Malevil


ORIGINE
France
Malevil Affiche

ANNEE
1981
REALISATION

Christian de Chalonge

INTERPRETES
Michel Serrault
Jacques Dutronc
Jacques Villeret
Robert Dhéry
Jean-Louis Trintignant
Jean Leuvrais
Critique Malevil
{Photo 1 de Malevil} Dans un village de l'Aveyron, Emmanuel Comte, maire du village, reçoit quelques personnes au domaine de Malevil. Tour à tour, un certain nombre de proches viennent le rejoindre dans le cellier. Soudain, la lumière s'éteint, la radio ne fonctionne plus. Une forte secousse accompagnée d'une vague de chaleur terrible plaque tout le monde au sol pendant un moment qui paraît s'éterniser. Quand chacun recouvre ses esprits, le premier réflexe est de sortir, voir ce qu'il s'est passé. La vision du dehors est apocalyptique : le monde extérieur n'est plus qu'un paysage de cendres, une vision de l'enfer où toute vie a disparu. Les habitants ont péri, et seuls quelques animaux protégés dans une étable ont survécu au drame. Restent uniquement, dans ce chaos, le maire, l'intendant du château, un électricien, le pharmacien et le vétérinaire, plus une vieille femme et son fils attardé mental. Vont-ils être en mesure de savoir ce qu'il s'est passé, si d'autres personnes vivent encore, quelque part ; et pourront-ils s'adapter dans un environnement particulièrement hostile ?

A l'origine, « MALEVIL » est u{Photo 2 de Malevil} n roman de Robert Merle, publié en 1972, qui raconte l'histoire d'un groupe de survivants à une catastrophe nucléaire, et son combat pour reconstruire une société humaine. Presque dix ans plus tard, Christian de Chalonge reprend cet ouvrage dans les grandes lignes, mais en modifie complètement la fin, ce qui vaudra à Robert Merle de désavouer le film, et refuser à ce que son nom soit crédité au générique. Cependant, le film demeure intéressant à plus d'un titre, et le réalisateur a réuni un casting de qualité autour de son acteur fétiche, Michel Serrault, ce dernier ayant joué dans bon nombre de ses films (« L'ARGENT DES AUTRES », « DOCTEUR PETIOT »).

A première vue, le créneau post-apocalyptique, qui connut un grand succès en Italie durant la première partie des années 1980, n'était pas un genre de prédilection du cinéma français. On compte pourtant quelques tentatives dans l'Hexagone, plus ou moins réussies, comme « DEMAIN LES MOMES » (1976), proche dans l'esprit des « REVOLTES DE L'AN 2000 », et le tandem post « MAD MAX » que forment « DIESEL » (1985) et « TERMINUS » (1987), et qui{Photo 3 de Malevil} s'avérèrent bien décevants. Christian de Chalonge a probablement eu le mérite de ne pas axer son film sur la fibre fantastique qui réussit rarement au cinéma français, se tournant plutôt vers la fable socio-politique. On retrouve en effet dans « MALEVIL » plusieurs thèmes développés dans le livre : la description du monde rural, l'autorité du chef, et la place des femmes dans la société. Ceux qui attendaient du rythme dans ce film ont dû être déçus. Au contraire, le style se veut plutôt lent, figé à l'image de la nature au lendemain de la catastrophe. La renaissance va s'opérer lentement, les survivants vont apprendre à s'adapter à leur nouvelle condition, et se sacrifier pour la collectivité. Dans des conditions rendues difficiles, voire hostiles (l'eau et la nourriture se font rares), le cinéaste joue la carte du réalisme au détriment du sensationnel, permettant aux acteurs d'exprimer au mieux leur talent, tout en restant très sobres, qu'il s'agisse de Jacques Dutronc, Jean Leuvrais ou Robert Dhéry. Quant à Jacques Villeret, qui incarne Momo, un simple d'esprit, il aura quelques année{Photo 4 de Malevil} s plus tard un rôle assez similaire dans « L'ETE EN PENTE DOUCE » (jusqu'au nom de son personnage, Mo, pour ce dernier film).

Bien que « MALEVIL » ne soit pas non plus, à proprement parler, un film d'aventures, il entretient néanmoins pas mal de suspense, quant à se demander si les personnages principaux vont s'en sortir, dans le fait de savoir s'ils vont rencontrer d'autres survivants, et découvrir les raisons de ce cataclysme. Le deuxième point est certainement le plus intéressant. En rencontrant finalement d'autres communautés, les gens de Malevil vont être confrontés à différentes menaces. Plusieurs groupes ont survécu, mais pas tous de la même façon. Si Emmanuel Comte et les siens sont parvenus à maintenir la démocratie, d'autres sont redevenus à l'état sauvage, d'autres encore ont régressé à un niveau presque tribal, sous l'égide d'un chef ayant instauré la dictature (campé par un Jean-Louis Trintignant toujours formidable). La divergence entre deux régimes politiques (démocratie/ordre d'un côté, dictature/peur de l'autre) fonctionne d'autant mieux qu'elle est appliquée à des communautés restreintes en nombre, qui doivent trouver des solutions face à des problèmes identiques. Dans un camp, la collectivité est un gage de survie ; dans l'autre, la soumission à un chef suprême a été appliquée, pour les mêmes raisons. Christian de Chalonge nous ferait presque oublier que nous sommes dans une œuvre d'anticipation, jusqu'aux dix dernières minutes du film, que l'on sera en droit d'apprécier ou non. Quoiqu'il en soit, quand on voit aujourd'hui à quel point les questions sur l'environnement sont devenues des priorités dans la majeure partie des pays industrialisés, il apparaît que « MALEVIL » soulevait, à sa façon, les dangers potentiels du progrès (le nucléaire, en l'occurrence), sans toutefois verser dans la morale à outrance.

Il serait dommage de s'arrêter à la simple portée philosophique de « MALEVIL », pour apprécier comme il se doit l'étude des caractères, le soin apporté aux décors en ruine, à ces paysages d'apocalypse saisissants de réalisme, et ce souci de ne pas céder à l'héroïsme des personnages, comme ce fut souvent le cas dans ce genre cinématographique.

Philippe Chouvel
11/04/2010
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Sueurs Froides.fr > Critique > Retrospective
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Chouvel
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