de Lunacy} ges : tout le film se résume au parcours de 3 individus qui ne se connaissent pas et qui, méticuleusement mettent en place un dispositif compliqué destiné à assouvir un fantasme sexuel étrange.

Avec SILENI (titre original qu'on peut traduire par "aliénation"), Jan Svankmajer délaisse presque complètement l'animation mais conserve ses thématiques fétiches: à nouveau la sexualité se teinte de déviance et de dérives psychanalytiques. L'ensemble se mêle de séquence animant des morceaux de viande (qui rappelle le cultissime court-métrage UBU, tout en viande animée). Rien d'étonnant de la part d'un féru de surréalisme. Le scénario entremêle des nouvelles d'Edgar Allan Poe au journal tenu par le marquis de Sade pendant sa captivité (à ce titre, nous vous renvoyons au splendissime MARQUIS de Roland Topor et Henri Xhonneux). L'intérêt porté à Edgar Allan Poe s'est marqué par le passé dans les courts-métrages LA CHUTE DE LA MAISON USHER ou encore THE PENDULUM, THE PIT AND HOPE. Et à bien y réfléchir, quoi de plus cohérent que de relier psychanalyse et Marquis de Sade, les premiers ayant inventé le concept et le terme "sadisme".

On reconnaît d'emblée la patte de Svankmajer qui ne conçoit ses décors que croulant sous la poussière et la décrépitude : des vieilles maisons, des meubles en bois à moitié moisis, des outils traînant ça et là... On remarque aussi son affection pour les scènes de nourriture (ingurgitées, régurgitées, la nourriture est souvent symbolique et liée au sexe).

Mais et le film en lui-même dans tout cela ? Eh bien, disons qu'il satisfera les fans du maître tchèque mais laissera de marbre une partie de l'audience. L'ensemble n'est pas sans défauts : quelques passages très dialogués, quelques longueurs également ainsi qu'une chute qu'on devine longtemps à l'avance. Cependant, en dépit de ces limites, l'ensemble reste de bonne facture et vaut le coup d'œil, ne fut-ce que pour se confronter à une cinéphilie trop rare.

Philippe Delvaux
22/12/2009
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