Meurtres Vaudous


ORIGINE
France ou Angleterre (?)
Meurtres Vaudous Affiche

LITTÉRATURE
ANNEE
années 60
AUTEUR

Hutchings Roger

Critique Littéraire Meurtres Vaudous
Au moins depuis les excellentes nouvelles du connaisseur Henry S. Whithehead (JUMBEE) et R. E. Howard, le vaudou, avec son cortège de malédictions et de zombies, a toujours fasciné les romanciers populaires. La parution de L'ILE MAGIQUE de William Seabrook en 1928 n'est sans doute pas étrangère à la chose. Il s'agit d'un témoignage de première main sur les cérémonies et les pratiques du vaudou par l'un des rares occidentaux à y avoir été personnellement admis, au moins jusqu'à un certain point.

Depuis les pulps, bien des romans ont été publié sur le thème, par exemple : l'appréciable DEMON DU BRONX de Michel Honaker, SUPPLICES VAUDOUS de W.A. Ballinger (chez Gore), l'Angoisse (très sympathique) PACTE DU SANG de Dominique Rocher ou encore LE RIDEAU DE TENEBRES, un bon petit Koontz qui montre que l'attrait pour le thème se révèle chez les plus grands auteurs d'horreur.

Le thème du vaudou n'est pas absent du roman policier, même s'il est bien sûr plus fréquent dans le fantastique horrifique. Il en va ainsi de MEURTRES VAUDOUS de Roger Hutchings, selon toute vraisemblance un Anglais installé en France qui écrivit au moins deux romans dans les années soixante. Celui-ci et LA VAMP ET LE VAMPIRE, très peu excitant il faut bien l'avouer et avec autant de vampire que de beurre en branche.

Comme quoi, il ne faut jamais rester sur une mauvaise impression en littérature populaire et ne pas hésiter à découvrir d'autres ouvrages d'un auteur qui nous a déçu une première fois.

Car MEURTRES VAUDOUS tient cette fois toutes les promesses de son titre.

On est en plein "fantastique expliqué".

Des meurtres à distance ont lieu dans le quartier de Saint-Séverin à Paris. Ceux qui ont l'infortune d'être maudits par le chef d'une secte vaudou décèdent de mort naturelle sans qu'on puisse l'expliquer. Quel lien y-a-t-il entre ces morts mystérieuses et le prêtre vaudou ? En attendant, ces succès lui permettent d'asseoir son autorité sur la communauté noire de Paris sans que la police puisse l'incriminer. Logan, un écrivain de romans policiers britannique (une projection de son créateur ?) mêne son enquête, refusant comme de juste de croire aux puissances surnaturelles et à la magie noire.

Ce détective amateur, un peu dragueur, est très cool et le lecteur prend plaisir à le suivre dans son enquête où il ira jusqu'à défier le prêtre devant ses fidèles. Celui-ci, après avoir en vain dépêché un tueur à gages à ses trousses, tentera de le maudire pour le tuer comme les autres. Sans y parvenir là-encore puisqu'il finira par l'enlever pour le sacrifier à ses divinités comme « chèvre sans cornes ». A ce propos, le chapitre 16 est de toute beauté. Toute la cérémonie sacrificielle est admirablement décrite et digne des meilleures pages des meilleurs romanciers d'horreur. Au-delà du charme global du roman (le quartier cosmopolite de Saint-Séverin, l'ambiance vaudou, l'idylle entre le romancier et la fille d'un ami libraire), ce simple chapitre vaut à lui seul le déplacement par sa puissance d'évocation.

On s'y croirait.

Le « truc » des meurtres vaudous est simple mais efficace. Il s'agit ici d'un honnête « fantastique expliqué », sans génie non plus.

MEURTRES VAUDOUS, même si Hutchings s'est un minimum renseigné sur son sujet c'est évident, pourra assurément irriter ceux pour qui le vaudou est avant tout une religion aussi respectable qu'une autre, mais il faut aussi le prendre comme un témoignage de la perception occidentale (et de ses phantasmes sans doute) de ce culte dans la culture populaire. Un formidable vivier d'histoires à faire se dresser les cheveux sur la tête. De plus, Hutchings ne montre pas réellement de mépris ou de racisme face au vaudou ; il critique juste l'utilisation frauduleuse et sectaire que certains pourraient faire de ces croyances.

« Le dément aux plumes bleues et rouges s'arrêta brusquement, l'écume aux lèvres. Logan vit deux Noirs entrer dans le cercle formé par les hommes en transe, jeter au pied de la croix un chevreau blanc, les pattes attachées. Le houngan retourna au brasier, en retira une épée à la pointe bleuie par le feu et la plongea dans le corps de l'animal, le clouant au sol. Retirant la lame, il lui tailla la gorge d'un mouvement rapide, et tandis que le sang se répandait tout autour de la croix, des hurlements prolongés résonnèrent sous les voûtes. » (P. 165)

Pas rassurant pour Logan quand on sait qu'après cela risque fort d'être son tour !

Patryck Ficini
23/09/2012
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Sueurs Froides.fr > Critique > Chroniques Infernales
AUTEUR DE L'ARTICLE: Patryck Ficini
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