Offscreen Film Festival 2008


Offscreen Film Festival 2008 Affiche

Critique Offscreen Film Festival 2008
{Photo 1 de Offscreen Film Festival 2008} Au terme du premier tiers du festival, qu'en retenir ?

THE ISLAND

Pavel Lounguine

Russie

2006

Si le film d'ouverture ne participe pas vraiment du genre fantastique qui nous occupe d'ordinaire, THE ISLAND de Pavel Lounguine (2006) n'en reste pas moins une excellente manière de se glisser dans le festival.

En pleine Seconde Guerre Mondiale, sur un fleuve d'Union soviétique, la péniche de ravitaillement en charbon sur laquelle sert Anatoli est capturée par les Nazis. Pour sauver sa vie, le pleutre Anatoli est obligé de tirer sur son ami, le capitaine. Ensuite de quoi, les Allemands font sauter la barge. Anatoli, qui en réchappe « miraculeusement », est recueillit par le minuscule couvent situé sur une île à proximité immédiate de l'endroit où s'est échouée l'épave. Trente ans ont passé et Anatoli a intégré la communauté monastique. De rares pèlerins viennent parfois jusqu'à l'île pour le voir car il est considéré comme un mystique, un saint à même de résoudre tous les problèmes des quémandeurs.

Mais très loin de l'image du pieux homme vivant dans la sérénité de sa religion, Anatoli est un être tourmenté, reclus dans le remord de son crime passé. Il est constamment rongé par le démon de la culpabilité, se montre irritable, aigri souvent, facétieux parfois. Protégé par le supérieur de la communauté, il irrite par contre certains de ses frères, plus soucieux d'orthodoxie, et que cet électron libre dérange.

Anatoli paie sa dette en se créant sinon son enfer, du moins son propre purgatoire : il vit dans le dénuement le plus complet et se charge de la chaufferie du couvent, qu'il alimente en ramenant quotidiennement le charbon de l'épave toute proche.

Ce film à la photographie splendide ravira les amateurs d'histoires de rédemption matinées d'un (très léger) brin de fantastique.

ZOO

Robinson Devor

2007

USA

Avec ZOO, bienvenue dans le monde « merveilleux » de la{Photo 2 de Offscreen Film Festival 2008} zoophilie (un des thèmes retenus par ce premier festival Offscreen). ZOO (sans aucun rapport avec le film homonyme de Peter Greenaway) est un documentaire sur les pratiques zoophiles d'une certaine Amérique rurale. Partant d'un fait divers - un homme décède suite à un rapport sexuel avec... un étalon - qui créa une onde de choc nationale et abouti à la criminalisation de la bestialité dans l'état de Washington, le documentariste retrouve les divers protagonistes et leur donne la parole. Car c'est bien de parole dont il est ici question : les voix proviennent d'interviews et les situations sont rejouées par des acteurs.

Et le point de vue de ceux que la morale publique condamne au pilori est évidemment moins manichéen et pervers qu'on ne pourrait le supposer.

Le documentaire ne cherche pas à croiser les points de vue (peu d'interventions de ceux qui condamnent, on suppose sans doute leur vision largement partagée et déjà suffisamment répercutée par ailleurs). Il laisse s'exprimer les « monstres », qui sont également victimes (leur perversion, une fois révélée, les a condamné à l'exclusion sociale). Victimes par leurs propres faits, certes, mais victimes quand même.

On se doit de souligner que jamais le film ne verse dans la gratuité, la démagogie, l'image choc, l'effet facile, l'angle racoleur. Le documentaire est au contraire tout en pudeur et en retenue et fonctionne beaucoup sur le non dit et le non vu. On ne montre pas l'acte zoophile, on laisse s'exprimer ceux qui l'ont « commis » pour cerner leurs motivations. Celles de gens qui ne trouvent peut-être pas facilement leur place dans le monde social contemporain. En se concentrant sur un cas, le documentaire ne cerne évidemment pas la pratique dans son ensemble. Ce n'est pas son but. Elle ne nous montre pas des sociopathes tentés par les aspects les plus sombres de la sexualité mais bien une petite communauté d'amoureu{Photo 3 de Offscreen Film Festival 2008} x des animaux et dont l'affection a pris des proportions extrêmes.

On peut ne pas être d'accord avec le point de vue des intéressés sur leur sexualité, mais on sort du film en ayant été confronté à des êtres humains et non des monstres. Et si on veut continuer à les condamner, c'est dorénavant en tant qu'êtres humains et non en tant que monstres.

THE STEWARDESS

Alf Silliman Jr

USA

1969

A l'heure où, par rebond technologique, le genre revient en grâce (BEOWULF, FLY ME TO THE MOON, la ressortie de L ETRANGE NOEL DE M.JACK...), le festival Offscreen a voulu revenir sur quelques fondamentaux du film en 3D.

THE MASK (1961, Julien Roffman) et LA CREATURE DU LAGON NOIR (1954, Jack Arnold) ont ouvert le bal avec leurs lunettes bleues et rouges. Autre technique, les lunettes polarisantes nous ont permis de redécouvrir HOUSE OF WAX d'André de Toth (1953). Le film tient la route en 2D mais reconnaissons que sa vision en 3D permet de mieux appréhender certains choix de plans. Il demeure un des grands moments à la fois de l'horreur des 50's et de l'histoire du film en relief.

THE STEWARDESS est un érotique de 1969 qu'on nous présente comme le plus grand succès économique de la 3D. « Economique », peut-être, mais nous nous arrêterons là car on ne peut décemment pas parler de succès artistique pour cette petite bande sans grande ambition, filoutée par Alf Silliman Jr : si l'image est en 3D, l'intrigue et la mise en scène ne dépassent guère le « 1D ». Et dire qu'Hollywood préparerait un remake... Le film étant très soft, le puritanisme hollywoodien ne devrait pas trop souffrir, mais on se demande bien ce qu'il y a à remaker dans un film rigoureusement dénué d'intrigue ou d'une once d'originalité. Ceci dit, vu en salle, le ridicule de l'ensemble confère une amusante patine et on rit de bon cœur du ratage de l'entreprise. On sauvera cependant un plan d'ouverture : une femme{Photo 4 de Offscreen Film Festival 2008} se faisant lutiner est filmée jambes écartées, celles ci étant tournées à angle droit vers la caméra. Par la grâce de l'effet 3D, le spectateur pénètre ainsi moins l'image que la demoiselle. Réjouissant ( !) mais trop bref.

Mais de quoi THE STEWARDESS parle-t-il. Euh, et bien... difficile à dire. Bon faisons un effort et livrons en exclusivité mondiale l'intégralité du script : « un avion rempli de charmantes hôtesses de l'air fait escale à L.A., l'occasion pour nos charmantes créatures de s'éclater en ville et de fricoter à tout va. » Voilà, c'est tout !



REVENGE OF THE SHOGUN WOMEN

Taïwan

1977



De manière générale la thématique 3D du festival Offscreen 2008 permet de constater que l'effet relief se marquera d'autant plus qu'un objet est dirigé pointé à angle droit vers la caméra. Il « sort » dès lors de l'écran. REVENGE OF THE SHOGUN WOMEN l'a bien compris et s'ingénie donc à nous balancer tout et n'importe quoi directement à la figure (armes, objets, coup de pieds...). REVENGE OF THE SHOGUN WOMEN ou l'art de transformer une technique en gimmick... Ce gros Z taiwanais est donc à voir absolument en 3D en salle (ce qui ne risque pas de se produire de sitôt) et avec des amis un peu imbibés (ça, s'est souvent plus facile) afin de profiter pleinement de l'imbécillité du résultat. C'est fun et décomplexé mais c'est pas du John Woo !

Pour résumer rapidement l'intrigue : des bandits écument la région, tuant les hommes et violant les femmes. Ces dernières, leurs honneurs perdus, font retraite dans un couvent où elles deviennent (en deux coups de cuillère à pot) expertes en art martial. Un jeune médecin met au point des explosifs pour repousser les malandrins mais ceux-ci, apprenant la manœuvre, attaquent le village pour s'emparer de la formule. Les survivants se réfugient au couvent qui est bientôt assiégé.



DE LA CHAIR POUR FRANKENSTEIN

Paul Morissey

USA

1973

La thématique 3D du festival Offscreen 2008 s'est achevée sur DE LA CHAIR POUR FRANKENSTEIN, film bien connu de Warhol-qui-est-en-fait-de-Morissey-mais-parfois-attribué-à-Margeritti, qui prend ici une saveur nouvelle grâce à ces lunettes. Et puis surtout, le relief permet enfin de comprendre pourquoi Morissey s'obstinait à placer systématiquement des branchages au premier plan. C'est encore plus marqué avec REVENGE OF THE SHOGUN WOMEN qui est un véritable festival de fougères, de branches, de broussailles et herbes hautes au premier plan, afin de créer la nécessaire profondeur de champ.

Or donc, le baron Frankenstein est marié à sa sœur, laquelle lui a donné deux enfants. Mais cela ne suffit pas à notre savant fou qui s'ingénie à reconstituer un couple à partir de morceaux de corps. Que les précédents propriétaires n'aient nullement eu l'intention de participer à cette expérience scientifique ni même de trépasser ne gêne nullement le bon docteur. S'arrête-t-on à de telles broutilles ? Tout occupé à son expérience, Frankenstein délaisse sa femme laquelle cherche son réconfort dans les bras de Nicholas, le garçon de ferme, séducteur patenté. Et si ce dernier s'abandonne à sa maîtresse, c'est surtout pour retrouver la trace de la tête de son ami Sacha dont il soupçonne le professeur de s'être emparé.

Paul Morissey intègre au mythe de Frankenstein toute une gamme de névroses sexuelles teintée d'homosexualité affirmée : inceste de Frankenstein et sa femme, tromperie de cette dernière, fétichisme de Frankenstein quant à ses créatures et surtout désir homosexuel de Sacha. A ce titre, l'homicide par transpercement est allégoriquement translucide. L'effet est encore surligné dans la version 3D qui place l'effet relief sur cette pénétration.

Cliquez ici pour lire la suite du compte-rendu

Philippe Delvaux
22/12/2009
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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