Moonwalkers


ORIGINE
Angleterre
Moonwalkers Affiche

ANNEE
2015
REALISATION

Antoine Bardou-Jacquet

INTERPRETES
Ron Perlman
Rupert Grint
Robert Sheehan
AUTEUR DE L'ARTICLE: Mazel Quentin
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Critique Moonwalkers
{Photo 1 de Moonwalkers} Grand vainqueur du prix du public de la 21e édition de l'Étrange Festival, MOONWALKERS est l'une des plus belles surprises de la cuvée 2015.

Nous sommes en 1969, en pleine guerre froide. Tom Kidman est un agent de la CIA violent et méticuleux. De retour du Vietnam, traumatisé, sa hiérarchie lui confie une mission ultra-secrète qui lui permettra de prendre enfin sa retraite : il doit se rendre à Londres pour convaincre Stanley Kubrick de mettre en scène un faux alunissage d'Apollo 11 en cas d'échec de la mission spatiale. Malheureusement, Tom fait la connaissance de Jonny, probablement le pire manager de rock de l'histoire, une rencontre qui compliquera grandement sa mission.

Il faut reconnaître qu'à la seule lecture du scénario, le film s'annonce déjanté, ce qui n'est pas pour nous déplaire.

Antoine Bardou-Jacquet signe ici son premier film et il est assez sidérant qu'une première réalisation soit d'une telle qualité. Un projet ambitieux inspiré d'une incroyable légende urbaine que les cinéphiles et complotistes se racontent autour de cafés froids avec scepticisme et enthousiasme.

Cette légende{Photo 2 de Moonwalkers} bien connue date presque du jour où l'astronaute Neil Armstrong a posé le pied sur la lune, soit le 21 juillet 1969. De nombreuses personnes ont émis des doutes et des contestations, à l'image de Jean-Luc Gogard qui affirmait au journal de TF1 : « Ce direct est un faux ». Mais c'est le film OPERATION LUNE du documentariste français William Karel qui propagea fortement, contre toute attente, ces « théories ». En effet, la chaîne de télévision Arte diffusa le 1er avril 2004 le long-métrage de Karel, un faux documentaire mélangeant éléments réels, propos détournés et affabulations. Le film, diffusé le jour des farces, visait à susciter la réaction des spectateurs sur le pouvoir de persuasion des images, mais également sur la manipulation qui pouvait être faite de celles-ci. En effet, le film met en place un dispositif très particulier où de réelles interviews ont été réalisées avec des témoins, des scientifiques de la NASA, des hommes politiques ainsi que des membres de la famille de Stanley Kubrick, pour être finalement détournées, sans que les intervenants ne soient mis au courant, grâce à des questio{Photo 3 de Moonwalkers} ns vagues réarrangées au montage. Le film, par sa trame argumentative progressive où les éléments fantaisistes s'immiscent progressivement dans l'intrigue, est ainsi une véritable leçon sur le potentiel caractère propagandaire du cinéma (et particulièrement « documentaire »). On y « apprend » en effet que Stanley Kubrick avait prêté les décors de 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE à la CIA, afin de tourner l'alunissage en échange d'un objectif possédé par la NASA qu'il utilisera dans le film BARRY LYNDON. Alunissage qu'il avait fini par tourner en personne, jusqu'à ce que le gouvernement américain décide de l'assassiner, afin d'éviter toute fuite. Hélas, de nombreux spectateurs y ont vu l'histoire véridique de l'aventure d'Apollo 11 et la légende s'est popularisée. Un comble...

C'est donc dans ce contexte de théorie du complot et de fantasme cinéphilique que le film d'Antoine Bardou-Jacquet s'inscrit. Les éléments de cette théorie légendaire furent ainsi repris, détournés et amplifiés pour construire un scénario loufoque, surréaliste et surtout, d'une rare drôlerie. Mais MOONWALKERS n'est pas uniquement une{Photo 4 de Moonwalkers} réussite par le lien qu'il construit avec le réel.

Pour commencer, c'est un casting cinq étoiles qui nous est proposé. Ron Perlman, dans le rôle de l'agent de la CIA froid et méthodique, Rupert Grint dans celui de manager musical candide et maladroit, et enfin, Robert Sheehan, le colocataire niais, fortement porté sur les substances illicites. Un trio incroyable où les comédiens s'appuient les uns sur les autres afin de faire vivre un texte et des situations incongrues écrites avec un réel sens du rythme. Notons que c'est la seconde fois, après CHERRYBOMB, que Rupert Grint et Robert Sheehan se partagent l'affiche.

Le film ne serait également pas aussi réussi sans la réalisation millimétrée et stylisée d'Antoine Bardou-Jacquet. Soutenu par une photographie colorée, rappelant la fin des années 60-70, ainsi que des décors et lumières somptueux, ce premier long-métrage est d'une qualité esthétique irréprochable.

Les nombreuses références qui parsèment le film, qu'elles soient issues de la culture populaire, des théories complotistes que nous évoquions précédemment ou du cinéma d'action et de science-fiction, construisent un sous-texte au service de l'humour qui ne remplace cependant jamais les propositions directes de la narration.

On pensera enfin aux scènes d'action hallucinantes, d'une violence graphique inattendue, dont le ton ne dénote pas du registre général comique du métrage. Un savoir-faire périlleux qui mélange les styles. De la même manière, les divers personnages de gangsters présents dans le film sont traités avec sérieux pour se fondre petit à petit dans l'ambiance décalée du film. On retrouve ici un peu la façon dont Guy Richi percevait ses personnages dans sa « trilogie », ARNAQUES, CRIMES ET BOTANIQUE, SNATCH, ROCKNROLLA, mêlant les histoires de chacun et utilisant le hasard afin de retourner les situations.

Évoquant les conflits de générations, violents à cette époque, s'amusant des mythes liés à la guerre froide et la conquête spatiale et détournant les codes du cinéma policier et de gangsters, MOONWALKERS est une superbe découverte, inattendue de la part d'un si jeune cinéaste. Un potentiel futur auteur et en tout cas, quelqu'un dont on attend vivement les prochains films.

Mazel Quentin
09/10/2015
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